Editoriaux - Société - 5 janvier 2020

Égalitarisme, indifférenciation : l’utopie de gauche qui dénature notre civilisation

Aujourd’hui, en France, l’égalité est devenue la mesure de toutes choses. À en croire médias et certains cercles de pensée, la France serait un pays où les pauvres seraient piétinés à longueur de journée par la « bourgeoisie ». Or, la France est le pays le plus égalitaire du monde, et le système de redistribution écrase grandement la pyramide sociale, telle qu’elle ressortirait de l’activité économique : entre les plus riches et les plus pauvres, l’écart serait seulement de 1 à 5, après redistribution sociale. L’inégalité est vraiment l’obsession des gens de gauche. Mais, au fait, quid de l’inégalité des mérites, de l’ardeur au travail, de la passion mise à l’ouvrage, de l’intelligence apportée à toute chose ? Combien vont plaindre, ou même louer, une personne qui consacre ses journées au travail ? Personne. Combien vont cracher sur la voiture qu’il a pu se payer au prix de tant d’efforts ? Gageons qu’ils seront beaucoup plus nombreux…

L’égalitarisme forcené, c’est la prime au moins-disant, au moins-faisant, au moins courageux, au moins talentueux, au moins passionné, bref, la prime à la médiocrité. La prime, aussi, à la jalousie naturelle, banale, mais qui empoisonne la vie et freine les meilleurs. Une société riche comme la nôtre se doit d’être solidaire des gens nécessiteux, il y va de sa civilisation quand trop de gens sont dans la misère. Mais elle se met en danger quand elle installe des millions de gens dans l’assistanat et qu’elle pointe du doigt ceux qui réussissent.

Et puis, depuis quelques années, l’égalitarisme social a trouvé son pendant sociétal : c’est l’indifférenciation. Et là, l’idéologie égalitaire pousse son tropisme jusqu’à l’absurde. Dans cette offensive nouvelle de la gauche bien-pensante, l’État ne devrait établir aucune différence entre nationaux et extra-nationaux, il ne faudrait accorder aucune faveur aux premiers, et même favoriser les seconds, forcément désavantagés à la base. Suivant cette saillie idéologique, l’homme n’est rien d’autre que ce par quoi on le désigne : on est beau ou laid parce que la société nous voit ainsi ; on est un voleur, un criminel parce que la société nous qualifie ainsi ; on est un homme ou une femme parce que la société nous a conditionnés de la sorte. À l’origine du monde, tout le monde est pareil, et jusqu’aux sexes, qui n’existent pas ! Et là pointe un tout autre danger que celui de la mauvaise mesure des qualités de chacun : celui de la déconnexion de la société avec le réel. La réussite de l’Occident, comme celle de tout groupe humain, est fondée sur la confrontation au réel par la science, la connaissance, la juste appréciation des choses et des situations.

Répandre une telle idéologie, c’est plonger la société dans un nouvel obscurantisme, celui de l’utopie destructrice, qui se veut démiurge, mais détruit tout ce que les siècles nous ont apporté, et nous pousse infailliblement vers la ruine.

À lire aussi

Économie de crise : le « moment keynésien » en question

Aujourd'hui, nous sommes contraints de nous endetter massivement, il ne peut en être autre…