Editoriaux - Justice - Société - 21 mai 2019

David Philippon : « C’est la première juridiction qui accepte de voir Vincent tel qu’il est : une personne handicapée »

Boulevard Voltaire était présent, lundi soir, auprès des proches de Vincent Lambert lorsque la cour d’appel de Paris a ordonné la reprise de l’hydratation et de l’alimentation. Réaction « à chaud » de David Philippon, demi-frère de Vincent Lambert.

Que vous évoque cette victoire ?

La cour d’appel a demandé à ce que la France respecte les mesures provisoires qui avaient été imposées par la CIDPH. La CIDPH estimait qu’il était extrêmement important que la France respecte ses engagements et les mesures provisoires qui étaient imposées.
C’est vraiment un grand soulagement pour nous, pour Vincent et pour les 1.700 personnes qui sont dans la même situation que lui. Nous avons suivi en direct ce qu’il se passait à Paris. C’était formidable. Vous ne pouvez pas imaginer notre joie. Deo gratias !

Lorsqu’on vous a croisé à la sortie du CHU, vous pensiez que vous alliez perdre Vincent Lambert…

Nous sommes passés par toutes les émotions. Lorsque nous avons quitté Vincent, hier soir, nous sentions que la sédation commençait à faire son effet. Ma sœur Anne qui était arrivée dans l’après-midi de Brest était contente parce qu’elle a pu le voir les yeux ouverts. Malgré tout, il était paisible. La sédation n’était pas encore trop violente. Nous commencions à nous préparer à cette échéance. Nous avions tout de même cette lueur d’espoir. L’espoir ne nous a jamais abandonnés.
C’est beau, ce qui se passe, ce soir. Nos avocats sont extraordinaires. Ils ont vraiment tout donné.
J’informe que c’est la première juridiction qui a accepté, pendant l’audience, de voir la vidéo de Vincent. C’est la première juridiction qui a voulu voir Vincent tel qu’est une personne handicapée.
Une personne handicapée comme ses compagnons d’infortune et ces 1.700 autres personnes dans la même situation. C’est vraiment la victoire du droit. Les conventions internationales s’imposaient à la France.

Cette victoire ne dépasse pas seulement votre famille. Concerne-t-elle aussi notre civilisation ?

Je ne reprendrais peut-être pas aussi bien les propos de Maître Paillot tels qu’il les a tenus ce soir en direct, mais cette victoire va confirmer que la loi Leonetti ne s’applique pas à ces personnes handicapées en grande vulnérabilité. Nous partageons cette victoire avec toutes les familles. Notre combat était pour Vincent, mais aussi pour toutes ces familles qui étaient très inquiètes.

Beaucoup de journalistes, devant le CHU, étaient surpris de voir deux moines en bure avec des tonsures. Pourquoi avez-vous trouvé important qu’une présence religieuse soit présente ?

Nous ne nous sommes pas cachés dans la presse que nous étions catholiques. Il nous semblait important que Vincent reçoive l’extrême onction. L’entrée de l’hôpital leur a été interdite. Quand nous avions demandé si un prêtre pouvait venir, le docteur Sanchez nous avait dit que c’était l’aumônier de l’hôpital qui serait habilité à venir le voir.
Ma belle-sœur est la tutrice de Vincent. Par conséquent, c’est elle qui a fait la demande à l’aumônier de l’hôpital pour savoir si les pères pouvaient rentrer. Il a répondu qu’il nous répondrait dans la journée. Il nous a effectivement répondu en nous disant que toutes personnes extérieures à la famille devaient être validées par la tutelle.
Une fois les pères arrivés, on leur a carrément refusé l’entrée. Ils sont restés dans le sas de l’hôpital. Ils ont tout de même, par la suite, été autorisés à être dans une sorte de chapelle attribuée aux familles. Ils ont réussi à contacter l’aumônier de l’hôpital et ont appris que ma belle-sœur avait demandé, ce matin, à ce que l’aumônier de l’hôpital vienne donner l’extrême onction à Vincent. Vincent avait donc reçu l’extrême onction.

Avez-vous pu voir des signes de conscience dans ce regard qui a beaucoup marqué la France aujourd’hui ?

C’est exactement le même regard qu’il avait cet après-midi. Son regard était très paisible. Il nous fixait énormément. On sentait que la sédation commençait à faire son effet, mais pas encore suffisamment forte. Nous avons pu profiter de lui aujourd’hui dans les moments qui nous étaient attribués. Nous l’avons rassuré et lui avons dit que ses avocats se battaient encore et encore pour lui. C’est une victoire presque inespérée. Nous nous disions que c’était le dernier recours !

Ce matin, arrivez-vous à croire à cette victoire ?

Lorsque nous avons appris la nouvelle à 8 h 30 ce matin, nous étions abattus. Nous l’avons appris froidement par mail. Nous avons donc eu une cette phase d’incompréhension. Nous avions peur qu’il soit complètement en sédation profonde. C’est ce que l’on nous avait dit au début du processus. Nous nous sommes donc dit que lorsque nous le retrouverions, il serait déjà totalement endormi.
Ce moment a été une douleur terrible pour nous tous. Finalement, une fois que cette phase est passée, nous avions tous encore espoir.