Une tribune publiée, le 14 mai, sur le site du Café pédagogique dénonce « le projet réactionnaire de JM Blanquer ». Ses auteurs ? Une quinzaine de hauts fonctionnaires, qui se dénomment « Groupe Grenelle » et se présentent comme « des témoins privilégiées (sic) et informés de la situation actuelle de l’école ». Un véritable réquisitoire contre la politique du ministre. Quoi qu’on pense de son action, il convient de prendre ces attaques avec des pincettes.

Proche des Cahiers pédagogiques, dont la devise est « Changer la société pour changer l’école, changer l’école pour changer la société », le Café pédagogique n’est pas idéologiquement neutre. Le choix de ce support pour cette tribune ne semble pas neutre, lui non plus. Le 12 mai y était déjà publiée la tribune d’un haut fonctionnaire, également signée d’un pseudonyme, reprochant à sa méconnaissance de l’école primaire et une gestion « très idéologique, plutôt réactionnaire en fait ». L’emploi récurrent de l’adjectif « réactionnaire » met la puce à l’oreille.

Pourquoi se cacher derrière l’anonymat ? Les auteurs craindraient-ils des représailles de leur ministre ? Si la situation est si grave, que ne la dénoncent-ils pas ouvertement ? Rien ne permet de savoir quelle est la représentativité réelle de ces signataires, qui se font passer pour des lanceurs d’alerte. Ils ont beau affirmer qu’ils ne sont pas « partisans » et que certains d’entre eux sont « de droite », d’autres « de gauche », force est de constater qu’ils tirent à boulets rouges contre l’actuel locataire de la rue de Grenelle, comme si c’était l’ennemi public n° 1.

Ils lui reprochent « un management autoritaire, fondé sur la suspicion, la menace, le verrouillage de toute expression qui ne serait pas “dans la ligne” », ajoutant que « la liberté pédagogique des enseignants […], mais aussi la liberté de pensée d’une institution tout entière » sont menacées. Ils l’accusent de rétablir « une culture élitiste qui trie, hiérarchise et sélectionne les élèves, mettant en place la compétition de tous et l’élimination des plus faibles ». Ils lui font grief de déposséder l’expertise des fonctionnaires et hauts fonctionnaires « au profit de technocrates plus soucieux de leur intérêt de carrière à court terme que de la qualité du service rendu ».

Tout n’est pas faux dans leurs critiques, mais leur ton péremptoire donne le sentiment qu’ils regrettent le temps où ils avaient un pouvoir de décision plus important, rue de Grenelle. Ces accusateurs oublient de rappeler que des « féodalités », d’un même teint idéologique, abusaient de leur influence avant l’arrivée de Jean-Michel Blanquer et sont, en grande partie, responsables du déclin de notre enseignement depuis des décennies.

L’un des premiers actes symboliques du ministre fut de nommer Souâd Ayada, inspectrice générale de philosophie, à la présidence du Conseil supérieur des programmes : elle rompit avec les vieilles lunes pédagogiques de son prédécesseur Michel Lussault, nommé par Najat Vallaud-Belkacem. Jean-Michel Blanquer, à ses débuts, voulut modifier un système gangrené par l’idéologie dominante qui, au nom de la liberté, voudrait imposer ses dogmes discutables. Qu’on se souvienne seulement de la mainmise des IUFM, devenus les ESPE, sur la formation des professeurs !

On peut reprocher beaucoup de choses à Jean-Michel Blanquer, d’avoir perdu, en cours de route, une partie de ses bonnes intentions et de s’être macronisé. Mais pas d’avoir voulu faire un peu le ménage ! Ces critiques, lancées anonymement, à un moment où il est en mauvaise posture, ne témoignent guère d’un grand courage.

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