Chacun convient qu’Éric est un grand polémiste, qui bouscule les idées reçues et rencontre une large audience. La meilleure preuve est que les médias se l’arrachent. Manifestement, par ses propos, il sème la zizanie dans les rangs de la droite ou, plutôt, il en révèle les contradictions. Il a mille fois raison d’affirmer que la droite a trahi ses propres idées, à supposer que tous ceux qui se proclament de droite aient des convictions sincères – ce qui reste à démontrer. Mais pourquoi prend-il un malin plaisir à critiquer Marine Le Pen, dont il partage la plupart des positions, au lieu de chercher à s’en rapprocher ? Peut-on faire une « alliance des droites » sans le Rassemblement national ?

À 15 % dans les sondages d’intention de vote, ce 2 octobre (Sondage d’Ipsos/Sopra Steria commandé par Le ParisienAujourd’hui en France et France Info), Éric reproche, paradoxalement, à Marine Le Pen (16 %) sa tiédeur : pour se dédiaboliser, elle aurait édulcoré ses positions sur l’immigration et la souveraineté de la France. Pire : elle n’aurait aucune chance d’être élue. Peut-être, mais il devrait se demander s’il a, de son côté, plus de chances de l’emporter contre Emmanuel Macron. Ses propos intelligents et catégoriques font plaisir, mais pourra-t-il continuer de les tenir intégralement s’il se décide à se présenter au suffrage des Français ? Il est relativement facile, pour peu qu’on ait du talent et un peu de courage, d’exprimer avec brio des idées fortes et de faire réfléchir ; mais pour convaincre une majorité de Français, il n’est pas certain que cela suffise.

Qu’on le regrette ou non, en démocratie, il ne suffit pas d’avoir raison pour arriver au pouvoir, il faut aussi réunir sur son nom plus de 50 % des votants. Bien sûr, le système actuel permet d’être élu au second tour, même avec une base électorale médiocre – comme ce fut le cas pour Emmanuel Macron. Mais qui peut croire qu’on peut réformer en profondeur un pays si l’on n’a pas l’assentiment d’une majorité de Français ? À moins de se renier soi-même sans le dire, en fonction des circonstances, et, tel Big Brother, falsifier la vérité pour faire croire qu’on a toujours raison. Il ne semble pas que mange de ce pain-là.

Il n’est donc pas certain qu’Éric Zemmour, qui monte dans les sondages tant qu’il n’a pas annoncé sa candidature, reste au même niveau d’intentions de vote lorsqu’il se sera déclaré pour de bon. La popularité est une maîtresse capricieuse. La seule certitude, c’est qu’il enlève des voix à Marine Le Pen et au futur candidat LR, assurant ainsi la première place à Emmanuel Macron et faisant planer un doute sur l’identité de son concurrent au second tour. Rien ne permet de penser qu’il sera lui-même le challenger de Macron. Bref, sous couvert de fidélité à ce qu’il estime être la vérité, il joue un jeu risqué qui s’apparente au quitte ou double.

Éric Zemmour n’aurait-il pas, plutôt, intérêt à s’entendre avec le Rassemblement national et les Républicains qui n’ont pas trahi leurs convictions pour s’opposer ensemble au candidat sortant ? Ce qui vaut également pour tous les candidats de la droite nationale qui vont se présenter pour affirmer leur existence. Certes, il y a des différences entre eux, mais ils ont aussi des dénominateurs communs, comme la gestion de l’immigration, la sécurité intérieure et extérieure, la souveraineté et l’indépendance, la défense de la civilisation française qui sont, si l’on y réfléchit bien, les enjeux les plus importants de l’élection présidentielle. S’ils veulent avoir une chance que leur camp l’emporte, ils doivent s’unir ou, du moins, préparer leur union.

 

 

2 octobre 2021

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