Editoriaux - Justice - 16 janvier 2019

Détention de Carlos Ghosn : l’inertie française ?

D’accord, il n’y a peut-être pas de quoi envoyer le Charles-de-Gaulle le long des côtes nippones, mais quand même : il doit se sentir bien seul, Carlos Ghosn ! C’est la malédiction des riches : on n’arrive jamais à les plaindre tout à fait, surtout en France. Alors, un ultra-riche, vous pensez…

Mais voici un ressortissant français (entre autres nationalités), patron du plus grand groupe automobile mondial (dont une marque française emblématique dont l’État est actionnaire), en détention depuis près de deux mois alors qu’en le privant de son passeport sur une île dont les trois quarts des habitants connaissent son visage, une résidence surveillée aurait largement suffi à garantir son maintien à la disposition de la Justice.

Il ne s’agit donc que d’une forme de torture, d’ailleurs bien expliquée par Le Monde : “Les juges refusent […] les demandes de libération sous caution pour les personnes mises en examen n’étant pas passées aux aveux.” C’est clair, on reste au trou jusqu’à ce qu’on avoue, dans une cellule minuscule, avec le futon, les bols de riz et la lumière 24/24, le tout dans un pays dont on ne parle pas la langue, bref, tout ce qui, appliqué à un présumé innocent en Europe, déclencherait automatiquement l’indignation des belles âmes.

Mais ici, en France, le pays qui donne des leçons de “droits-de-l’hommisme” au monde entier, rien. Ce qui est d’autant plus étrange que l’affaire dégage tout de même un sérieux fumet de complot. Peut-être l’ambassadeur du Japon aurait-il pu être convoqué ? Pour une fois que, dans un tas de carpettes, celle du dessus n’est pas réputée la plus souple, on aimerait bien entendre M. Le Drian.

Pas très vives, non plus, les associations de défense des droits de l’homme, toujours promptes à écrire “au·x député·e·s” pour déplorer la loi qui donne “aux autorités des pouvoirs sans garanties judiciaires, et qui mettent à mal les droits à la liberté, à la sécurité, à la liberté de mouvement, au respect de la vie privée, et à la liberté d’association et d’expression”, ou “les contrôles d’identité abusifs et discriminatoires de la part de la police”. La pauvre Madame Ghosn en est, aujourd’hui, réduite à faire appel à Human Rights Watch pour dénoncer les conditions de détention de son mari. On lui souhaite bonne chance.

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