Armées - Editoriaux - Société - 27 juin 2019

Des lecteurs de Libération traumatisés par des jeunes qui font des pompes

Âmes sensibles s’abstenir. Le 26 juin, alors que le pays semblait momentanément à l’abri d’une attaque d’enragés d’extrême droite, Libération publiait tranquillement un reportage sur 120 jeunes volontaires qui testaient le service national universel (SNU) dans un centre scout du Nord. En cette belle journée d’été, la torpeur avait gagné les bureaux du journal. Les chasseurs de bêtes immondes somnolaient dans un coin. Le danger d’une lepénisation des esprits semblait écarté, au moins jusqu’à début septembre.

Le diaporama illustrant le reportage montrait les 120 jeunes en diverses situations de leur vie quotidienne. Sous une tente, saluant le drapeau français, jouant au baby-foot, dans une salle de classe. Le lecteur délicat inscrit sur tous les réseaux sociaux était sur le point de s’endormir quand soudain… « Non ! Est-ce possible ? À moi la garde, allô maman, que vois-je ? » Là, sous les yeux du lecteur délicat abonné à tous les réseaux sociaux, y compris ceux qui n’existent pas encore, une photo montrait quelques jeunes garçons en train de faire des pompes. La légende accompagnant l’image ne laissait aucun doute sur la nature fascisante du personnel d’encadrement : « Il est interdit de mettre les mains dans les poches. Un jeune du groupe a été surpris les mains dans les poches : Punition pour tout le monde. »

Alerte générale. Punition violente, physique, collective ! Le lecteur délicat abonné également à Marie Claire n’avait pas de mots assez durs pour qualifier cette pratique à la limite de la torture, ce retour aux temps préhistoriques, aux z’heures les plus zombres. Il était évident que le photographe n’avait montré que la partie émergée de l’iceberg. On n’osait imaginer les atrocités auxquelles se livraient les cerbères du lieu, lorsque le reporter n’était pas là : supplice de la roue, électrodes banchées ici et là, pendaisons par les pieds, fouet… Y aurait-il des rescapés ? La question se posait furieusement au lecteur de Libération réfugié chez sa mère par crainte d’une arrivée massive des gars du SNU.

Réveillée en sursaut par les hurlements lugubres de son lectorat délicat, la rédaction de Libération n’avait d’autre choix que venir calmer les esprits. La punition était pour de rire. Les jeunes faisaient des pompes par jeu. La légende de la photo fut changée en urgence pour devenir «…un peu comme un jeu, ils repassent devant leur cadre de compagnie en enfreignant la règle. En punition : 10 pompes, très volontairement acceptées par les garçons, toujours partants dès qu’il s’agit de faire du sport. »

Ouf ! Que de frayeurs ! Que de frissons ! Quelque peu rassurés, les guetteurs de signes avant-coureurs d’un retour des forces du mal se demandaient, tout de même, pourquoi la punition pour mains dans les poches ne consistait pas en une épreuve plus douce. Fabrication de colliers de nouilles, tricot, modelage en pâte à sel du buste de Raphaël Glucksmann…

Malgré cette inquiétude latente, la rédaction de Libération se rendormit, non sans avoir demandé au préalable à ses photographes d’éviter les spectacles trop durs comme le défilé du 14 Juillet, Édouard Philippe en short, des chatons qui se battent, un mariage avec des grandes pompes… Les réseaux sociaux ne survivraient pas un tel déferlement de violence.

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