Des Khmers rouges à Castro : la grande amnésie d’une certaine gauche

Avec la mort récente d'un survivant des Khmers Rouges, s’éteint une voix qui témoignait encore des crimes du communisme.
Par Sigmankatie — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=25728679
Par Sigmankatie — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=25728679

Sous l’influence d’une certaine gauche, notamment dans les milieux culturels et éducatifs, des voix ont été tues, sous-estimées ou mises au placard. Elles dévoilaient une vérité gênante : les régimes d’extrême gauche et communistes, qui ont proliféré à travers le monde, ont les mains couvertes du sang de millions d’innocents. L’une de ces voix vient de s’éteindre pour toujours. Bou Meng, l’un des derniers survivants de la sinistre prison cambodgienne de Tuol Sleng - laquelle était l’un des principaux rouages de la machine de terreur des Khmers rouges -, est mort ce 14 août à l’âge de 85 ans.

Pendant des décennies, cet homme aura porté sur son corps et dans son esprit la trace d’un régime qui transforma son pays en un immense charnier. Une fois sa liberté retrouvée, il n’aura eu de cesse de raconter ses souffrances et de témoigner afin que les générations futures n’oublient jamais ce dont un pouvoir totalitaire et d’extrême gauche peut être capable. Une mission de mémoire qui prend aujourd’hui une résonance particulière, à l’heure où certains politiques français portent encore un regard indulgent sur des dictatures.

Tuol Sleng, l’antichambre de la mort

Lorsque les Khmers rouges de Pol Pot prennent Phnom Penh, le 17 avril 1975, ils entreprennent de transformer radicalement la société cambodgienne. La population des villes est chassée vers les campagnes, les familles sont séparées, la religion est persécutée, le travail forcé est généralisé et les exécutions se multiplient. Tout est mis au service d’une révolution qui prétend bâtir une société nouvelle, dans une logique qui rappelle celle de Mao Tsé-toung en Chine. Entre 1975 et 1979, près de 1,7 million de Cambodgiens - soit environ un cinquième de la population du pays - meurent sous le régime du « Kampuchéa démocratique », victimes des exécutions, de la faim, des maladies et du travail forcé. Le cynisme des dirigeants khmers rouges apparaît jusque dans leurs propres justifications. Selon le Livre noir du communisme (Robert Laffont), Pol Pot a ainsi déclaré que « seuls quelques milliers de Cambodgiens ont pu mourir suite à des erreurs dans l’application de notre politique consistant à donner l’abondance au peuple ».

Au cœur de cette machine de mort se trouve S-21, installé dans une ancienne école de Phnom Penh. Environ 16.000 prisonniers y sont conduits, entre 1975 et 1979. Interrogés, torturés et contraints de rédiger de fausses confessions, ils sont ensuite, pour la plupart, conduits vers des lieux d’exécution. Seuls quelques-uns en réchapperont. Bou Meng est de ceux-là.

Bou Meng, un survivant condamné à témoigner

Arrêté en 1977 avec son épouse Ma Yoeun, Bou Meng est conduit à S-21. Il connaît les coups, les interrogatoires et les tortures. Son épouse est assassinée tandis que ses enfants meurent de faim dans un centre khmer rouge. Bou Meng doit sa survie à son talent de peintre. Les responsables de S-21 le maintiennent en vie afin qu’il réalise des portraits de Pol Pot et d’autres dirigeants du régime. Il est pourtant lui-même torturé et menacé de mort par Duch, le responsable de S-21, qui lui ordonne notamment de retoucher un portrait de Pol Pot sous peine de devenir, selon ses propres termes, « de l’engrais humain ».

Après la chute du régime, Bou Meng retourne régulièrement à Tuol Sleng et raconte ce qu’il a vécu pour que les crimes commis dans cette prison ne soient pas oubliés. Comme les survivants de la Shoah qui, après 1945, ont considéré le témoignage comme un devoir envers les morts, Bou Meng a fait de sa propre souffrance un témoignage contre le totalitarisme communiste. Le 1er juillet 2009, il témoigne ainsi au procès de son bourreau Kaing Guek Eav, le responsable de S-21. Son récit contribue à établir la culpabilité de son bourreau condamné à la prison à perpétuité pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre.

Bou Meng en 2018. By Anne and David from Kent, England UK - Cambodia. Phnom Penh. The Tuol Sleng Genocide Museum. Known as S-21. (Security prison 21). Public Domain.

LFI sanctifie Castro

Le parcours de Bou Meng rappelle une évidence que certains politiques ont parfois tendance à travestir : les crimes des Khmers rouges ne sont pas une erreur, comme on a voulu le faire croire avec le stalinisme. Ils sont le produit d’un système politique révolutionnaire et communiste, organisé autour de la violence, de la terreur et de l’élimination de ses opposants. Malgré ces preuves, malgré ces récits, malgré ces témoignages consignés dans les archives et les ouvrages historiques, il s’en trouve toujours pour défendre l’indéfendable ou se taire face à l’évidence. En France, nous retrouvons cela avec des communistes incapables de reconnaître l’histoire ambiguë de leur parti. Rappelons que le PCF a été dissous et interdit par décret le 26 septembre 1939, dans le contexte du pacte germano-soviétique conclu entre l'URSS et l'Allemagne nazie.

La récente prise de position d’Hadrien Clouet, député LFI de la Haute-Garonne, au sujet de Fidel Castro constitue un nouvel exemple de cette mémoire à géométrie variable. Dans une publication consacrée au dirigeant cubain, le député présente Castro comme un homme qui « n'a jamais vacillé, contre la ségrégation, l'apartheid, la colonisation, l'impérialisme, les épidémies, l'agonie du tiers-monde ». Une telle présentation éclipse totalement la réalité répressive du régime castriste : les exécutions, les détentions politiques, les camps de travail et la répression des opposants.

Tous les militants de gauche ne sont évidemment pas responsables des crimes de Pol Pot, pas davantage que tous les électeurs de gauche ne peuvent être assimilés aux défenseurs de Castro. Cependant, l’existence historique de complaisances venues de la gauche envers des dictateurs comme Staline, Mao ou Castro rappelle combien il est dangereux de laisser ces individus bénéficier d'une indulgence morale, d'un « privilège rouge » – comme l’appelle Gilles-William Goldnadel.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur BV- Histoire, patrimoine, culture

Vos commentaires

55 commentaires

  1. C’est pa de l’amnésie mais juste le résultat de la réécriture de la gauche …DE toute manière si n trouve une chose bien à gauche faidra le faire savoir…et ça a débuté en 1789 ce qui est devenue la gauche a v bien été manipulée par l’angleterre…

  2. C’est certain que la doctrine du communisme qui devait amener le peuple a l’égalité totale des biens c’est bien fourvoyée pour l’instant la grande idéologie de Karl Marx n’a jamais aboutie dans aucun pays ,les pays qui se sont laissés porter dans ce système , sont des pays crèvent la faim à part pour leurs despotes et leur police militaire.

  3. L’amnésie est un mal français mais c’est surtout une religion chez nos gauchistes patentés. Ils en oublient même que le fascisme a été national socialiste avant (ou en même temps) d’être communiste pour le bonheur des peuples concernés. Votez donc Mélenchon et vous pourrez en goûter jusqu’à satiété.

  4. Pour quelle (ou quelles) raison, les pouvoirs communistes ont-ils tous dérivé vers le totalitarisme et la violence judiciaire, alors qu’ils sont a priori fondés sur une politique « humaniste »? Sans doute parce que finalement les sociétés communistes finissent par ne plus en vouloir mais trop tard, les dirigeants n’envisagent pas de laisser le pouvoir. Alors, ils tuent.

  5. Ledit privilège a commencé avec Saint-Just, Hébert, Robespierre et…l’on en passe…car c’est bien chez nous qu’a été inventé le terrorisme, en passant par la « loi des suspects », Marat, Babeuf, Blanqui, etc…etc…

  6. S’agissant du bon Castro on aurait pu citer le zèle tout particulier de son ami Che Guevarra, tortionnaire sanguinaire encensé jusque dans la chanson populaire.
    « Tout est mis au service d’une révolution qui prétend bâtir une société nouvelle, dans une logique qui rappelle celle de Mao Tsé-toung en Chine. »
    Voilà LA phrase qui tue depuis la révolution française.
    Voilà une phrase qui pourrait aussi s’appliquer à l’Algérie et au FLN qui massacra et tortura plus d’Algériens que de Français et notamment les Harkis et leurs familles par dizaines de milliers.
    Voilà une phrase qui pourrait aussi s’appliquer à la révolution islamiste iranienne de 1979 et à ses « proxys » chargés d’en répandre les bienfaits sur le Moyen Orient.
    Ah la gauche ! Brave gauche de ce bon Monsieur Herriot qui revient d’URSS sans rien voir de l’Holodomor (tout comme ce bon journaliste américain qui recevra le prix Pulitzer, parce qu’il l’a fermée ?)
    Ah la gauche de Monsieur Jadot qui lors de sa campagne présidentielle se félicitât de ce que sa mère avait fait partie du club des porteurs de valises
    Ah tous ces bons journalistes du Monde de Libé et du service public qui s’acharnent à déformer sinon dissimuler les réalités du communisme d’hier et de islamo-gauchisme d’aujourd’hui.

  7. Contrairement au nazisme,le communisme na jamais eu son Nuremberg.Ce qui lui permet de continuer à prospérer,grâce à la mémoire sélectve des « forces du bien » de gauche et de l’EG,,et de l’hyper centre.Enfin,la France est seul pays où le communsme a réussi,auait dit un dignitaire soviétique,et où continue de prospérer un parti communiste grassement subventionné par les idéologues aux manettes que le troupeau réélit inlassablement depuis des décennies.

  8. Pas beaucoup de « publicité » à la télé sur les bienfaits du communisme. Et que penser de ceux qui font alliance avec les cocos aux élections ? Et peut-être que le deal est là : pas de publicité =soutien

  9. N’oublions pas ce que certains ont vécu ou plutôt survécu lors de la seconde guerre mondiale et la guerre d’Indochine malheureusement il ne sont malheureusement plus très nombreux, mais ceux qui ont eu la chance de survivre aux deux ont déclaré : « les camps vietminh étaient « pires que les camps de concentration nazis »
    Le communisme a toujours fait plus de victimes que n’importe quel autre régime.

    • Et les goulags ne ressemblaient pas franchement au club Med …. Voir ce qu’en disait Soljenitsyne dzns son célèbre livre « l’archipel du Goulag « …. Mais il ne faut surtout pas entaché cette idéologie idyllique qui veut (soi disant) le bonheur et l’égalité de tous…. Enfin l’égalité dans la pauvreté au bénéfice de riches apparatchiks (au Vietnam justement j’ai séjourné dans un hôtel de standing dont une partie n’était accessible qu’aux hauts fonctionnaires du régime…. L’égalité selon l’idéologie communiste… le luxe n’est que pour la caste dirigeante )

  10. Un éternel recommencement… mais toujours du pire. Je me pose une question : quel est le plus gros problème sur cette planète ? L’homme ou l’argent ? L’argent gouverne un monde que l’homme s’évertue à détruire ; et pire encore, en exterminant ses semblables… Qui est supposé faire ça ?

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