Editoriaux - Politique - 3 septembre 2018

Dany le Rouge ne sera pas le prochain ministre Vert

Il fallait trouver un remplaçant à Nicolas Hulot, ce grand dépressif qui était un jour au gouvernement et l’autre pas, au gré de ses humeurs changeantes. Emmanuel Macron voulait Daniel Cohn-Bendit. Lequel se tâtait. Y aller où ne pas y aller ? Finalement, il n’y va pas. “Sans états d’âme”, croit-il bon de préciser. Le sacrifice, c’est beau.

Il est vrai que le Président l’avait mis en garde : “Si tu es ministre, tu perds ta liberté.” C’est qu’avec Macron, on en apprend, des choses : la solidarité gouvernementale, la fidélité au premier des ministres ; les aléas de la fonction, en quelque sorte. Bref, le genre de poste où il n’est pas exactement réaliste de demander l’impossible.

À l’instar de Séraphin Lampion, l’assureur qui persécute le capitaine Haddock, Emmanuel Macron n’a pourtant pas dit son dernier mot et conserve le pied coincé dans la porte. C’est donc par la voix de Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, qu’il fait savoir : “Daniel Cohn-Bendit est une voix importante dans le débat public, c’est une voix connue. Il est une conscience libre de l’écologie politique et de l’Europe.”

L’ineffable Dany, tête de liste aux prochaines élections européennes, sous l’étiquette LREM ? Toute la ville en parle, le principal intéressé promet d’y réfléchir. Et Benjamin Griveaux de se faire encore l’écho de la voix de son maître : “Il a cet engagement [européen, NDLR] viscéralement ancré en lui dans les combats qu’il a menés, c’est un engagement constant. À lui de nous dire ce qu’il veut faire.”

Quelle que soit la réponse, on reconnaîtra au plus pétulant des rouquemouttes franco-allemands qu’il a plutôt bien cerné la nature des enjeux à venir : “Le débat, aujourd’hui, c’est le repli national ou l’explication de ce qu’est la souveraineté nationale. […] Et ça, ça s’organise pas seulement en France, mais dans toute l’Europe, sinon, c’est Viktor Orbán et tout ça qui vont prendre le pouvoir.” Daniel Cohn-Bendit ou le déluge populiste, donc. Voilà qui a le mérite de la clarté.

De fait, les deux hommes sont faits pour s’entendre. Le libertaire Daniel Cohn-Bendit, au même titre que son alter ego libéral Alain Madelin, n’était-il pas des premiers soutiens d’Emmanuel Macron ? Entre l’un qui entend toujours “jouir sans entraves” et l’autre qui n’en peut plus de se faire plaisir tout seul à grands coups de “mon projet”, le courant ne pouvait que passer.

Il passe d’autant mieux que les deux hommes estiment, pour des raisons économiques et sociétales, que les nations sont dépassées, au même titre que la famille et autres structures traditionnelles, alors que le monde de demain aurait vocation à être en permanence réinventé. Quant à l’homme, s’il n’est que simple variable d’ajustement, dans la vision utilitariste du locataire élyséen, il demeure, pour le vieux trublion, une scorie sans laquelle Mère Nature n’en finirait plus de couler des jours heureux.

C’est, d’ailleurs, là que réside toute l’incongruité de cette fameuse « écologie politique », qui se meurt en France, à coups de grandes combinaisons politiques et de petits arrangements électoralistes, de démissions pleurnichardes et de spleen existentiel. À tel point que ministre Vert pourrait désormais tenir de l’oxymore.

En effet, pour en finir avec l’industrialisation de masse, le saccage de nos campagnes, l’empoisonnement de nos terres par des aigrefins internationaux, encore faudrait-il changer de logiciel et, surtout, se souvenir que, par nature, l’écologie, née à droite, voire à la droite de la droite, est une philosophie qui, par essence, est fondamentalement réactionnaire et conservatrice.

Cela, Daniel Cohn-Bendit doit le savoir mieux que personne. Ce qui explique, peut-être, pourquoi il a eu tôt fait de l’oublier, lui et ses amis n’ayant eu de cesse d’épurer le mouvement vert de tous les écologistes véritables, généralement de droite – Antoine Waechter au premier chef.

« Écologie politique » ? Le terme de politique sans écologie serait probablement plus adéquat.

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