Déjà, je suis pour l’exécution intégrale de la peine et pour un suivi très contraignant

Faut-il castrer chimiquement les criminels sexuels ? Philippe Bilger donne des éléments de réponse au micro de Boulevard Voltaire.

Le débat porte sur la nécessité ou non de castrer chimiquement les criminels sexuels.
Avez-vous des éléments de réponse sur ce point ?

On a bien évidemment le droit de réfléchir sur tout ce qui pourrait réduire l’horreur des crimes sexuels.
Mais je considère qu’il faut d’abord faire exécuter l’intégralité de la peine, même si on minimise l’importance que cela a. Je considère de plus qu’il faut un suivi extrêmement contraignant. Vous savez que les cours d’Assises peuvent ordonner des suivis sociaux judiciaires et des injonctions de soins. Il faudrait qu’ils soient plus souvent décidés lorsque les expertises le recommandent.
Pour ce qui est de la castration chimique, elle pose certains problèmes. On sait qu’elle est très efficace pour tous ceux qui acceptent de s’y soumettre. Les statistiques sont très impressionnantes puisqu’elles sont proches de 99 % de réussite.
La castration chimique a pour effet d’abolir non seulement les désirs odieux et criminels, mais aussi les pulsions normales, les appétences sexuelles honorables. À moins d’un changement, il me semble légitime de demander l’accord de la personne pour qu’elle accepte de la subir. Mais, peut-être pourrait-on imaginer demain des dispositifs judiciaires qui contraindraient temporairement un coupable d’accepter une castration chimique. Évidemment, après il en serait délivré.
Je comprends qu’on veuille demander l’avis de la personne concernée, puisqu’on la prive de ce qui ne serait pas malfaisant. Mais, en même temps, il serait dommage que le judiciaire se prive d’un outil radicalement efficace dans le cadre d’une structure et d’un dispositif à inventer, mais qui pour l’instant n’existe pas.

Mais ce qui pose problème avec le cas actuel est que le suspect soit récidiviste.

C’est un récidiviste tout à fait singulier. Il en existe bien sûr, mais ils sont assez rares. Quelqu’un qui a greffé des pulsions criminelles sur apparemment une normalité de vie conjugale et familiale.
Le fait qu’on soit récidiviste impose bien sûr encore plus de vigilance et de rigueur dans l’édiction et l’application de la peine, mais je ne crois pas que cela puisse répondre de manière éclatante à l’interrogation que je formule. Qu’on soit récidiviste ou non, il est tout de même assez délicat, sauf à inventer une nouvelle configuration qui n’existe pas aujourd’hui, à imposer à une personne d’accepter une castration chimique qui le privera de tout, pendant un certain temps.

On a l’impression que ce débat intervient dans un contexte d’urgence et d’actualité.
N’est-ce pas devenu une tendance de vouloir légiférer à tout prix sur une émotion immédiate ?

Sûrement. Cela ne date pas d’aujourd’hui. On a connu des quinquennats où surgissait de manière lancinante à chaque fois le désir d’une sévérité et d’une nouvelle loi.
L’inventivité criminelle est infinie. Il est absurde de prétendre vouloir la suivre avec la voie législative. L’inventivité criminelle ira plus vite que nous.
À la suite de ces crimes, je vois tout de même un effet paradoxalement positif de ces horreurs. Les spécialistes comme le profane ont été amenés à réfléchir plus qu’ils ne le font d’habitude et de manière plus approfondie sur la manière non pas d’éradiquer le crime sexuel – il ne faut pas rêver ou cauchemarder – mais du moins de le réduire très sensiblement.

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