Economie - Editoriaux - Politique - 24 novembre 2019

Emmanuel Macron : de la start-up nation à la Bérézina

La France recule dans une Europe qui s’efface dans un monde qui se déchire. Voilà un tableau qui n’est guère propre à soulever l’enthousiasme. Et pourtant il faut en prendre conscience et lutter contre le confort et la facilité qui consistent à embellir la réalité et à suivre le courant.

Alors, faisons d’abord un effort de lucidité : notre gouvernement vient de vendre une partie de ses bijoux de famille avec 52 % de La Française des jeux. L’État préfère se priver de revenus sûrs pour limiter son déficit budgétaire et sa dette. Bien sûr, il conservera les rentrées fiscales liées à l’activité, mais le poids de la fiscalité s’inscrit, malheureusement, au tableau négatif de notre pays. En 2019, la France a le déficit public le plus élevé de tous les pays de la zone euro, ce qui n’était jamais arrivé (3,1 % du PIB, contre 0,8 % en moyenne). La dette publique française passerait, selon la Commission européenne, de 98,9 % du PIB, cette année, à 99,2 %, en 2021. De 2017 à 2021, la dette française aura donc encore augmenté de 0,8 point, alors que l’objectif du gouvernement était, initialement, de la réduire de 5 points sur le quinquennat. En dehors de l’Italie, tous nos voisins se seront désendettés sur cette période. Selon Eurostat, le taux de prélèvements obligatoires (impôts et cotisations sociales nettes) a atteint 48,4 % du PIB en 2018, en hausse par rapport à 2016 (47,6 %). Championne incontestable, la France réussit, pour la quatrième année consécutive, à devancer tous les pays de l’Union européenne, ainsi que la Suisse, la Norvège et l’Islande. En 2019, notre pays a seulement la 24e croissance sur les 28 pays de l’Union européenne, et le 4e taux de chômage le plus élevé de l’Union européenne. Le chômage a, certes, baissé de 0,9 point en deux ans, mais nettement moins vite que la moyenne européenne (-1,4 point de 2017 à 2019).

Les illusions, caressées par cette caste typiquement française d’oligarques formés pour servir l’État et qui ruinent des , se succèdent sur le champ de mines de la réalité : on voulait des sans usines, c’est gagné. Elles ferment les unes après les autres. Peut-on espérer garder des bureaux d’études et des sièges quand les ateliers sont délocalisés, quand les grands groupes passent sous pavillon étranger, quand l’idéologie qui règne à l’école ignore l’usine quand elle ne la méprise pas. Alcatel, Alstom, Arcelor, Lafarge, Péchiney, Technip, etc., mais aussi de prestigieux fleurons de cette excellence française qu’est le luxe devenus chinois, comme Baccarat ou Lanvin, jalonnent notre déforestation industrielle qui se traduit par des pertes d’emplois. Ainsi, dès le 28 mai, le géant américain General Electric, qui s’était engagé à conserver les emplois de la branche énergie et à créer au moins 1.000 postes pendant trois ans, annonçait la suppression de 1.044 postes en France. Le même jour, le repreneur de l’usine Whirlpool, à Amiens, annonçait le placement du site en redressement judiciaire, mettant en péril le travail de 167 personnes. La fermeture de l’usine Ford, à Blanquefort, ou le devenir incertain des salariés d’Ascoval, à Saint-Saulve, viennent assombrir la liste.

De la cession irresponsable d’Alstom aux reprises hasardeuses, le chef de l’État a directement participé à cette Bérézina, mais jamais à court de paroles, il annonce une « start-up nation ». Certes, les investissement étrangers en France connaissent une embellie, le nombre d’entreprises créées atteint un record (17 % de plus, en 2018, qu’en 2017). Mais ce sont les micro-entrepreneurs (+28 %), d’une part, et les entreprises de transport et d’entreposage (+68 %) qui augmentent le plus. Quant aux investissements étrangers, ils visent notamment des secteurs où les transferts de compétences sont tentants. La fiscalité française encourage la recherche mais décourage l’implantation des sièges, c’est-à-dire des lieux de décision. Les investissements français à l’étranger sont plus importants qu’en sens inverse : ils concernent des groupes de grande taille qui en tirent des revenus supérieurs au déficit de notre commerce extérieur. Dans cette comparaison se situe le nœud du problème : la « France » emploie plus de salariés à l’étranger que l’Allemagne, et elle connaît un déficit commercial croissant (-5,2 milliards d’euros en septembre, contre -4,8 milliards au second trimestre). La France a choisi le chômage, et ce n’est pas la numérisation de l’économie qui va le réduire.

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