Le 14 juillet, c’était fête, à Paris. Le Président a passé les troupes en revue. Son jouet rutilant était prêt à l’usage de sa gloire ; le régiment de la Garde, immobile, têtes hautes, plumets rouges au vent, présentant FAMAS, en gants blancs ; les polytechniciens en bicorne et pantalon à bande rouge, épée haute ; etc. Au son du chant-tradition des « dolos » : « Mon Dieu, mon Dieu, Donne-moi… »

Oui, mon Dieu ! C’était beau. Beau et faux à la fois. Le Président en redingote sobre, son uniforme à lui masquant l’affiquet rouge du veston – belle humilité souveraine –, savourait l’instant ; porté par la musique martiale. « Ses » hommes, fantassins, marins ou aviateurs, au regard perdu vers l’horizon brumeux ; concentrés dans l’application de la posture et dans l’expression du rite ; il les regardait fixement, l’un après l’autre, en passant ; les pénétrant de son regard théâtralement assombri, sourcil froncé et mâchoire serrée. « Je suis votre chef ! » semblait-il vouloir imprimer en leur âme. Pour quel projet ? Quelle mission ?

Regard tragique d’un Caligula démocratique en guerre contre les valeurs de la nation qui l’a vu naître : « Enfin, il s’avança vers les bords de l’Océan, à la tête de l’armée, avec un grand appareil de balistes et de machines de guerre, comme s’il eût médité quelque grande entreprise. Personne ne connaissait ni ne soupçonnait son dessein. Tout d’un coup il donna l’ordre à ses soldats de ramasser des coquillages, et d’en remplir leurs casques et leurs vêtements » ! Les propos de Suétone résonnent étrangement devant les parades martiales de notre Président aux décisions contradictoires.

Comme Caligula occupait les complotistes potentiels de ses légions à ramasser des coquillages, la veille, lors de la réception en l’honneur des armées, Emmanuel a aussi voulu resserrer les guêtres : « Dans notre démocratie, il n’est pas possible que des militaires s’exprimant comme tels laissent penser que l’institution qu’ils servent puisse entrer dans le débat idéologique, dans l’enrôlement partisan, dans l’affrontement politique. » Dixit. Cela suffira-t-il pour tenir les rangs de la « grande muette » ?

Et le prince et son cortège seraient-ils au-dessus des lois que l’on impose au peuple et à la troupe ? N’a-t-on pas vu, ce jour faste, notre « première dame », toute de bleu pâle vêtue, gagner la tribune d’honneur et – tout en portant son masque d’apparat – embrasser tous ceux qui se présentaient devant elle ? Non-respect, par ceux qui demandent aux militaires l’exemple, des sacro-saints « gestes barrières » du nouveau contrat de notre hygiéniste. « Le passe sanitaire, c’est pour les gueux », rugit un internaute ! Et oui, mon bon monsieur. En même temps… privilèges de l’élection !

Bref, finissons-en de ces festivités. Ce matin, alors que la musique de la Garde ouvrait le bal devant l’auditoire trié, le tambour-major a perdu la cadence, récupérant in extremis sa canne républicaine bien indisciplinée. Et vers 12 h 30, alors que la cavalerie de la Garde susdite bouclait le défilé sur les Champs, deux cavaliers ont vidé les arçons, semant panique dans le rang et récupérant à qui mieux mieux leurs montures, sur le pavé glissant. Brigitte a tressailli, agrippant le bras protecteur de son Emmanuel qui fronçait le sourcil. Inquiétude maternelle de la première dame pour les beaux gendarmes casqués ou pour leurs fiers coursiers ? Agacement du Président devant un incident de plus, après la bourde du tambour-major, qui écornait aux yeux du monde la belle carte postale de la fête républicaine et l’ordonnancement du beau jouet ?

Au premier siècle de notre ère, les courtisans qui se prosternaient devant les sandales de Caligula auraient vu en cela quelque mauvais augure pour le destin du Prince. Les « Gaulois réfractaires » y verront, une fois de plus, quelques gaietés de l’escadron qu’ils aiment dans ses grandes manœuvres. Et Macron ? Nul ne sait le fond de ses pensées sous le sombre sourcil. En attendant, le 16 juillet, il est à Lourdes. Face aux signes du Ciel, mieux vaut se prémunir …

 

16 juillet 2021

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