Crise du pétrole : l’Afrique, le plan B

Avec ses réserves immenses, l’Afrique sera-t-elle bientôt la nouvelle plaque tournante du pétrole mondial ?
La raffinerie géante de Dangote Petroleum à Lekki (Nigeria). Capture d'écran 
Africanews.
La raffinerie géante de Dangote Petroleum à Lekki (Nigeria). Capture d'écran Africanews.

Au fil des jours et des semaines, les tensions sur Ormuz s’inscrivant dans la durée, on commence à s’interroger, en France notamment, sur l’opportunité de modifier nos sources d’approvisionnement en pétrole. Allons-nous devoir chercher ailleurs de quoi approvisionner nos véhicules et industries ?

Dépendance forte et besoin de diversification

À ce jour, le pétrole cheminant par le détroit d’Ormuz représente environ 20 % des approvisionnements européens en « or noir ». 20 %, cela peut paraître peu pour un néophyte, mais c’est en fait beaucoup, et en tout cas suffisamment pour désorganiser le marché, générer des pénuries et enflammer les Bourses ainsi que les tarifs à la pompe. La question se pose aussi pour le gaz, même si les données du problème sont différentes. Contrairement au pétrole, le gaz ne peut en effet pas se transporter par bateau, sauf sous forme liquide (GNL), et il s’agit donc très majoritairement d’un marché local ou de relative proximité, alimenté par gazoduc.

La dépendance française aux importations de produits pétroliers est très importante et le problème se double d’une baisse sensible de nos capacités de raffinage, du fait de la fermeture de plusieurs sites, dont actuellement celui de TotalEnergies, à Donges (Loire-Atlantique). Selon les services des douanes, nos importations de pétrole brut et de gaz naturel s’élevaient à 43,6 milliards d’euros en 2025, chiffre prévu en augmentation pour l’année en cours, ce qui se traduit évidemment déjà par un fort surcoût, le cours du baril connaissant des hausses de plus de 30 % par rapport au niveau « normal » qui était le sien avant le début de l’attaque américaine du 28 février dernier.

En 1976, alors que la France subissait de plein fouet les effets des chocs pétroliers, elle se fournissait à plus de 80 % auprès des pays du Golfe et alentour. Une diversification a été progressivement opérée et le Proche-Orient (Irak et Arabie saoudite) ne représente plus que 12 % de nos importations. Mais pour tous les pays fortement consommateurs de pétrole comme le nôtre, il importe de disposer d’un flux régulier. Donc d’un approvisionnement qui soit sécurisé à la fois sur le lieu de production et sur les routes qu’empruntent les pétroliers pour livrer.

L’Afrique, alternative au golfe Arabique ?

Les compagnies pétrolières - et c’est un signe - multiplient leurs programmes de recherche en Amérique du Sud, mais aussi et surtout en Afrique. Malgré les troubles qui l’agitent çà et là, l’Afrique est en effet considérée comme une possible source pétrolifère de substitution. La société française Elf (reprise, depuis, par TotalEnergies) était, depuis les années 1930, au Gabon et en République démocratique du Congo. Du pétrole avait été découvert, aussi, dans les années 1950 en Algérie, alors française. Aujourd’hui, le Nigeria, la Libye et l’Algérie sont les plus gros producteurs du continent, mais suivent une dizaine d’autres au Maghreb et en Afrique subsaharienne.

Interrogé, récemment, par Le Point, le pétrolier ivoirien Kamel Koné expliquait que l’Afrique « dispose de réserves considérables. La Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Mozambique, le Nigeria, l’Angola, la Libye, l’Algérie, la carte pétrolière et gazière africaine ne cesse de s’élargir », mais il constate cependant « un décalage profond entre la richesse en ressources du continent africain et sa capacité à les transformer en levier de développement », parce que « la grande majorité de nos pays producteurs exportent du brut et réimportent des produits raffinés ». En cause, selon lui, « l’insuffisance de nos capacités de raffinage et de transformation, le manque de structuration financière pour accompagner les entreprises locales du secteur et un déficit de compétences techniques formées localement à tous les niveaux de la chaîne de valeur ».

Pourtant, rien n’est impossible en la matière. Le Nigeria en a fait la preuve en se dotant, à Lekki, d’une raffinerie géante d’une capacité de 650.000 barils par jour. Il se pourrait que la crise d’Ormuz soit un déclencheur, faisant à terme de l’Afrique la nouvelle plaque tournante du pétrole mondial. Elle a pour cela les ressources nécessaires dans ses sous-sols et au large de ses côtes, mais aussi des routes maritimes sûres.

Il reste à espérer que, pour des raisons purement idéologiques, le plan B africain ne sera pas ignoré par nos prochains gouvernements.

Vos commentaires

33 commentaires

  1. La France a des reserves considérables, en metropole avec du gaz de schiste, au large de la Bretagne mer d Iroise) et surtout à l’extérieur, Guyane, Iles Désirades dans le détroit de Mozambique,Mediterrannée,
    Il est hallucinant que nous n assumions pas l’exploitation suite à des décrets qui on étés mis en place plus pour des raisons politiques
    Que les prochains gouvernants aient le courage de revenir sur cette idiotie ideologique

  2. Et voilà, nous n’avons pas besoin du moyen orient vraiment peu sur et on se jette sur l’Afrique, en guerre un peu partout. Et notre journaliste Etienne Lombard espère que nous n’allons pas passer à côté de la manne ! Les Africains informés doivent rigoler…Je rigole aussi car je suis informé par les médias que le pétrole s’épuise, dans quelques années ce sera terminé…Il faut en finir avec l’énergie fossile qui est une plaie pour le climat et « la Terre ». Maboul veut nous forcer au tout électrique, je suis plié de rire !!!

    • Le pétrole peut être mais pas le gaz. Cela dit le problème est dans l’usage que l’on en fait. Un seul exemple les emballages plastiques. Comme si les papier n’était pas le vrai durable…

  3. Il y a là de quoi faire plaisir aux écolos, bien évidemment, Vd Layenne nous interdira de s’approvisionner en Afrique. Sans compter qu’il y a déjà les Russes et les Chinois sur le coup. Et ne parlons pas du temps qui sera nécessaire à nos légions de fonctionnaires pour prendre la décision. On est mal là aussi.

  4. La France a du pétrole en Guyane et dans le canal du Mozambique? Elle a aussi des amis comme la Russie qui en ont.

  5. Quand on sait qu’on est assis sur des millions de barils de pétrole et de gaz qu’on refuse d’exploiter et que 80 % de la population va tomber dans la misère 5 cause de 5% d’écolos décérébrés… Il y a dix ans il fallait fermer toutes les centrales nucléaires à cause d’eux. Aujourd’hui on va en construire des dizaines (et a quel prix). Ce sera pareil pour notre pétrole, mais on aura encore perdu dix ans… C’est ça qu’il y a de bien avec les « progressistes », on avance lentement mais on recule vite.

  6. Faut étre un grand MABOUL pour ne pas vouloir exploiter ce que nous avons comme pétrole chez nous en Guyane et sur ile Europa avec des réserves immense.

  7. Quand on connaît la stabilité des gouvernements Africains, « on n’est pas sortis de l’auberge »…

  8. Le problème est que l’Afrique petit à petit tombe aux mains des djihadistes et pour le Maghreb , il faut éviter à cause de l’Algérie et la politique d’immigration actuelle qui est pétrole contre migrants , nous avons du pétrole en Guyane , pourquoi ne pas l’exploiter ? Je souhaite que le prochain président saura y penser , nul n’en déplaise aux écolos qui comme la gauche sont les fossoyeurs de notre pays

    • Les écologistes, ce micro parti politique, nous interdit d’exploiter nos ressources pétrolières, Guyane, gaz de schistes mais pour la multiplication des éoliennes le tout pour une régression de la France, les raisons ne sont pas évidentes.

  9. Manque de pot, la France y est chassée et depuis bellurette les chinois et les russes y sont bien installés.

  10. Malheureusement sur le plan économique la Chine passe devant la France (pétrole du Niger; port privé au Nigeria) et sur le plan politico-miltaire ce sont les Russes et leurs armées-gangs privées. Bravo Macron !

  11. Se tourner vers l’Afrique ? C’est loin d’être anodin. La corruption y est omniprésente, beaucoup de pays sont notablement instables depuis des décennies, la Chine et la Russie y exercent une influence grandissante et nous entretenons des rapports complexes avec nombre de pays qui sont d’anciennes colonies européennes. Sans compter les problèmes chroniques liés à l’immigration entre les pays africains et l’Europe. L’avenir est loin d’être radieux et les difficultés ne font que commencer …

    • Nous avons été éjectés de l’Afrique comme des malpropres, à qui la faute ! Si la Chine ou la Russie s’en empare, c’est tant pis pour nous .
      Mais, en dehors de ces deux empires, Si ça peut permettre le développement économique de l’Afrique , tant mieux, cela incitera nos migrants de retourner dans leur pays pour profiter de « l’eldorado », à condition que ce développement ne soit pas fait au détriment du peuple comme c’est le cas en Algérie et autres

  12. Il faut doubler le gazoduc et l’oleoduc qui part du quatar vers le port de Fujera situé sur la côte est en mer d’oman. Qui évite le détroit.
    Un autre gazoduc part du Koweït vers l’Irak et la Turquie .
    Quand au plan B africain .
    La France possède une île europa dans le détroit du Mozambique.
    Cette île française revendiqué par Madagascar . Est entourées de potentiels gisements

  13. Dire que la macronie a interdit à total de poursuivre plus avant la prospection de la nappe découverte au large de la guyane

Commentaires fermés.

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