« La situation est épouvantable. L’État se met dans l’illégalité. Selon la loi, tout citoyen doit se trouver à moins de 30 minutes d’un service d’urgences. Quand les gens feront des arrêts cardiaques, il y aura des poursuites judiciaire », prévenait déjà l’urgentiste Patrick Pelloux, le 19 mai (Le Parisien). Les fermetures partielles de services d’urgence sont légion : dans un communiqué publié le 20 avril, le collectif en danger recensait 68 villes de France concernées par cette crise alarmante, d’Arles à Bayeux en passant par Clermont-Ferrand, Royan, Manosque, Orléans, Bordeaux ou Versailles… « J’ai vu une dame âgée passer 14 heures dans un couloir, réclamant un bassin que ne pouvait pas lui apporter le personnel débordé », témoigne une patiente à l’hôpital de Creil (Le Parisien, 4 janvier). Le Dr Grégoire Arrondeau, chef du service à Apt (Vaucluse), ajoute : « On a tous peur du sur un brancard » (Le Parisien, 7 juillet).

En cause, des raisons répétées inlassablement depuis des mois voire des années, un personnel épuisé par une surcharge de travail, des démissions et arrêts de travail en augmentation, et une pandémie qui n’a fait qu’aggraver une situation déjà existante. Et dans certaines régions accueillant les estivants, l’équation entre le manque de soignants et l’augmentation des vacanciers s’annonce difficile à résoudre. Il ne faudra pas tomber malade à Draguignan, par exemple, où La Provence (8 juillet) indique près de 60 % de personnels médicaux en moins à l’hôpital.

Alorsn comme pour mieux se faire entendre, certains démissionnent symboliquement ou déposent leur préavis de grève. C’est le cas dans le Vaucluse où tous les chefs des pôles d’urgences ont démissionné collectivement de leurs fonctions administratives. Les six patrons d’urgences ont écrit une lettre collective dénonçant « le désastre sanitaire vers lequel des années de politiques budgétaires jusqu’au-boutistes ont conduit l’hôpital public » (Le Parisien). Il faut lire ce papier du Monde qui raconte comment les cabinets de conseil ont géré la fermeture des lits dans les hôpitaux, et le mea culpa de certains consultants : « Il est tout à fait possible qu’on soit allé trop loin […] Sur le papier, il peut trouver une solution pour mieux remplir les lits ou réduire les durées de séjour. Mais le monde réel est imparfait, les soignants ne sont pas des robots, les locaux et les équipements sont souvent vétustes et mal fichus. »

Pour tenter d’enrayer cette crise, du moins de passer l’été avec un sparadrap, Élisabeth Borne avait confié, fin mai, au Dr Braun une mission flash. Le président de SAMU-Urgences de France lui avait remis son rapport le 30 juin, quatre jours avant qu'il ne soit nommé ministre de la Santé. Un rapport qui recommande notamment de filtrer les urgences puisque, selon lui, entre 20 et 40 % des patients s’y présentant relèvent de la « bobologie ». Le Premier ministre a retenu ses 41 propositions, qui sont perçues comme du « bricolage » par Christian Prudhomme, porte-parole de l'Association des médecins urgentistes de France. (Francetvinfo, 30 juin). Il estime que « ces recommandations sont affligeantes et mettent la population en danger ». Face à la polémique, le nouveau ministre se défend et répond que « tous les patients seront bien pris en charge » mais réorientés vers une prise en charge adaptée. Le ministre doit, par ailleurs, rencontrer les représentants des médecins libéraux et hospitaliers la semaine prochaine pour évoquer le manque de soignants. Paradoxalement, dans la droite ligne de ses prédécesseurs macronistes, alors que dans l’Hémicycle, mardi, des députés l’interrogeaient sur la suspension des 12.000 soignants non vaccinés suspendus depuis octobre 2021, il répondait que leur réintégration « n’[était] pas d’actualité »

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8 juillet 2022

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