La mode du globish fait qu’aujourd’hui, on dit “fake news”, mais il est vrai que les enfants, eux aussi, ne s’appellent plus Amélie ou Jean-Baptiste mais Cindy et Kevin. On met de tout, dans les “fake news” ; c’est même l’argument ultime du gouvernement et de l’Agence de santé pour clouer le bec à ceux qui renâclent contre le fait de transformer les nourrissons en passoire vaccinale ou les demeurés qui persistent à se soigner par l’homéopathie…

Donc, “fake news”, aujourd’hui, ce qu’on appelait hier légendes urbaines.

Définition du mot légende : récit populaire traditionnel, plus ou moins fabuleux.
Définition de la légende urbaine : histoire moderne qui se répand par le bouche-à-oreille ou par les réseaux sociaux et se rapproche de la rumeur. On l’assimile, aujourd’hui, au folklore.

Le premier à s’y être intéressé est le sociologue Edgar Morin, qui a publié, en 1969, La Rumeur d’Orléans (Seuil). On assurait que des jeunes filles disparaissaient dans des magasins de la ville pour être embarquées dans des réseaux de prostitution.

Depuis un moment, une légende urbaine court dans le nord de Paris, particulièrement en , cette “terre de contrastes”, comme on dit dans les brochures des voyagistes. Le 9.3, là où sont installés les campements de , le long de l’autoroute et des voies ferrées. Des dont la légende – puisqu’il s’agit d’une légende – prétend qu’ils enlèveraient des enfants dans leurs camionnettes. On dit, ici, que c’est pour en faire des voleurs, là, pour alimenter les réseaux de prostitution ou, pire encore, prélever leurs organes.

La rumeur a pris tant d’ampleur – alimentée par de nombreuses fugues d’adolescentes – que certains ont commencé à se livrer à “la chasse aux Roms”. « Attaqués sur leur squat à Clichy-sous-Bois ou Bobigny (Seine-Saint-Denis), agressés près d’un fast-food à Villiers-le-Bel (Val-d’Oise), lundi aussi. Il y a dix jours déjà, à Colombes (Hauts-de-Seine), deux hommes avaient été extirpés de leur camionnette blanche et frappés, leur véhicule incendié », écrit Le Parisien.

Sur le fond, rien ne vient étayer la rumeur : « Nous ne sommes saisis d’aucune enquête pour des faits d’enlèvement de mineurs par des personnes de la communauté rom », dit-on au parquet de Bobigny. « Des signalements d’individus ou de comportements suspects ont été reçus par les services de police, mais aucun ne fait état d’enlèvement ou d’une tentative d’enlèvement avérée. » Au total, « sept signalements et six plaintes sont actuellement enregistrés en Seine-Saint-Denis ».

Les maires de tout bord appellent au calme, mais certains restent sourds. Ainsi, rapporte le quotidien, malgré la promesse de rondes près des écoles, « un groupe armé de bâtons s’en prenait à des familles roms qui squattaient un pavillon. “Ils étaient terrorisés, ils se sont réfugiés sur le parking d’un supermarché avant d’être escortés par la police jusqu’à Paris”, relate un fonctionnaire. Du jamais-vu. »

Alors, oui, la rumeur est odieuse, mais le terreau sur lequel elle pousse ne l’est pas moins. Depuis des décennies, les populations du 93 ont à subir les bidonvilles, les squats, la misère et la crasse qui vont avec. Régulièrement s’invitent dans l’actualité ces affaires de réseaux mafieux qui envoient les gamins nous faire les poches dans le métro, agresser les touristes aux abords des grands magasins ou les détrousser à l’hôtel. Ce n’est pas sans fondement que les guides touristiques alertent sur le problème, pas sans raison que des partenariats sont établis avec la police roumaine et les autorités albanaises. Eh oui, des filières de trafic d’organes ont été démantelées, alimentant encore la psychose, comme en témoigne un rapport de juin 2003 au Parlement européen, consacré au « Trafic d’organes en Europe orientale ». Certes, sans commune mesure avec ce qui se pratique en Chine ou en Inde, mais bien réel.

La peur est irrationnelle, nous assure-t-on. Hélas, elle est comme la légende : pas tout à fait vraie, mais pas tout à fait fausse non plus.

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