[EXPO] La Mode en majesté : vestiaire, culture et diplomatie au royaume de Siam

Avec les maisons françaises Balmain et Lesage, c’est au meilleur de la haute couture et de la broderie qu'a fait appel la reine de Thaïlande, et ce n’est pas par hasard.
Robes du soir de Pierre Balmain (1960) - Collection de Sa Majesté 
la Reine Sirikit
Robes du soir de Pierre Balmain (1960) - Collection de Sa Majesté la Reine Sirikit

« La Mode en majesté. Haute couture et tradition à la cour de Thaïlande » se tiendra jusqu’au 1er novembre prochain au musée des Arts décoratifs de Paris. Cette exposition a été organisée en partenariat avec le Queen Sirikit Museum of Textiles (QSMT) et le Sustainable Arts and Crafts Institute of Thailand (SACIT), sous le patronage de Son Altesse Royale la princesse Sirivannavari Nariratana Rajakanya de Thaïlande. Elle fête un double anniversaire : en 1686, sous le règne de Louis XIV, les 340 ans des premières relations entre les royaumes de France et de Siam ; et depuis 1856, 170 ans de relations diplomatiques entre le royaume de Thaïlande et le Second Empire, puis la République française.

Le vêtement, langage royal, culturel, politique et diplomatique

Le choix du vêtement pour cette exposition ne doit rien au hasard. Il permet en effet d’analyser et de mettre en scène le rôle du costume comme langage culturel, politique et diplomatique.

Le style du vêtement royal, et celui de la cour royale du fait de l’influence mimétique qu’il exerce sur elle, est pensé par les monarques pour remplir plusieurs fonctions : il permet d’incarner la culture de tout un peuple en donnant au regard de tous un ensemble de motifs, de matières et de formes qui renvoient à la fois à l’esthétique vestimentaire thaïlandaise traditionnelle, héritée de Siam, mais aussi à ses croyances (le pays est, encore aujourd’hui, à plus de 90 % bouddhiste).

Par ses spécificités, dont notamment la qualité des matières utilisées et celle de leur assemblage, ce vestiaire est aussi un outil politique, qui distingue la lignée princière et souligne sa position. Et pour les mêmes raisons, il est, enfin, un outil diplomatique, un drapeau qui envoie au monde l’image d’une souveraine et de son peuple. Et là aussi, son rôle est culturel, puisqu’il véhicule à l’étranger le raffinement et le goût du beau qui caractérisent l’âme thaïlandaise.

À gauche, la reine Sirikit, en visite officielle en France à l'invitation du Président de Gaulle, a rendu visite à la maison Balmain (©Patrimoine Balmain). Au centre, la reine Sirikit en couverture de la revue Actualidad
Española en avril 1969. À droite, Pierre Balmain en visite à Bangkok (©Patrimoine Balmain).

« La Mode en majesté » nous fait découvrir la collaboration entre la reine Sirikit et le couturier Pierre Balmain, qui a débuté au début des années soixante. Au départ, il y a la volonté de la famille royale thaïlandaise de concilier, par le vêtement, la tradition ancestrale du royaume à travers ses codes et la volonté d’ouverture au monde contemporain.

Le tout avec une exigence du meilleur, qui a rendu évident le choix de la maison Pierre Balmain, fondée en 1945. Pour garantir l’excellence de ses créations, le couturier a travaillé avec la maison parisienne Lesage (créée en 1858), alors déjà mondialement reconnue pour la qualité de ses broderies.

Balmain et Lesage, ou l’hommage complice au raffinement thaïlandais

Le résultat, auquel l’exposition consacre la majorité de ses 200 présentations, ne se raconte pas. Il faut voir ces robes pour constater l’extrême qualité de création rendue possible par la collaboration complice de ceux que l’Histoire retiendra comme étant deux des plus grands talents mondiaux de la haute couture.

Ces créations franco-thaïlandaises ont fait voyager et connaître le raffinement royal thaïlandais dans quinze pays. Parmi ces voyages officiels du couple royal, une visite parisienne à l’invitation du Président de Gaulle.

L’exposition accorde aussi une place importante à l’après Balmain, avec la mise en scène, bien commentée, d’un vestiaire construit autour de huit formats, se partageant entre tenues de cour, de visites et réceptions officielles et tenues de ville.

Créations de Pierre Balmain, broderies de la maison Lesage - Collection de Sa Majesté la reine Sirikit

Après la mort de Pierre Balmain en 1982, sa maison a pu éviter la disparition, reprise en 2016 par une société de la famille royale qatarie. La maison Lesage poursuit sa route, collaborant avec les grands couturiers dont, aujourd’hui, la maison Chanel.

Raffinés et servis par une très haute qualité de réalisation, les tissus, broderies et accessoires constituent un langage qui véhicule la culture héritée de Siam. Collection de Sa Majesté la reine Sirikit.

Mais alors que disparaissent, de nos jours, de nombreuses des plus fameuses maisons françaises liées au textile et à ses accessoires, il n’est pas inutile de constater, avec une exposition aussi remarquable que « La Mode en majesté. Haute couture et tradition à la cour de Thaïlande », ce que la France perd en savoir-faire, chaque fois qu’une maison réputée met la clef sous la porte. Ces grands noms, qui ont élevé la France au sommet mondial de la haute couture et du luxe, et à qui elle doit pour une grande part son prestige, méritent sans doute mieux que la totale indifférence dont font preuve nos gouvernants.

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

Eliot Deval encense le travail de BV !
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois