Depuis qu’Aristote étiqueta l’homme comme un « animal politique », on a toujours tenté de classer la bestiole par catégories sociales en fonction de paramètres innombrables, mais dont la plus classique repose sur les clivages sociaux : esclave/maître, serf/seigneur, noble/roturier, prolétaire/bourgeois, /droite, etc.

Dans un ouvrage de 2014, le géographe Christophe Guilluy a mis en évidence une division nouvelle de notre société entre gagnants et perdants de la mondialisation, à savoir d’un côté les bourgeois aisés des villes, de l’autre les « reclus » modestes des zones péri-urbaines, ou de la France profonde, nouveau paradigme largement repris (et plagié), depuis, par plusieurs experts…

Vêtus de leurs gilets jaunes, agriculteurs, libéraux, petits patrons et leurs employés avaient déjà illustré la pertinence de cette analyse. Se pourrait-il que la pandémie de Covid-19 – dont tout laisse penser qu’elle n’est pas près de quitter l’actualité – introduise, demain, un nouveau clivage sociétal entre ceux que, par la grâce des mesures sanitaires, elle ruine totalement, et ceux à qui elle ne provoque pas la moindre inquiétude sur leur niveau de vie ?

On peut remarquer que du ministre au médecin hospitalier, et du chercheur au préfet, la quasi-totalité de ceux qui imposent fermetures, amendes, confinements et couvre-feux sont fonctionnaires et ont des revenus garantis jusqu’à la . Contrairement à ceux qui investissent et entreprennent (sans emploi garanti, ni retraite, ni ) ou louent leur force de travail à une entreprise, dont le pronostic vital économique est de plus en plus inquiétant.

Dans la France « sanitocratique », le patron d’une librairie et son employé ne sont donc plus, dans l’ancienne « lutte des classes », employeur/salarié, mais tous deux dans le même Titanic. Face à ceux qui, sur la rive, regardent le paquebot couler en rêvant sur la grille des salaires de la fonction publique et l’indexation de leurs retraites, voire de la prochaine grève. Si l’épidémie se prolongeait, le face-à-face entre gagnants et perdants du Covid-19 pourrait bien devenir le nouveau paradigme des oppositions sociales.

9 novembre 2020

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