Editoriaux - Politique - Société - 24 janvier 2019

Écoles coraniques, lobby LGBT, PMA : mais que vient faire Agnès Thill dans cette galère ?

Elle regrette, retire ses propos “polémiques” mais reste ferme sur ses positions : farouche adversaire de la légalisation de la PMA pour les femmes seules et en couple, Agnès Thill tient bon. Aux accusations d’islamophobie et d’homophobie de son collègue Benjamin Griveaux, elle invoque le respect de sa conscience et écorne, au passage, celui qu’elle traite de “Fouquier-Tinville d’opérette”.

Notre Marie-Antoinette de La République en marche échappera-t-elle à l’échafaud ?

Pas sûr, car la majorité de ses collègues LREM veulent la peau de celle qui a franchi la ligne rouge en invoquant l’islam et les pressions du lobby LGBT pour s’opposer à la fabrique d’enfants sans père.

Et pourtant, rien ne disposait Agnès Thill à endosser le costume d’empêcheuse de tourner en rond des grandes réformes sociétales. Ni son milieu social, ni ses convictions politiques : issue d’une famille ouvrière chrétienne élevée dans le 9-3, cette directrice d’école a adhéré dès ses jeunes années au Parti socialiste. Favorable au Président Hollande, elle dit avoir hésité à rejoindre le grand courant d’Emmanuel Macron pour, finalement, en être élue député au printemps 2017. Elle aime la Macronie mais, malgré tout, déclare que rien ne la fera revenir sur son opposition à la PMA pour les femmes.

Elle reconnaît que ses convictions en la matière ont évolué, et même si elle demeure favorable au mariage homosexuel, son écoute et son expérience personnelle la dissuadent de céder aux sirènes du politiquement correct car, comme elle le dit : “Je ne me rendais pas compte des conséquences d’un tel changement.” En députée assidue aux commissions parlementaires réunies sur le projet de révision des lois de bioéthique, elle a écouté ses “amis musulmans (opposés aux familles homoparentales) qui ne vont pas dans la rue ni dans les urnes pour exprimer leur conception” et en tire la leçon : “Ils vivent en créant un monde parallèle dans la République où les choses sont comme ils veulent.” D’où le risque, pour elle, “d’éclosion d’écoles coraniques”.

Ces propos lui ont immédiatement valu l’accusation d’islamophobe de la part de ses collègues. Pour Aurélien Taché, ces “propos inadmissibles”, “non seulement inouïs mais racistes”, relèvent d’un comportement qui “déshonore” le groupe. Agnès Thill s’est repentie depuis mais n’a pas désarmé pour autant et a tiré de son chapeau son expérience personnelle : elle-même divorcée, elle a été contrainte d’élever seule son enfant unique et ne souhaite pas “créer des familles monoparentales et placer des enfants en situation de précarité affective et financière” chez les autres. Elle met en avant son seul souci de préservation de l’intérêt de l’enfant.

Seule, isolée dans sa propre famille de pensée, Agnès Thill a dû décevoir beaucoup. Profil parfait chez les LREM car issue de la société civile, elle tranche par son look “instit’ de province” et son bon sens sur les autres élus de la bobosphère parisienne. Le psychodrame qu’elle fait vivre à ses comparses n’est pas le premier : déjà, en novembre, elle dénonçait les pressions de ce lobby LGBT à l’Assemblée et avait échappé de peu au couperet de la Macronie réunie. Peut-être sa qualité de “catho de gauche” lui a-t-elle valu d’être protégée par celui qui, il y a peu, tentait d’aller draguer du côté des bernardins… Mais pour Agnès Thill, et à juste titre, “l’Assemblée nationale, ce n’est pas la France”. Si, en plus, elle a compris cette déconnexion des élites avec le peuple français, ne serait-ce que sur ces sujets de société, il y a matière à ne pas désespérer !

Dans un autre genre, chez Les Républicains, François-Xavier Bellamy a été sommé de s’expliquer sur ses propos critiques sur l’IVG l’an passé. Sa tête aussi est mise à prix dans la perspective des élections européennes.

C’est une bonne nouvelle que de savoir que le sujet “famille et changements sociétaux” continue à diviser, hystériser et créer “le beau lolo”, au sein des Républicains et même chez les amis d’Emmanuel Macron !

Reste à savoir à quelle sauce seront mangés nos accusés du jour et si la devise “Pas de libertés chez les ennemis de la liberté” s’imposera…

À lire aussi

Loi Santé : menaces sur la liberté de conscience

Comme aux États-Unis, la bataille pour ou contre l'IVG est loin d'être terminée. Avec, en …