Vente d’armes par la France : la guerre propre ?

Que des naïfs ou des ignares s’offusquent de ce que des armes fabriquées en France soient utilisées par les Saoudiens au Yémen est déjà étonnant. Mais que le gouvernement français réponde dans le même registre est stupide et assez hypocrite. Répondre aux inquiétudes des ONG avec des arguments puérils n’est pas suffisant. Les Français aussi sont à l’écoute. Pourquoi ne pas leur dire la vérité, simple et accessible au plus grand nombre ? Pourquoi parler aux Français comme s’ils avaient quatre ans ?

Le ministre des Armées s’est bêtement défendu en disant que les armes vendues à l’Arabie saoudite étaient utilisées de façon défensive et que rien ne prouvait qu’elles avaient été utilisées contre des populations civiles. Ah, l’argument des armes défensives ! Je ne connais pas d’armes strictement défensives, sauf les blockhaus, et encore, quand ils sont construits sur le territoire national. Toutes les armes peuvent être employées de manière offensive. Ce qui fait la différence, ce sont les circonstances de leur emploi qui doivent tout à l’utilisateur et rien au fabricant ou au marchand. Il est vrai qu’à cet égard, la compétence des utilisateurs saoudiens est sujette à caution.

Elle aurait dû se borner à rappeler des évidences.

Malgré la précision des armes modernes qui limitent grandement les effets collatéraux, des civils peuvent être tués. Oui ; dans toutes les guerres. Regrettable, certes, mais qu’y faire ? C’est devenu une habitude, surtout au Moyen-Orient, de voir les combattants s’installer au milieu de la population civile. Ou bien l’ennemi hésitera à tirer ou, s’il le fait, on lui imputera la sauvagerie d’une action délibérée ; ce qui sera exploité dans la presse internationale. Cette tactique marche assez bien avec les Occidentaux, qui accepteront des risques supplémentaires pour leurs soldats et une efficacité moindre par souci humanitaire ; et politique, bien sûr. Ce n’est pas un souci des combattants de toutes les factions qui s’opposent au Moyen-Orient et en Afrique.

La France fait partie des cinq pays exportateurs d’armes principaux au monde, loin des deux premiers, les États-Unis et la Russie, et talonnée de près par la Chine et l’Allemagne. Cette industrie fait vivre près de 400.000 personnes, sous-traitants compris, et constitue un des rares atouts français à l’exportation. Veut-on s’en priver au nom d’une morale irénique que nos concurrents n’ont pas ? Veut-on aggraver le chômage ? On ne peut pas conditionner une vente d’armes à l’emploi qui pourra en être fait. Comment imaginer qu’un acheteur éventuel acceptera un droit de regard du vendeur sur son usage ? Quel exemple donnera-t-on aux autres acheteurs potentiels ? N’achetez pas d’armes aux Français, ils voudront contrôler ce que vous en faites. Souvenons-nous de l’impact désastreux, financier et en termes d’image, de l’annulation récente de la vente de deux bâtiments de guerre à la Russie alors qu’ils étaient presque terminés et en grande partie payés. Les seules restrictions que nous pouvons nous imposer concernent notre propre souci de sécurité et celui de nos alliés ; du moins quand il est discernable à court et moyen terme. Nous n’avons jamais été très regardants à ce sujet. Le missile air-mer Exocet dont notre industrie était très fière a été vendu à l’Iran et à l’Argentine et, de ce fait, n’a jamais tué que des alliés ; Anglais aux Malouines et Américains dans le golfe Persique.

Ajoutons que l’exportation d’armement contribue à réduire le coût de l’équipement de l’armée française en répartissant sur un plus grand nombre de matériels fabriqués les dépenses d’étude et de développement qui sont pratiquement des frais fixes.

Alors, arrêtons de nous tourmenter. La question est simple : on vend ou on ne vend pas.

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