[ÉDITO] Remigration : avec sa prime aux avocats, Meloni élargit la fenêtre d’Overton

Elle veut proposer une prime à chaque avocat qui convaincrait un migrant de retourner dans son pays d'origine.
Capture d'écran Présidence du Conseil italien
Capture d'écran Présidence du Conseil italien

Giorgia Meloni a déclenché une tempête comme seule l'immigration sait en provoquer. Selon le quotidien La Repubblica cité par BFM TV, le chef du parti européiste Più Europa (Plus d’Europe) Riccardo Magi s'en est pris à un décret « à deux doigts de l'ICE de Trump », la police anti-immigration américaine. Le même compare la mesure à des « systèmes de récompenses dignes du Far West ». Tout simplement. Une députée du Parti démocrate considère que cette mesure « porte atteinte à la dignité » des avocats. Le Conseil national du barreau jure qu’il n’a pas été prévenu et se désolidarise d’avance. Plusieurs organisations d’avocats se dressent : « L’avocat ne peut être rémunéré pour obtenir le résultat souhaité par l’État », lance l’un d’eux.

Qu’a donc fait Giorgia Meloni ? La chef du gouvernement italien a proposé de dégager un (modeste) budget (246.000 euros pour 2026 et 492.000 euros par an pour 2027 et 2028) qui, selon la presse italienne, permettrait d’allouer environ 615 euros de prime à chaque avocat transalpin qui convaincrait un migrant de quitter volontairement l’Italie pour retourner dans son pays d'origine. Prudente, Giorgia Meloni ne verserait la prime qu’une fois ledit migrant effectivement parti. La mesure est passée inaperçue lorsque le Sénat italien l’a votée le 17 avril, mais elle provoque une polémique intense à la veille de son examen à la Chambre des députés, ce mercredi 22 avril.

« Plus drôle qu'efficace »

Pourtant, nulle atteinte à la liberté, ni à celle du migrant, ni à celle de l’avocat. Et on est loin d’un plan de départ massif. En divisant le budget affecté par l'État par la somme allouée à chaque avocat, on arrive péniblement à... 400 départs en 2026 et 800 départs les deux années suivantes. Pas de quoi inverser les flux migratoires de l’Italie, moins encore ceux de l’Europe.

La mesure fait sourire l'ancien député européen FN, président de Polémia et cofondateur de l'Institut Iliade Jean-Yves Le Gallou, qui vient de signer Remigration, pour l’Europe de nos enfants, aux Éditions Illiade-La Nouvelle Librairie. « C’est bon esprit, mais la mesure est plus drôle qu’efficace, constate-t-il. C’est une manière de faire passer les choses gentiment et de mettre les rieurs de notre côté. » Sur les réseaux sociaux, de nombreuses voix de droite rappellent que la même Meloni n’a pas fermé les frontières de l’Italie, loin s’en faut : 450.000 permis de travail ont été délivrés, entre 2023 et 2025, et un nouveau décret, signé en juillet 2025, a autorisé près de 500.000 nouvelles entrées entre 2026 et 2028. Le 1er juillet 2025, Les Échos notait que « la Première ministre italienne sera la cheffe de gouvernement qui aura permis l'entrée du plus grand nombre de travailleurs étrangers en Italie ». Il s’agit de permis temporaires, au profit de ressortissants d’États qui « promeuvent des campagnes médiatiques pour leurs citoyens concernant les risques pour leur sécurité personnelle découlant de la participation aux trafics migratoires ».

Meloni n’a donc, jusqu’ici, pas de quoi hystériser les défenseurs d’une immigration de masse quel qu’en soit le prix. La réaction démesurée de la gauche montre cependant qu’elle a franchi là une ligne jaune et attaqué un solide tabou : celui de la remigration.

Renaud Camus, Éric Zemmour, Matteo Salvini...

L'idée, qui fut longtemps l’apanage de l’écrivain Renaud Camus, avait été reprise par le candidat Zemmour, au grand dam du Monde. Elle s’installe peu à peu dans le débat en Italie. Ce 18 avril, lors de la grande réunion des patriotes européens à Milan évoquée sur BV par l'excellent Yves-Marie Sévillia, le chef de la Liga Matteo Salvini a avancé tout haut l'idée, en présence de Jordan Bardella : « La remigration ne signifie pas renvoyer chez eux tous ceux que l’on croise dans la rue, mais cela signifie que le permis de séjour, et même la citoyenneté, sont un acte de confiance », a-t-il lancé. Il propose aux étrangers présents sur le sol européen un « permis de séjour à points » : « Après quelques erreurs, tu rentres chez toi », dit-il. Auprès de BV, Pierre-Marie Sève, délégué général de l'Institut pour la justice, répond aux avocats italiens qui considèrent que « l’avocat ne peut être rémunéré pour obtenir le résultat souhaité par l’État ». « Ils entretiennent une confusion entre les citoyens d'un État déterminé et des ressortissants d'autres États en situation illégale : leurs droits ne peuvent être les mêmes, précise Pierre-Marie Sève. Il y a la cité et l'extérieur de la cité. » Une réalité combattue avec acharnement par les mondialistes anti-frontières.

Jean-Yves Le Gallou, lui, encourage, dans son livre récent, « la remigration volontaire » via la suppression des avantages sociaux aux étrangers. La réaction de la gauche italienne vis-à-vis de la remigration ne le surprend pas. « Quelle que soit la mesure évoquée dans le sens d'un reflux migratoire, même la plus bénigne, on assiste à la même réaction : la gauche se roule par terre. Elle veut toujours plus d’immigration. » Le débat s’imposera-t-il dans la présidentielle française ? Giorgia Meloni a, en tout cas, élargi la fenêtre d'Overton, celle des idées acceptables dans le débat public. La gauche italienne l'a bien compris.

Picture of Marc Baudriller
Marc Baudriller
Directeur adjoint de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

40 commentaires

  1. « la gauche se roule par terre. Elle veut toujours plus d’immigration ». Peut-être parce que les électeurs nationaux veulent de moins en moins d’elle?

  2. Si MELONI élargit l’ouverture de la fenêtre d’OVERTON, elle devrait pouvoir expulser très rapidement les millions de migrants d’un seul coup.

  3. Si la gauche veut plus d’immigration, ce n’est pas après mûre réflexion sur les avantages et les inconvénients, c’est tout simplement pour contrer une politique promue par la droite. De nombreux hommes et femmes de gauche, et pas les moindres, étaient opposés à une immigration massive, qui appauvrira la classe ouvrière française sans améliorer le sort ni des pays d’origine, ni des migrants eux-mêmes. Mais la gauche et le bon sens…

  4. En France nos impôts servent à enrichir des avocats qui défendent les immigrés illégaux sans papiers en dévoyant l’Aide Juridictionnelle autrefois pour les Français les plus pauvres qui n’avaient pas les moyens de payer un avocat
    Ces avocats sont payés par nos impôts de 50 à 150 € par dossier et ils en traitent entre 20 et 100 en continu

  5. Comme bricolage, c’est pas mal, sauf s’il s’agit d donner le change alors que dans le fond, pas grand chose n’est fait. ça fait un peu pitié. Comme cette « réunion des patriotes européens du 18 avril à Milan » d’où il n’est finalement rien sorti. Le Gallou a évidemment raison. Parmi les mesures efficaces, les mesures économiques et sociales sont indiquées: plus de guichet ouvert pour la santé (hormis vraies urgences), les allocations diverses … On pourrait ajouter que la mesure la plus efficace est d’éviter qu’ils n’atteignent notre sol.
    Quant aux réactions de gauche, elles resteront inévitables tant que le niveau de vie en France sera devenu tellement bas, que nous ne seront plus attractif pour les nouveaux colonisateurs. Notre problème est d’éviter qu’on en arrive là.

  6. Il n’y a pas de regroupement familial à ma connaissance en Italie. C’est une immigration de travail en principe réversible. En France on prend tout : pseudo étudiants, regroupement familial, faux touristes, sous-prolétaires dans les fameux métiers en tension ingrats et mal payés. Notre généreux « modèle » social va attirer tous les étrangers qui entrent en Europe et, fort du nombre, accélérer le communautarisme.

  7. C’est insensé et c’est une grande preuve de faiblesse ! pourquoi demander aux Avocats de convaincre les migrants de retourner dans leur pays. Est-ce les avocats qui gouvernent en Italie ? Il suffit au Gouvernement de les renvoyer d’office manu-militari avant qu’ils ne posent le pied en Italie. Et si ce même gouvernement cesse de verser des aides aux migrants, tout s’arrêtera. C’est ce que devrait faire notre propre gouvernement sinon, on ne s’en sortira jamais.

  8. J’ai quitté la France pour le Portugal, pour toutes les raisons qui sont énumérées chaque jour, sur CNEWS. Il y a beaucoup moins d’étrangers oisifs dans ce pays pas d’aides sociales, rien, nada, c’est pour cela que les hordes sub-sahariennes sont attirées par la France. En Espagne également qui n’est qu’un point de passage pour se rendre en France. Seules la suppression de toute aide peut dissuader les migrants.

  9. Cachez cette prime que je ne saurais voir… s’indignent nos vierges effarouchées? Avanti Giorgia, ti amo !

  10. Ils ne viennent pas chez nous par amour de la France mais pour sa générosité . Qu’on cesse de les combler de nos largesses , ils ne viendront plus .

    • Si c’était par amour qu’ils venaient en France, ils nous respecteraient et on ne subirait pas autant de malheurs. Comme déjà dit, leur objectif, c’est d’anéantir la France et son peuple pour nous remplacer. Et en même temps, ils sont nourris, logés et soignés avec notre propre argent. Ces peuples primitifs ont toujours fonctionné de cette façon depuis la nuit des temps, il suffit de faire une recherche sur leur histoire pour être encore plus informé.

  11. Or donc, au nom des grands principes, certaines associations s’indignent : « l’avocat ne peut être rémunéré pour obtenir le résultat souhaité par l’Etat ».
    Mais il peut être rémunéré par ces mêmes associations pour obtenir le résultat contraire…

  12. C’est un aveu de faiblesse. Un Etat digne de ce nom n’a pas besoin de payer pour que ses décisions soient appliquées, notamment celles qui protègent directement son peuple.

  13. 615 euros c’est bien si l’immigré ne vient pas de trop loin. L’avocat pourra faire du « cashback « : par exemple renverser 300 euros au migrant qui rentra chez lui ( probablement gratuitement Mme Meloni étant sûrement prête à lui payer le voyage), et pourra se payer avec cet argent le billet retour après des vacances en famille.
    Les avocats vont faire des affaires en Italie. La mafia va devoir affronter la concurrence.

Commentaires fermés.

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

Quel est le coût de ce Teknival pour la collectivité ?
Marc Baudriller sur CNews
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois