[TRIBUNE] Ce que révèle la mort de l’un des nôtres au Liban
Le 18 avril 2026, un accrochage se produit dans le village d’Al-Gandouriyah, à moins de trois kilomètres du camp de Deyr Kifa où est implanté le bataillon franco-finlandais de la FINUL (Force intérimaire des Nations unies au Liban). Très rapidement, l’Élysée estime que le Hezbollah est responsable de cette embuscade au cours de laquelle le sergent-chef Florian Montorio, du 17e régiment du génie parachutiste, est tué et trois autres soldats français sont très grièvement blessés. Son nom s’ajoute à la longue liste de plus de 150 soldats français morts au Liban depuis 1978 pour tenter de rétablir la paix dans ce pays martyrisé par une guerre civile entretenue par des interventions étrangères.
Le Président Macron s’exprime alors très fermement dans des termes qui établissent un étonnant partage de responsabilités : « La France exige des autorités libanaises qu’elles arrêtent immédiatement les coupables et prennent leurs responsabilités aux côtés de la FINUL. »
Passivité de l'armée libanaise vis-à-vis du Hezbollah
Il est sans doute difficile, pour ceux qui n’ont pas été en charge de responsabilités à la FINUL et de la mise en œuvre de la résolution 1701 de 2006, de comprendre ce que signifie vraiment cette phrase dans le contexte d’un affrontement permanent entre la FINUL et le Hezbollah, au sud du Litani, dans cette région frontalière d’Israël. Quand Emmanuel Macron estime que « les autorités libanaises doivent être aux côtés de la FINUL », c’est sans doute qu’il laisse entendre qu’elles n’y sont pas vraiment. Durant mes deux ans à la FINUL comme chef du bureau de liaison, c'est-à-dire au contact des différents acteurs sur le terrain, j'ai en effet pu constater la passivité de l'armée libanaise vis-à-vis du Hezbollah, pour ne pas dire la proximité. De fait, l’armée libanaise était un écran entre la FINUL et la situation sur le terrain. Elle bloquait les patrouilles. Elle devait aller dans les caches du Hezbollah et elle n’y allait pas. Elle nous contrôlait, elle nous verrouillait. Ce que j'affirme peut étonner, voire choquer, ceux qui ne connaissent pas les réalités de l’action de la FINUL, mais c'est un fait. Je veux d'ailleurs souligner que la FINUL remplit une mission délicate, complexe mais pourtant tellement utile pour préserver tout le Sud-Liban de l’emprise du Hezbollah.
C’est également sous cet angle qu’un excellent éditorial du quotidien libanais L’Orient-Le Jour du 12 avril dernier relève la complaisance et la connivence des FAL (Forces armées libanaises) dans le contexte d’un projet de cessez-le-feu entre le Liban et Israël (Entre « Israël et le Hezbollah », comme l’écrira pourtant le Président Macron, sans doute pas par erreur mais pour bien montrer la réalité de la situation). Ce journal ose écrire que pour le Liban, « notre seule marge de manœuvre vis-à-vis d’Israël reposait sur notre réussite, ne serait-ce que partielle, dans la politique de désarmement du Hezbollah. Parce qu’elle s’est avérée être un échec total et parce que l’État a, au mieux été berné, au pire menti, nous abordons les négociations sans aucune carte sérieuse entre nos mains. Face à Israël, le Liban est nu. Avant même de parler de ses capacités - ce qui aurait été une question légitime si elle avait manifesté un minimum de volonté -, l’armée, et plus généralement l’appareil sécuritaire, a fait preuve d’une telle complaisance, et parfois même d’une telle connivence avec le Hezbollah, qu’il est sérieusement permis de douter qu’elle perçoive un jour la milice comme un ennemi de l’État. » On ne peut être plus clair.
La FINUL, un bouclier contre l'emprise du Hezbollah
C’est ainsi que se révèle, dans le cadre de la résolution 1701 qui suit la guerre de 33 jours de 2006, une situation bien particulière au Sud-Liban. Le Conseil de sécurité de l'ONU a ainsi renforcé ses pouvoirs en 2006 pour que la FINUL agisse dans un cadre défensif pour l’usage de ses armes. Un équilibre original s'est alors installé pour que cette force, qui ne peut pas utiliser des mesures de contraintes militaires, puisse remplir ses missions parmi lesquelles se trouve le fait d’interdire que sa zone d’opérations soit utilisée à des fins hostiles et empêcher la circulation d’armes au profit d’organisations paramilitaires, à savoir, précisément, le Hezbollah.
La FINUL est autorisée à utiliser la force pour se défendre et « désarmer les miliciens qui circulent avec leurs armes dans la zone d’opération de la FINUL » sans disposer toutefois d’un mandat lui permettant de « rechercher activement » les armes du Hezbollah. C’est en fait au gouvernement libanais et aux FAL, auquel la FINUL ne peut en aucun cas se substituer, de prendre le contrôle de cette zone et de désarmer le Hezbollah. La FINUL doit alors faire appel aux FAL pour obliger d’éventuels miliciens à rendre leurs armes. Cependant, elle ne peut intervenir elle-même que si elle constate la passivité des FAL et que, par ailleurs, ces miliciens refusent d’être désarmés et qu’ils ont fait usage de leurs armes.
On peut le regretter, mais sauf à vouloir se substituer au gouvernement libanais et, donc, à établir une forme de protectorat, la FINUL remplit les missions confiées par l’ONU. En tout cas, elle rassure la population, elle établit un bouclier contre l’emprise du Hezbollah qui, sans la présence de la FINUL, aurait installé au Sud-Liban une province autonome sous influence directe de l’Iran.
Par ailleurs, depuis le début du mois de mars 2026, si l’armée israélienne, avec cinq divisions et son incomparable expérience de cette zone, ne parvient pas encore à détruire la composante militaire du Hezbollah, il est douteux d’imaginer une force de l’ONU intervenir sous chapitre VII sur ce théâtre d’opération pour y obtenir un quelconque résultat.
Jeu d'équilibriste
C’est alors que se pose la question du rôle des FAL au Sud-Liban alors qu’elles ne souhaitent pas ni ne peuvent affronter le Hezbollah, que beaucoup considèrent d’ailleurs comme l’expression de la résistance contre Israël qui se trouve, par ailleurs, toujours en état de guerre contre le Liban.
C’est une armée issue de la guerre civile. Elle exprime la représentation d’un État fragile et multiconfessionnel qui tente de préserver des équilibres délicats où la menace d’assassinat pèse sur les hommes politiques. Au Sud-Liban, les FAL cherchent alors à limiter le rôle de la FINUL par de multiples pressions souvent exprimées par des « lettres de protestation » citant nommément des contingents ou des membres de la FINUL jugés pour avoir outrepassé leur rôle. Il s’agit alors pour tous de maintenir un équilibre et une image. Il s’agit, pour les FAL, de ne pas intervenir contre le Hezbollah et de ne pas tenter de reprendre sous son contrôle les armes lourdes et les armes légères nécessaires pour s’affirmer face à Israël. Certes, entre 2006 et 2023, il n’y eut dans la zone FINUL que quelques incidents très graves circonscrits à des échanges de tirs d’une journée entre le Hezbollah et les Israéliens. Il y eut, par contre, des centaines de petits incidents provoqués par l’une ou l’autre partie dans des circonstances où l’imagination des belligérants était infinie pour se confronter et s’affirmer.
Paradoxalement, les deux camps étaient particulièrement satisfaits du rôle de la FINUL pour éviter l’escalade et ils surent l’exprimer très nettement. Même le Hezbollah sut montrer sur le terrain, le long de la Blue Line, sa satisfaction de voir les « Bérets bleus » éviter que leurs rassemblements et leurs manifestations ne soient la cible de tirs israéliens.
Situation étrange où tous les acteurs jouent un jeu d’équilibriste, de compromis, de faux-semblants, mais où l’intelligence de la diplomatie militaire de l’ONU révèle toute sa finesse quand certains savent voir et comprendre ce qu’il faut pour préserver l’essentiel, à savoir éviter que les enfants du Liban ne souffrent.
Si l’État libanais et les FAL avaient su, pu ou voulu...
Les massacres du 7 octobre 2023 suivis par la guerre contre l’Iran du 28 février 2026 ont rompu cet équilibre. Mais il est clair que si l’État libanais et les FAL avaient su, pu ou voulu neutraliser la branche armée du Hezbollah, Israël n’aurait pas eu de prétexte pour attaquer le territoire libanais en 2024 et en mars 2026.
Alors, pour certains commentateurs et observateurs lointains de ce champ de bataille, il conviendrait d’affronter les réalités. Dire simplement que les FAL ont joué un double jeu, c’est d’abord ne pas s’aveugler, ne pas rester derrière un voile des illusions et comprendre que l’armée du Liban n’a pas vraiment reçu avant le dernier cessez-le-feu de 2024, voire même après, la mission de prendre ses responsabilités pour vraiment désarmer le Hezbollah. La future paix au Liban s’établira alors avec cette obligation de prise de responsabilités aux côté de la FINUL et selon un processus politique et sécuritaire libanais fermement appuyé par ses amis, dont la France, toujours considérée comme « notre mère » par tant de Libanais.
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60 commentaires
Les données issues du ministère des Armées établissent de façon incontestable que du 13 juillet 2011 au 17 avril 2026, aucun (zéro) militaire français n’a été tué en action de combat au Liban dans le cadre de la mission FINUL. Sur les 4 décès constatés durant ces 14 ans 9 mois, 3 soldats français sont morts dans des accidents de la circulation et le 4ème d’un problème de santé (crise cardiaque).
Cela prouve qu’au-delà de la difficulté de leur mission ONU d’interposition, nos militaires français n’étaient pas confrontés à un danger de mort durant cette longue période.
Il en résulte que c’est bien la guerre d’agression américano-israélienne déclenchée le 28 février 2026 qui a créé un contexte de mise en danger de mort de nos forces se traduisant par le décès du major Montorio et du sergent Girardin dans les suites d’une embuscade du 18 avril 2026 au Sud Liban.
La France n à jamais su choisir entre le pétrole des uns et sa responsabilité au Liban. A bouffer à tous les râteliers dont al qaida qui fait du bon boulot. La présence française à IDLIB(dernier mort francais) fief d ISIS. La réception par Macron de l ex terroriste Jouhani champion du coupage de tête d otages…ce bricolage perpétuel au service d Israël et des Usa finit très mal pour nos soldats qui n ont rien à faire la.a quand un vrai NON de nos armées? Maintenat nos ogives nuclaires en Finlande et en Pologne.. super what elle ?
Malgré la très forte inclination que j’ai toujours porté au Liban après une quinzaine de mini-missions humanitaires, y compris pour la plupart dans les malheureux villages chrétiens du Sud-Liban, j’ai toujours été assez choqué de constater en effet que la Finul faisait de la représentation avec des engins filant à vive allure ,parfois sous des arcs décorés aux couleurs du hezbollah…Quant à l’armée libanaise invisible dès que l’on franchissait le Litani.
La France , bonne fille, s’est crue protectrice de ce pays qui fut largement francophone et francophile, sans s’apercevoir qu’il était devenu la cour de récréation de nombreuses factions et un rendez vous de politiciens corrompus au plus haut niveau.
Le plus triste est de constater que la seule perspective la plus souvent évoquée par une jeunesse éprise de culture et de liberté demeure l’émigration (celle-là….. ne nous est pas forcément acquise!)
« T.Amouyal
dit :
22 avril 2026 à 8 h 47 min
Cher general, je vous livre une petite reflexion d un franco israelien , ex caporal de l armee française :
Si nos 5 divisions progressent avec precaution dans le sud du liban c est parce que nous voulons preserver nos soldats qui sont aussi nos enfants , et parce que la finul n a jamais commencé a remplir le dixieme de son contrat .
Si nous occupons, une nouvelle fois le sud liban, c est uniquement pour en chasser les tueurs qui tirent sur nos villages et , croyez le bien, lorsque ces attaques cesseront , nous nous retirerons comme les multiples fois ou nous avons , deja , envahi cette region.
Notre proposition aux libanais est desormais basique : la paix contre la paix , point a la ligne . »
Ma réponse à ce Mr ne parait pas.
Pas un mot de compassion pour ce para, mais là ça passe?
Un parti pris pour une armée étrangère passe, mais pas ma réponse?
Que font nos soldats dans une zone de guerre ?
babali
Tant qu’il n’y aura pas un GVT uniquement Libanais avec une vraie armée, rien ne se passera de bien !
Comme pour nos policiers, se défendre une fois que l’on t’a tiré dessus c’est trop tard !!!
Idem pour les gens normaux qui se font cambrioler.
Etonnamment, alors que le sacrifice de nos soldats est dans la normalité ; puisque ce sont des hommes qui ont choisi le métiers des armes, leur profession donc et c’est sans doute pour cela et un peu par dédain, les deux assemblées et le gouvernement ont botté en touche l’augmentation de l’allocation de Reconnaissance de la Nation en 2026 ainsi que la revalorisation de l’indice du point militaire d’invalidité.
Ont dit merci qui ? : Bruno Retailleau, Gérard Larcher et Yaël Braun-Pivet
1 Français de plus mort, la FINUL ou les Casques Bleus sont présent dans cette région depuis 1978, et le résultat est le nombre de militaire tué toujours plus important sans parlé du coût financier pour la France qui est en faillite, MACRON joue au petit soldat avec la vie des autres,, personne ne le veut aux tables de négociations, il nous a complètement discrédité dans le monde
Peut être cherche t il une guerre contre la Russie pour pouvoir se maintenir en place comme l’a fait son copain ZELENSKY