[ÉDITO] À Châteaudun, le maire sermonne le curé pour son sermon anti-euthanasie

Le maire Philippe Vigier a même poussé le culot jusqu’à exiger des excuses publiques. Et puis quoi, encore ?
Philippe Vigier, maire de Châteaudun. Capture d'écran ©Facebook
Philippe Vigier, maire de Châteaudun. Capture d'écran ©Facebook

Le maire de Châteaudun se croit-il plus puissant que le Roi-Soleil ?

Alors que durant le carême 1662, Louis XIV et sa cour écoutèrent sans moufter le fameux « Sermon sur la mort » de Bossuet qui rappelait sans ménagement, dans un memento mori bien senti, que dans la mort, les grands de ce monde n'étaient pas mieux lotis que les autres (voire parfois moins bien), Philippe Vigier, lui, en 2026, s’est offusqué, à la traditionnelle messe pour la Foire aux laines, qu’un pauvre curé rappelle l’invariable position de l’Église sur l’euthanasie, à quelques jours du vote définitif à l’Assemblée.

Vexé...

C'est le Journal L'Écho Républicain qui le relate : « On ne prend pas soin de la vie en donnant la mort », a déclaré le prêtre, invitant les fidèles à « prier pour la vie » et « pour que les parlementaires ne fassent pas n’importe quoi ». Pas l’Aigle de Meaux mais la Colombe de Châteaudun, donc, pour appeler le Saint-Esprit sur les parlementaires. Sauf qu’au premier rang, le maire de Châteaudun – qui n’a pas été cité dans l’homélie et dont le curé ignorait qu’il était rapporteur de cette proposition de loi… – s’est senti visé et vexé.

À l’issue de la messe, il a fait un tintouin de tous les diables, c’est le cas de le dire, se permettant de tancer le curé… comme si celui-ci n’était pas maître en sa paroisse.

Philippe Vigier pensait sans doute que la messe était un élément folklorique de la Foire aux laines, une façon de rendre plus authentique ce haut moment touristique – on pense au fameux dessin de Sempé : une mondaine tout émue accueille le prêtre sur le perron de sa maison aussi cossue qu'illuminée pour sa petite sauterie : « Comme c’est gentil à vous, Monsieur le Curé, d’avoir mis une soutane ! » Sauf que, comme disait Don Quichotte, « tel va chercher de la laine qui revient tondu » : personne n'a forcé le maire à se rendre à la messe, c'était à ses risques et périls. Le père François Yambressinga n’est pas du genre à faire de la figuration docile. En Afrique, le clergé ne connaît pas la langue de buis.

Et culotté !

Philippe Vigier a même poussé le culot jusqu’à exiger des « excuses publiques » (sic). Et puis quoi, encore ? Faut-il que ce clerc burkinabé lui baise les pieds en frappant sa coulpe ? Un prêtre doit-il désormais demander pardon pour avoir prêché l'enseignement de l'Église ? L’évêque de Chartres, Mgr Christory, qui n’est pas une « mitre molle », selon l'expression d’André Froissart, l’a renvoyé dans ses buts, répondant que le prêtre était en chaire et avait donc le droit de dire ce qu’il voulait.

L’affaire n’est pas sans rappeler l'indignation de Jean-Luc Romero face à la déclaration de l’évêque de Bayonne signifiant l’excommunication – qui tombe sous le sens – de ceux des députés qui voteraient l’euthanasie. On ne savait pas ces gens-là si dévots. Cette furieuse envie si soudaine de communier laisse pantois.

Non seulement ils veulent faire passer leur loi à tout prix – en s’appuyant sur un supposé irrépressible désir des Français, que prudemment, ils n’ont surtout pas voulu mettre à l’épreuve via un référendum –, mais ils entendent, en sus, pour ne pas que le goût des petits fours s’en trouve gâché, la bénédiction de l’Église. Il ne suffit pas d’avoir vaincu les opposants, il faut encore que ceux-ci fassent leur autocritique et mordent la poussière.

La loi de séparation de l’Église et de l’État est devenue la loi d’invasion de l’Église par l’État : ce n’est pas chacun chez soi mais chacun chez toi : du programme EVARS qu’on entend imposer jusque dans les écoles hors contrat au secret de la confession que l’on prétend lever, les coups de boutoir se multiplient. C’est raté. L’Église sera là toujours, comme la statue du Commandeur. Non possumus. Tu ne tueras pas. Et le vote – à la hâte, dans la touffeur de l'été, alors que les Français sont déjà partis en vacances – du 15 juillet n’y changera rien.

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Gabrielle Cluzel
Directrice de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

198 commentaires

  1. Soutien a mon confrere pour cette parole necessaire. Les paroissiens ont le devoir d’etre informe de la gravite et des consequences de cette charite paienne. J’espere qu’ils n’etaient pas le seul pretre. Il faut de courage et l’amour de la verite

  2. ce maire Philippe vigier est un ancien UMP ( UDI ) ensuite à rejoint HORIZON ministre MACRONISTE bref le bon centriste de droite qui n’ aura aucun scrupule pour a appelé a voté à gauche si le besoin se faisait sentir mais pour garder ses intérêts alors il tape lâchement sur un prêtre qui est conte l’ euthanasie heureusement qu’ il y a une autre droite plus courageuse du camp national

  3. Il faut être indulgents : ce maire ne sait peut-être pas que le prêtre a, parmi ses fonctions, celle de rappeler les commandements de Dieu et notamment celui-ci : « Tu ne tueras pas ». Il ne sait peut-être pas non plus que le pouvoir politique n’a aucune autorité sur le pouvoir spirituel de l’Eglise. Certes il y a des époques, ou des lieux, ou le pouvoir politique fait usage de la force envers ceux qui lui déplaisent, mais il ne peut pas les obliger à partager ses opinions.

    • Il ne faut absolument pas être indulgents avec les malfaisants politique, leur positions procèdent du mal et non du bien de l’humanité.

      • TOUT A FAIT ! …
        Ce coucou poly-tocard espère tous les jours que les « gueux » aient une « mémoire de poisson rouge » …
        Et celui là il en a « des casseroles politiques » ! …

  4. Je ne sais si M. Vigier est censé être catholique (au moins de papier), mais il conviendrait que son évêque l’excommuniât en bonne et due forme pour son vote et son rôle dans l’élaboration de cette loi scélérate. Cela ne lui fera sans doute pas changer son attitude, mais au moins les choses seront dites. Comme il est probablement franc-maçon, il est de fait déjà excommunié, mais cette fois, les choses seront publiques. Et cela permettra de lui interdire l’accès à l’église la prochaine fois.

    • Il fût un temps où l’inquisition se serait emparée du sujet…Mais les extrêmes sont toujours à rejeter! Paix aux hommes de bonne volonté…

  5. Je suis favorable à l’ euthanasie TRES conditionnée, pourtant je ne me serais jamais permis de commenter un sermon alors que … je me suis fait débaptiser.

    • Pauvre de vous, il n’est jamais trop tard pour revenir sur vos pas. Ayez foi en Dieu, pas en la politique ou en l’argent. Courage, le Seigneur est miséricordieux!

      • Ben voyons ! …
        « AMEN » ! … « Amène tes vaches avec les miennes … J’en serai encore plus riche puisque tu n’as que faire du « matériel » car TU as la prière pour encore y croire ! …

    • Et pourtant dans la conscience il n’y a pas de demie mesure. Même monsieur Badinter, nouvellement panthéonisé, considérait que l’homme ne pouvait pas exécuter un criminel condamné à mort.

    • je suis contre l’ euthanasie parce qu’ un pays qui est pour la fin de vie ou suicide assisté c’ est la fin d’ une nation au lieu de faire un projet sur la famille MACRON persiste sur la mort qui ne sera pas encadré donc je n’ ai aucune confiance à tous ces gens

      • Votre commentaire est la synthèse du « péril macron » …
        Vous associez un mot qui est antinimique à « macron » … ce mot est « FAMILLE » ! …
        Il l’a même conceptualisé et transformé en « NATION française » ! …
        il est « à l’œuvre » pour détruire cette entité multimillénaire …

    • C’est vous Renny Jacquemart qui êtes très conditionné. Le système politique malfaisant a réussi à vous inculquer qu’il serait de bon ton de laisser s’installer dans notre droit l’idée qu’il existerait des vies pour lesquelles la meilleure réponse serait la mort ! C’st désolant !!

  6. Mais dans quelle basse-cour a-t-il été élevé ce grossier personnage ? Les citoyens de de Châteaudun n’ont pas dû apprécier…., il ne restera pas Maire bien longtemps.

  7. Ah M. le maire, il y aurait tant de choses à vous dire, fûssent elles désagréables ! Par exemple, ce prêtre pourrait tenir le même genre de discours, à titre privé, en privé, peut-être même en public, liberté d’expression oblige, n’est ce pas ? Mais en tant que prêtre, officiant dans sa paroisse, en chaire non ?
    Alors une question, M. le maire. Faut-il dorénavant que les curés soumettent leurs sermons à la censure politique, pour appeler les choses par leur nom, avant de pouvoir les prononcer en chaire ? J’ignore si vous êtes un « bon » politique. Par contre une chose est sûre, vous n’êtes apparemment pas un « bon » catholique. Mais ça, voyez vous, M. le maire, c’est une affaire entre vous, votre conscience, et le Bon Dieu. Ce n’est quand même pas la faute du curé si votre action n’est pas conforme avec la Foi.

    • S’il pense que c’est au politique de faire des sermons c’est qu’il ne connaît pas la séparation de l’Église et de l’État en effet

  8. Merci infiniment, chère Gabrielle Cluzel, pour votre article : tout est dit… et si bien dit !
    Merci aussi d’avoir relayé les propos de l’évêque : il fait partie de ceux qui ont le courage de dire haut et fort ce qu’il pense !

  9. Ce maire me semble avoir eu tort de commenter le prêche d’un curé à ses ouailles dès lors qu’il n’évoquait pas les parlementaires qui sont chargés de discuter cette proposition de loi. Et je pense également que l’évêque Aillet a eu tort de prétendre peser sur un débat de la République en indiquant que les parlementaires qui voteraient cette loi seraient excommuniés. Le clergé a bien entendu le droit de donner son avis sur un projet de réforme, mais certainement pas davantage. Cette menace d’excommunication personnalisée légitime en outre les fatwas que les musulmans proclament contre des personnes qui ne respectent pas les prescriptions de l’Islam. La radicalisation de l’Eglise vis à vis de cette réformette qui ne respecte pas la liberté individuelle sur le suicide assisté risque de laisser des traces dans notre pays, des traces indésirables au regard de notre évolution démographique.

    • Vous n’avez peut-être pas mesuré les conséquences sociales de l’euthanasie pour nous tous et pour les porteurs de ce projet. Un évêque est dans son rôle précis en rappelant les conséquences de l’adhésion à cette orientation pour la conscience individuelle. Il est le Pasteur. Monseigneur Aillet est clair.

    • Non, cher Brigantin, ce n’est pas une « réformette » ! Vous ne me semblez pas très renseigné. Avez-vous seulement lu le texte de la loi ?

      • Chère Odile, vous avez raison de me demander si j’ai lu la proposition de loi. Oui, je l’ai lue. J’y ai découvert les cinq conditions sous lesquelles il est possible de demander une assistance au suicide. Si comme je le pense vous l’avez également lue, vous admettrez que cette loi est très loin de permettre à tout individu d’en demander le bénéfice. Or, la liberté à laquelle je suis attaché devrait permettre à n’importe quel personne majeure de pouvoir décider du moment de sa mort et de bénéficier des moyens de l’obtenir sans souffrance. Et ceci même sans avoir à s’en justifier. Ceci est la raison de mon qualificatif de réformette. Au nom de quoi pourriez-vous m’interdire d’acheter à mes frais les substances létales et de me les administrer ? Au nom de quoi prétendez-vous m’imposer votre vision du christianisme ?
        Permettez-moi de relativiser l’argument religieux. L’Ancien Testament évoque six suicides sans aucune critique de cette mort volontaire. Le Nouveau Testament n’en évoque qu’un (celui de Judas) sans aucune critique formulée par Jésus qui eût été rapportée par les évangélistes. J’ai déjà eu l’occasion d’écrire dans ces colonnes qu’il a fallu attendre 500 ans (concile d’Orléans) pour que l’Eglise décide de refuser les funérailles religieuses aux suicidés.
        J’ignore quel est le regard de Dieu sur le sujet et je m’autorise à penser que vous l’ignorez aussi. La seule différence entre vous et moi tient à la conception de la liberté : vous croyez « dur comme fer » que vos convictions doivent s’appliquer à tous, croyants ou non. Moi pas. Et je respecte ceux qui acceptent la souffrance (quelle qu’en soit la nature) comme le « prix » à payer pour gagner le Paradis. Je respecte cette Passion individuelle et j’attends de mes prochains et de vous, chère Odile, que vous respectiez mes propres convictions.
        Je ne reviens pas sur l’intervention de Monseigneur Aillet : je n’ai rien à ajouter à mon précédent propos.
        Un dernier mot pour dire que j’ai apprécié le ton de votre critique par rapport à celui d’autres intervenants.

    • L excommunication n est pas une menace mais un fait de facto et cela a été simplement rappelé par le Clergé et cela n’a rien d une fatwa. Il n’y a pas de menaces de mort juste une exclusion de la communauté chrétienne tout comme un politicien est exclu de son parti s’il ne porte plus ses valeurs.

    • Aillet est citoyen français et s’il s’exprime en tant qu’évêque ça ne change rien car on admet très bien que les associations soient admises au débat or depuis la loi de 1905 l’évêque et légalement le responsable d’une « association diocésaine » qui s’occupe d’assurer le culte. C’est d’ailleurs ce statut associatif qui permet à l’église de recevoir des dons.
      Par ailleurs l’église n’excommuni personne ce sont les personnes qui par leurs actes se mettent en dehors de la communion avec les enseignements du Christ l’Église ne fait que prendre acte.

    • Merci Brigantin pour votre belle intervention. Je pense que dans les commentateurs, il y a aussi peu de gens qui lu la loi, que de gens qui ont lu l’ancien et le nouveau testament. Ces textes ne condamnent pas le suicide. Les catholiques pratiquants reçoivent un petit feuillet très basique pour aller aux messes et ignorent la bible qu’ils ne lisent jamais. Il n’y a pas 5% des catholiques qui ont une bible chez eux et qui l’ouvrent de temps en temps. Si c’était le cas, ils auraient un autre discours.

  10. Sans commentaire. Devant une telle indécence, que peut on dire ? Ce M. qui doit faire partie de ceux qui évoquent la laïcité en toutes occasions (et à raison) vient juste de prendre une leçon de laïcité in vivo. Dans la maison de Dieu, il a entendu …. le message de Dieu. Voila qui est hautement surprenant ! Est ce faire preuve d’une grande acuité politique que de venir dans une église en imaginant y attendre autre chose que ce qu’il a attendu ? Les Romains avaient un adage en matière judiciaire qui peut s’appliquer ici : nemo auditur propriam turpitudem allegans (personne ne peut se plaindre de sa propre turpitude).

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