Antoine Villedieu

« Il est comme ça, Antoine Villedieu. Quand le club de karaté de Vesoul lui a demandé de venir animer un atelier de MMA [arts martiaux mixtes, NDLR], il a pensé reverser sa rétribution à l’association ELA [Association européenne contre les leucodystrophies, NDLR] dont il est le parrain depuis des années. » Le journaliste de L’Est républicain qui couvrait l’événement en janvier 2020 était enthousiaste. Voir ce sportif de haut niveau, natif de Haute-Saône, petit-fils d’un maire PS local, donner de son temps, de son énergie et des moyens au service des habitants faisait chaud au cœur des lecteurs de ce quotidien respecté localement. Ce jeune sportif de 33 ans était de ces personnalités dont Vesoul s’enorgueillissait. Mais, depuis quelques mois, l’ambiance a changé.

L’Est républicain, en particulier, montre un certain désamour, précisément depuis le mois de mai 2020. Antoine Villedieu est alors nommé délégué départemental pour le RN avant de se lancer dans la course aux élections législatives aux couleurs du parti à la flamme. Élection gagnée. Avec son collègue Émeric Salmon, ils sont deux élus du RN à représenter ce département à l’Assemblée nationale.

« Et là, l’amour s’est changé en haine », affirme Antoine Villedieu, visiblement blessé par le retournement des médias. Il dénonce « une série d’attaques personnelles » orchestrée, selon lui, par « un seul journaliste » du quotidien de Lorraine et de Franche-Comté. En cause, dernièrement, une série d’articles relatant des menaces et du harcèlement à l’encontre d’un couple de restaurateurs de Fouvent-Saint-Andoche. Un harcèlement probablement dû aux origines du patron, Brahim, si l'on en croit la nature des insultes, racistes, qu'il a reçues. Ce citoyen français et son épouse sont victimes, depuis neuf mois, d’appels et d’insultes. Les quatre pneus de leur véhicule ont été crevés simultanément. Ce fait divers a outré l’opinion locale et a même occasionné le déplacement du préfet. Le journaliste du quotidien local a son explication : cette sinistre affaire pourrait trouver son explication dans… la victoire du RN aux élections législatives dans le département. « Le raccourci est incroyablement malhonnête », réagit Antoine Villedieu. « J’ai immédiatement dénoncé cette affaire, j’ai rappelé que le racisme n’était pas une opinion mais un délit, ajoute-t-il. Oser faire un lien entre ces délits et l’élection d’un député de la nation est un procédé indigne. » Le jeune député a lui-même rendu visite au couple de restaurateurs pour lui faire part de son soutien.

Accessoirement, cette affaire offre à un cadre local de Renaissance (ex-LREM) de se refaire la cerise à peu de frais en faisant le lien entre cette affaire et la victoire d’Antoine Villedieu : « Cette douloureuse affaire montre bien comment l’idéologie haineuse envers l’étranger […] véhiculée depuis des années par le FN devenu RN se traduit aujourd’hui par cette déplorable situation », écrit Fabrice Barassi-Zamochnikoff, référent départemental de la majorité présidentielle. Un écrit qui ne passe pas. Villedieu étudie les possibilités « pour une plainte en diffamation ».

Mais il y a plus. Le journaliste, directeur départemental de L’Est républicain, s’était également fendu d’un billet d’humeur dans son journal : « Rassemblement national : fallait pas l’inviter ? ». Dans cet édito, l’homme s’interroge sur « le malaise » palpable, d’après lui, dans le département. En cause, la conduite à tenir de la part des pouvoirs publics lors des cérémonies républicaines. « Il a posé la question et y a répondu à la place des intéressés », ironise Villedieu. Le journaliste va jusqu’à faire le parallèle entre le député RN et les « cérémonies mémorielles dédiées aux victimes d’États relevant d’un régime d’extrême droite ». De quoi provoquer l’ire de l’ancien champion de boxe et de MMA : « C’est avec ce genre de parallèle qu’on dresse les gens les uns contre les autres, fulmine Villedieu. Ce sont des méthodes de fascistes. »

Des précédents

Des méthodes dont les élus locaux, pourtant, usent et abusent. À Château-Thierry, dans l’Aisne, se tenait, le 17 juillet dernier, une cérémonie en hommage aux victimes de la rafle du Vel' d’Hiv' en présence du maire et du député local (le RN Jocelyn Dessigny). Après le dépôt de gerbe du maire qui s’est éclipsé par la suite, le député a prononcé une courte allocution « rendant hommage aux Justes de France et aux victimes d’actes racistes ». Quelques heures après la cérémonie, le député reçoit, interloqué, le lien d’un tweet écrit par le maire de Château-Thierry : « Cérémonie des 80 ans de la rafle du Vel' d’Hiv' : qu’on le veuille ou non, la présence d’un député RN est pour le moins incommodante. » Jocelyn Dessigny n’a pas souhaité réagir, précisant par téléphone qu’il ne voulait pas, contrairement à d’autres, « faire de la politique sur un épisode aussi tragique ».

On peut aussi signaler l’annulation des cérémonies du 14 Juillet par le maire de Trèbes qui ne voulait pas se tenir aux cotés du député RN de l’Aude Christophe Barthès. « Il y a quelque chose de terrible dans ces réactions », s'alarme Antoine Villedieu. « Nous marginaliser, c’est marginaliser des millions d’électeurs. Nous traiter de fachos, de nazis ou que sais-je encore, c’est donner un blanc-seing à de potentiels agresseurs ou à quelque groupuscule violent. » Il faudra signaler cela au député Renaissance Rémi Reyberotte qui avait adressé un salut nazi à ses collègues du RN en pleine séance. Le geste lui a valu un simple rappel à l’ordre. Éclairant.

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2 octobre 2022

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33 commentaires

  1. Que pense le maire de Château- Thierry de l’amitié du président de la République PS F. Mitterrand avec R. Bousquet celui qui a signé l’ordre de la rafle du Vel d’Hiv. Le fascisme n’est pas là où on nous dit qu’il est mais bien là chez ceux qui le dénoncent

  2. Ce qui m’étonne toujours dans les invectives de L.R.E.M. devenu Renaissance, ainsi que les autres personnes, c’est le manque de respect pour les électeurs qui ont envoyé ces hommes à l’Assemblée nationale.
    S’ils l’ont fait, c’est qu’ils jugent que les autres étaient des incapables et des mauvais.

  3. Cette haine systématique et décomplexée à l’égard de RN, c’est à dire envers les électeurs qui soutiennent ce parti, c’est en quelque sorte fomenter une guerre civile en catimini. Ils passent leur temps à exciter une partie des français contre d’autres français. Ils finiront pas récolter ce qu’ils sèment. Il ne faudra pas reprocher à ces français leur réaction. Messieurs les cols blancs bien-pensants, réfléchissez à vos agissements. Ne faites pas déborder la coupe.

  4. Bravo au maire de Trèbes qui doit être un grand patriote pour refuser de côtoyer un député qui défend la France ! Peut-être une certaine crise d’amnésie sélective lui a fait oublier qui sont les responsables des évènements qui ont ensanglanté sa commune : la véritable extrême droite d’aujourd’hui représentée par l’islamisme terroriste ? L’islamogauchisme a de beaux jours devant lui…

  5. On en arriverait à plaindre cette gauche en perte de vitesse, obligée d’avoir recours à ses habituelles bassesses pour tenter de juguler l’inexorable montée de ce qu’elle s’obstine à nommer « l’estrêêmedrouate ».

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