10 août 1792 : Bonaparte découvre la Révolution aux Tuileries
Le 10 août 1792, la monarchie française s’effondre dans le fracas des armes. Aux Tuileries, le palais royal est pris d’assaut par les insurgés, tandis que Louis XVI se réfugie avec sa famille auprès de l’Assemblée législative. Les gardes suisses, chargés de défendre le palais, livrent alors un combat désespéré mais courageux. Parmi les nombreux témoins de cette journée fatidique de l’Histoire de France, un jeune officier corse de vingt-trois ans, promis à un avenir impérial, se tient là, attentif, aux premières loges de scènes de violence qui marqueront durablement sa vision de la Révolution et du pouvoir.
Un jeune officier au cœur d’un Paris en ébullition
Lorsque Bonaparte arrive à Paris le 28 mai 1792, son avenir militaire est incertain. Revenu de Corse après avoir pris part aux affrontements opposant les partisans de Paoli aux révolutionnaires, il cherche à obtenir sa réintégration dans l’armée, qui l’a rayé de ses contrôles en raison de ses absences répétées. Il obtient finalement gain de cause : sa réintégration est confirmée le 10 juillet et il reçoit son brevet de capitaine le 30 juillet. Durant son séjour parisien, le jeune officier découvre une capitale en pleine effervescence. La guerre déclarée à l’Autriche en avril, les premières défaites françaises, le veto de Louis XVI à plusieurs mesures voulues par les révolutionnaires et le renvoi des ministres girondins ont aggravé les tensions. Le 11 juillet, l’Assemblée proclame d’ailleurs « la patrie en danger ». Le manifeste de Brunswick, rendu public le 25 juillet, achève d’exaspérer les révolutionnaires en menaçant Paris et ses habitants de représailles si la famille royale est maltraitée.
Bonaparte a déjà observé cette montée de la violence le 20 juin, lorsque la foule envahit une première fois les Tuileries. Il suit les événements avec son ancien condisciple du collège militaire de Brienne, Louis-Antoine Fauvelet de Bourrienne. Des années plus tard, ce dernier rapporte que son compagnon aurait été indigné par l’attitude de Louis XVI, notamment lorsque le roi accepta de coiffer le bonnet phrygien. Le futur Empereur aurait alors murmuré : « Quel couillon ! Comment a-t-on pu laisser entrer cette canaille ? Il fallait en balayer quatre ou cinq cents avec du canon et le reste courrait encore. »
« Il semble que la peste soit dans le château »
Cinquante jours après cette première invasion des Tuileries, à l’aube du 10 août, les insurgés convergent vers le palais royal pour renverser une monarchie désormais considérée comme responsable des malheurs du peuple et suspectée de collusion avec les puissances étrangères. « Il semble que la peste soit dans le château », écrit alors un journal révolutionnaire. Louis XVI, prévenu de la menace, quitte les Tuileries avec sa famille et gagne l’Assemblée législative. Les Tuileries restent néanmoins défendues par environ 900 gardes suisses, auxquels s’ajoutent des gardes nationaux et des gentilshommes venus défendre leur souverain jusqu’à la mort.
Bonaparte n’est pas loin. Alerté par le tumulte, il se rend chez le frère de Bourrienne, dont le magasin de meubles est situé place du Carrousel. Depuis les fenêtres, il peut alors observer directement l’assaut du palais. L’insurrection devient rapidement une bataille. Les insurgés pénètrent dans les Tuileries tandis que les Suisses opposent une résistance organisée. Plusieurs centaines de défenseurs sont tués et leurs cadavres parfois déshonorés par des furies. Max Gallo rapporte ainsi que « des femmes […] mutilaient les soldats morts puis brandissaient des sexes sanglants. Vile canaille ! » Bonaparte descend ensuite dans les jardins des Tuileries et découvre le spectacle sanglant du palais dévasté, une vision qui le marquera durablement.
Un mépris pour Louis XVI
Cette journée contribue à forger chez Bonaparte une profonde méfiance à l’égard de la violence populaire lorsqu’elle échappe à toute autorité. L’historien Thierry Lentz souligne ainsi que le jeune officier tira de l’été 1792 « une sorte de mépris du manque de poigne de Louis XVI et, surtout, la hantise et le dégoût de la populace déchaînée ». Au-delà de l’horreur des combats, c’est également l’effondrement d’un pouvoir qui marque Bonaparte. Louis XVI disposait encore, au début de la journée, de troupes capables de défendre le palais. Pourtant, l’indécision royale, le départ du souverain et les ordres contradictoires donnés aux défenseurs précipitent la défaite. Le roi est suspendu par l’Assemblée, puis conduit avec sa famille à la prison du Temple le 13 août. Le 21 septembre, la Convention nouvellement élue abolit la royauté.
Trois ans plus tard, le souvenir des Tuileries ressurgira lorsque Bonaparte recevra le commandement des forces chargées de défendre la Convention contre l’insurrection royaliste du 13 vendémiaire. Ce 5 octobre 1795, il fait ainsi tirer au canon sur les insurgés parisiens. Là où Louis XVI avait hésité, Bonaparte choisit d’agir. Cette opposition annonce déjà l’une des grandes caractéristiques du futur règne napoléonien : l’autorité comme remède au désordre révolutionnaire. Ironie de l’histoire, celui que le jeune Bonaparte avait jugé si sévèrement deviendra même, près de vingt ans plus tard, son oncle par alliance lorsque l’Empereur épousera en 1810 sa petite-nièce, l’archiduchesse Marie-Louise d’Autriche.
Devenu Premier consul puis empereur, Bonaparte se fera l’héritier de la Révolution sans vouloir en être le continuateur. Après une décennie de bouleversements et de violences, il entreprendra de reconstruire le pays en érigeant ces « masses de granit » destinées à consolider durablement l’ordre et la stabilité de la France.
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3 commentaires
Dans un état métastasé par le cancer du va-t-en guerre que l’on sait, quelle rémission espérer ?
l’autorité comme remède au désordre révolutionnaire. 1795
Et en 2025/2026 ou est passée cette autorité ? A la télé certes … mais dans les faits?
Ce qui me choque le plus c’est de voir que les gouvernements actuels sont pires alors qu’il y a eu la révolution de 1789 en France. D’ailleurs j’ai le même avis concernant le nombre de mort du côté français pendant 14-18 et 39-45 pour que maintenant les allemands puissent librement venir s’installer en France et même contrôler notre politique via von der leyen. Les guerres étaient inutiles ou sommes nous lâches d’accepter que la France et le peuple de France soient piétiner maintenant?