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Editoriaux - Entretiens - Société - 9 mars 2020

Éliane Debailly : « On dirait que seule la gauche est autorisée à défendre la cause des femmes. Je refuse cette confiscation »

#NeParlezPasEnMonNom

Éliane a 26 ans, elle vit en Normandie et n’appartient à aucun mouvement politique. C’est pourtant en militante qu’elle s’est fait connaître dimanche, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, en publiant une vidéo reprise plus d’un millier de fois. En s’inspirant du mouvement espagnol « Ne parlez pas en mon nom », elle y dénonce la récupération idéologique des associations féministes d’.

Pourquoi avoir publié ce message ? Était-ce par besoin, par devoir ?

Il y a quelques jours, j’ai découvert la campagne de communication de Vox, en Espagne, pour la Journée internationale des femmes. Je me suis tout de suite sentie très concernée par ce qu’elles exprimaient, et j’ai regretté qu’aucun mouvement, en France, ne se positionne sur cette question de la légitimité des mouvements féministes pour représenter les femmes. En France, et je pense que c’est le cas dans de nombreux pays européens, on dirait que seule la gauche est autorisée à défendre la cause des femmes. Je refuse cette confiscation.

Pour moi, c’était avant tout un devoir de soutenir ces femmes espagnoles, et plus largement toutes les femmes européennes qui ne se sentent pas représentées par les mouvements féministes d’extrême gauche qui s’accaparent le sujet de la place des femmes dans la société. Je pense que je ne suis pas la seule, en France, à ne pas me reconnaître dans leurs slogans caricaturaux, et j’ai eu la belle surprise de recevoir beaucoup de soutiens sur les réseaux sociaux, et notamment sur Twitter.

Avez-vous reçu des menaces, des insultes ?

Bien sûr, je m’attendais à recevoir des critiques, et effectivement, j’en ai reçu quelques-unes. Mais j’ai surtout reçu beaucoup de soutien, et j’ai plutôt tendance à me concentrer sur ce qui est positif.

L’audience et le soutien que j’ai reçus sont, pour moi, le témoignage d’un véritable malaise des femmes françaises. Je n’ai pas du tout la prétention de représenter quelqu’un d’autre que moi-même, mais j’espère encourager d’autres femmes à prendre la parole et à se mobiliser pour exprimer leur désaccord aux revendications exprimées par les mouvements féministes de gauche.

« Je suis une femme et cela ne suffit pas à faire de moi une victime, l’État n’a pas à me protéger », dites-vous. Voulez-vous dire que, dans leur lutte contre les inégalités et autres violences faites aux femmes, les féministes se victimisent elles-mêmes ?

J’ai repris beaucoup des constats exprimés par les femmes de Vox. En Espagne, l’État propose de nombreuses lois et dispositifs pour protéger les femmes des violences conjugales, et beaucoup de mouvements féministes français espèrent la même chose en France. En réalité, il s’agit de mesures qui ne servent qu’à accentuer une « guerre des sexes ». Ces lois ne respectent pas le principe d’égalité devant la loi de tous les citoyens, quel que soit leur sexe : elles essentialisent la violence masculine.

Si nous voulons des lois contre les violences domestiques, elles doivent protéger tous les membres de la famille de façon égale : les hommes, les femmes, les enfants et les personnes âgées. Partir du principe que la femme est toujours la victime, parce qu’elle est femme, est quelque chose de très dangereux pour la société.

« Je refuse de me soumettre à votre idéologie » : de quelle idéologie parlez-vous ?

L’idéologie défendue par les mouvements féministes de gauche prône la guerre des sexes. Elle veut opposer les revendications des femmes face à un « patriarcat » fantasmé qui nous serait imposé. Je ne suis pas d’accord avec cette vision victimaire et biaisée d’un rapport de force entre les femmes et les hommes.

Nous sommes tous citoyens français et nous sommes tous égaux devant la loi. Si je souhaite accéder à un poste qualifié, je souhaite qu’on me recrute d’après mes compétences plutôt que par une logique de quotas. Nous sommes aussi tous égaux face au chômage, à la pauvreté ou encore à l’insécurité. Vouloir créer toujours plus de divisions entre les citoyens sur la base de leur sexe, de leur âge ou encore de leurs opinions politiques est une stratégie de division et d’horizontalisation de la violence sociale.

Votre message a déjà été partagé des milliers de fois. Pourquoi cet engouement, selon vous ? Assiste-t-on à une autre libération de la parole, à rebours des « #MeToo » et « #BalanceTonPorc » ?

Je ne m’attendais pas du tout à un tel engouement. Comme je l’ai dit plus haut, mon objectif était avant tout de soutenir les femmes de Vox en Espagne.

Ce soutien massif est très révélateur et je pense, effectivement, qu’on va vers une libération de la parole, à contre-pied de la pensée unique largement partagée par les célébrités ou les médias mainstream. Je pense que c’est une bonne chose pour l’expression pluraliste des idées.

Je suis une militante, fière d’être française, et je défends l’identité et la souveraineté de la France.

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