Editoriaux - Médias - 14 octobre 2019

Dupont de Ligonnès et le bon sens journalistique n’ont toujours pas été retrouvés

Le jour où Xavier Dupont de Ligonnès disparaît, il n’a plus un sou. Par le passé, il n’a jamais réussi à mener à bien le moindre projet viable. Sa vie professionnelle est un fiasco qui trouve sa source dans des agissements incohérents tout droit sortis d’une pensée déconnectée de la réalité. Arrivé au bout du rouleau, il trouve le moyen de louper sa mise en scène d’un soi-disant départ précipité de toute la famille aux États-Unis. Fidèle à ses incohérences, il a, bien entendu, pris soin de régler ses achats de chaux vive, pelle et ciment avec une carte bleue (entre autres balourdises).

Et c’est donc cet homme complètement fantoche et désargenté qui réussit la performance de refaire sa vie quelque part sans laisser la moindre trace ni le moindre indice. L’éternel maladroit se serait métamorphosé, comme par magie, en virtuose de la dissimulation. Le branquignol qui n’est parvenu à aucun résultat malgré les 300.000 euros soustraits à l’héritage de son épouse et les 50.000 euros volés à sa maîtresse est devenu soudainement un personnage à mi-chemin entre James Bond et Arsène Lupin. Un vrai miracle.

Partant de l’examen des faits, il est ahurissant que des journalistes censés connaître le dossier aient pu donner autant d’écho à l’arrestation d’un supposé Xavier Dupont de Ligonnès. A minima, une extrême prudence eût été de mise. Point de battage à coups d’éditions spéciales. Le disparu ne présentait en rien le profil d’un habile fuyard capable de passer entre les mailles du filet policier durant huit années. Les circonstances de sa disparition non plus.

Dès le départ de l’affaire, il apparaissait clairement que l’assassin de sa femme et ses quatre enfants avait mis fin à ses jours au cœur de l’immensité sauvage qui borde l’hôtel Formule 1 d’où il part à pied. Selon quelques chroniqueurs très « spécialisés », avec une dizaine d’euros en poche et muni d’une housse à vêtement qui semble contenir un fusil (selon la police qui a visionné les images), l’homme est peut-être parti rebâtir sa vie quelque part au fin fond du Venezuela ou ailleurs. Ce n’est plus un fait divers, c’est un conte de fées ! Devenu transparent, il n’a été vu par personne dans une gare, un aéroport ou sur un bateau, malgré une large diffusion de plusieurs photos sur tous les médias français. Sous les yeux émerveillés du téléspectateur, l’histoire devient un condensé de James Bond et de l’homme invisible.

Il n’est pas étonnant que les multiples recherches n’aient pas permis de retrouver le corps de ce triste sire. La zone concernée est immense. Dans cette nature accidentée livrée à la faune sauvage, un cadavre ne fait pas long feu. Conformément à son scénario de disparition, Xavier Dupont de Ligonnès a sans doute pris soin de se suicider de manière à tomber dans un lieu inaccessible. Sur le bord d’une anfractuosité, au bord d’un ravin… Dans une configuration montagneuse similaire, l’affaire Maëlys a montré que, sans les indications du tueur, le corps de la pauvre jeune fille n’aurait probablement jamais été retrouvé. Aux alentours de Roquebrune-sur Argens, seul un drone pourrait éventuellement localiser quelques ossements, des vêtements, une carabine rouillée…

En bref, l’hallucinante histoire imaginée par le monde médiatique se résume ainsi : aux abords d’un vaste territoire quasiment inhabité, un homme qui vient de tuer femme et enfants part avec un fusil et sans un sou pour… pour refaire sa vie. Et tiens… il était en Écosse !

Il y a huit ans disparaissait Xavier Dupont de Ligonnès. Avec lui, le bon sens quittait la scène médiatique. Au soir du vendredi 11 octobre, il n’avait toujours pas été retrouvé. Les recherches continuent.

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