« Nous ne pouvons plus discuter avec des gens qui refusent d’écrire sur un papier que la loi de la République est supérieure à la loi de Dieu. » Ainsi s’exprimait au micro de France Inter, ce lundi 1er février, au sujet de la charte des principes de l’islam de France et de ces musulmans qui refusent de la signer. Réalise-t-on vraiment la portée de ces mots ? Dans un pays qui ne sait plus où il habite, on peut en douter. Sous couvert de bonnes intentions – la lutte contre l’, le salafisme, le communautarisme « relooké » en séparatisme -,ne va-t-on pas vers la mise en place d’un totalitarisme (au sens premier du terme) républicain ?

Rien au-dessus des lois de la République ? À partir de là, tout est possible. On le voit, d’ailleurs, dans l’accélération des lois dites sociétales. Ce qui était interdit hier est autorisé aujourd’hui. Avant d’être obligatoire, demain ? Va-t-on inscrire dans la loi une sorte de serment à la République ? Signez là, en bas, à droite : « La loi de la République est supérieure à la loi de Dieu. » Vous signez, sinon on ne discute plus avec vous, puisque vous vous excommuniez de votre propre chef. Même les prêtres jureurs sous la Révolution n’auraient probablement pas signé une telle « profession de foi » républicaine. Hors de la République, point de salut, donc !

C’est bien mal comprendre l’esprit de la loi de séparation des Églises et de l’État. Qui dit séparation dit séparé : chacun chez soi. Donc, en toute logique, pas de notion hiérarchique entre l’État et les Églises (on va dire les religions). L’ordre des religions ne doit pas interférer dans celui de l’État. Et inversement. En posant ce principe de subordination, on rompt à l’évidence cet équilibre subtil. Et c’est ce que fait le ministre Darmanin, bien aidé en cela, il faut le reconnaître, par un discours qui se développe depuis des années chez nos politiques, de gauche à droite, voire plus, toujours sous couvert de combattre, sans trop oser souvent le nommer, l’islamisme. Quid, alors, de la liberté de conscience, de penser, de croire ? Si, demain, la loi de la République interdit à quiconque de s’opposer, ne serait-ce qu’à travers des discours, des écrits, etc., par exemple, au droit d’avorter, droit que l’on voudrait fondamental, traînera-t-on devant les tribunaux les ministres du culte catholique qui défendent la doctrine traditionnelle de l’Église dans leurs prêches ? Au nom du principe « darmanesque »que la loi de la République est supérieure à la loi de Dieu, la réponse est oui. Cela s’appelle de la persécution, au sens étymologique du terme.

Au fond, on peut se poser cette question : cette idée de charte des principes de l’islam de France n’est-elle pas, finalement, une fausse bonne idée ? N’est-elle pas un piège qui est en train de se refermer sur la liberté religieuse dans ce pays, pourtant garantie par la Constitution, dans l’état actuel des principes qu’elle édicte ? Quand on écoute Gérald Darmanin, la question semble légitime. Du reste, demain, au nom du principe d’égalité, ne va-t-on pas demander aux représentants de l’Église catholique, des Églises réformées, du judaïsme, de signer une charte du même type ? Et pour autant, au final, aura-t-on contribué à lutter efficacement, durablement, contre l’islamisme – pardon, le séparatisme ? On peut en douter.

On devrait méditer ce que disait, en 1789, le comte de Clermont-Tonnerre, au début de la Révolution, lorsque vint la question de l’émancipation des Juifs : « Il faut tout refuser aux Juifs comme nation et tout accorder aux Juifs comme individus. Il faut qu’ils ne fassent dans l’État ni un corps politique ni un ordre. Il faut qu’ils soient individuellement citoyens. » En prend-on vraiment le chemin ?

1 février 2021

À lire aussi

Pas de passeport vaccinal mais un pass sanitaire !

Emmanuel Macron, à l’issue d’un Conseil européen, l’a annoncé jeudi : on réfléchit à la mi…