Editoriaux - Politique - Table - 3 mai 2018

La castration chimique obligatoire est-elle la solution ?

Après le viol et le meurtre de la jeune Angélique par un récidiviste fleurissent les habituelles solutions miracles. Appliquant la maxime désormais classique des professionnels de la politique (“un fait divers, une loi”), le président des Républicains propose ainsi de “rendre la castration chimique obligatoire pour les violeurs”.

Dans certains pays, les juges peuvent proposer aux délinquants sexuels, comme alternative aux courtes peines de prison, ce qu’il vaut mieux appeler “traitements inhibiteurs de la libido”, mais très peu ont recours à la contrainte.

En France, le détenu doit être volontaire pour suivre un traitement médicamenteux anti-testostérone, condition nécessaire pour bénéficier de remises de peine ou de libération conditionnelle. D’autant que le Code de déontologie interdit aux soignants – et c’est heureux – d’agir sans le consentement du patient. C’est ce volontariat que Wauquiez considère comme absurde.

Or, fondamentalement, cette thérapeutique ne peut être qu’une béquille chimique temporaire, profitable seulement à ceux qui souhaitent sincèrement être débarrassés de leurs obsessions par une prise en charge psychologique. Sans cette ferme résolution, l’effet du seul traitement ne suffira jamais à éradiquer leurs pulsions fantasmatiques morbides.

Le plaisir masculin est très bref et tristement stéréotypé, comme la bouchée d’un mets fade. Il ne s’épanouit en véritable volupté qu’accompagné d’ingrédients qui, chez l’homme “normal”, sont la réussite d’une cour respectueuse de la femme, et le désir de lui qu’il voit dans le regard de celle-ci. D’où l’envie de lui donner autant de plaisir (et souvent plus) qu’il n’en a.

Mais chez les pervers, les ingrédients sont d’une tout autre nature : ce sont, au choix ou associés, l’envie de dominer, de rabaisser, d’humilier, de faire souffrir, sans la moindre empathie pour le ressenti de l’autre. Dès lors, quand bien même les soumettrait-on à une castration chirurgicale totale, ils seraient encore susceptibles – même nonagénaires – de tirer jouissance de caresses imposées à des enfants ou de pénétrations digitales ou instrumentales…

Se contenter d’inhiber les érections par la pharmacologie serait donc loin de résoudre le problème de ces troubles du comportement.

Quoi qu’en pense Laurent Wauquiez, il est loin de détenir la recette miracle contre les prédateurs sexuels récidivistes.

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