, L’Obs, Télérama, Le Figaro, Valeurs actuelles : depuis quelques jours, depuis surtout que CNews a battu à plusieurs reprises sa concurrente en termes de record d’audience et de parts de marché, le petit monde médiatique ne bruisse que de l’insolente réussite de la chaîne du groupe Bolloré. Certes, à plusieurs reprises, Le Monde avait évoqué en des mots grinçants « Pascal Praud ou le dérèglement médiatique », ou encore « CNews, la Stratégie de la Haine », ou encore « CNews, la télé du clash permanent », tandis que Télérama, tout en nuances, dénonçait « CNews, première chaîne d’intox de  ».

Et tous de reconnaître l’intuition de l’homme d’affaires d’avoir « parié » et investi sur un espace médiatique en jachère, celui d’un média audiovisuel conservateur. Tandis que les journalistes du Monde et de BFM TV se tordent le nez à propos d’une chaîne « qui ne fait pas de l’info » mais de l’opinion conservatrice, ils ne pensent pas un instant à se remettre en question.

Le « Comment en est-on arrivé là ? », très peu pour eux.

Ainsi Marc-Olivier Fogiel, dans les colonnes du Monde, explique ce qu’il voit comme différence entre une « vraie » chaîne d’information en continu, et l’OVNI CNews : « CNews propose désormais une alternative totalement différente : une chaîne de débats et d’opinion. Un modèle qui s’adresse à une autre cible. Il peut arriver, comme hier, les jours d’actualité moins forte, de ne pas être devant sur toutes les cibles, mais nous ne proposons pas la même chose. » Bref, laissez-nous entre gens sérieux, entre pros de l’info, et ne venez pas nous polluer avec cette chaîne populiste qui s’adresse aux plus de 60 ans.

Aucune autocritique, donc, de la part de médias dont on sait le rôle qu’ils ont pu jouer dans l’élection d’Emmanuel Macron. Et à , on reconnaît tout au plus le flair de l’homme d’affaires.

Il y a peut-être un peu plus que cela. Du côté de la gauche, l’hégémonie culturelle qu’elle exerce depuis des décennies sur le monde médiatique mais aussi universitaire et éducatif est en train de trouver ses limites : à bien des égards, le modèle est à bout de souffle, voire en faillite. Et le trop grand déséquilibre entre les idées de , dont la représentation médiatique était dans le meilleur des cas à peine tolérée, et la surreprésentation des idées de gauche devient chaque jour plus évident. Une étude récente de la Fondation des sciences politiques dont nous avons parlé dans ces colonnes montrait la droitisation de l’électorat, les inquiétudes des Français, et plus largement des Européens, sur les thèmes de l’immigration, de l’insécurité physique, culturelle et économique, de l’ et de la place grandissante de l’islam dans nos sociétés.

Thèmes largement débattus sur CNews, et souvent abordés avec les lunettes roses de l’idéologie dans les médias concurrents. Cela fait s’étrangler Alexandre Deze, professeur en science politique à l’ de Montpellier, interrogé dans Le Monde : « Dans ces émissions, on voit un monde horrible qui n’existe pas. À la télé, il y a une banalisation de ces idées, qui sont ensuite très difficiles à déconstruire. »

Vincent Bolloré a-t-il alors seulement flairé un « bon coup » financier en reprenant la chaîne du groupe Canal ? Ce serait un peu trop facile. Cela tient plus sûrement d’une volonté de participer au combat culturel titanesque qui se joue pour la survie de la France : pour cela, il faut retrouver cette culture du débat qui tendait, en France, à s’amoindrir, voire disparaître sous les coups de boutoir assumés d’une gauche de plus en plus agressive, au fur et à mesure de sa perte d’influence.

Ajoutons que l’homme d’affaires breton, qui n’a jamais caché être catholique, a aussi repris en 2018 l’Hebdomadaire La France catholique : « Plutôt le choix du cœur que celui de la raison », commentait alors Aymeric Pourbaix, qui en avait pris la direction. Aujourd’hui, le titre s’est redressé et Aymeric Pourbaix s’est vu confier deux émissions sur CNews, dont l’une exclusivement religieuse.

Une vraie transgression, qui ringardise toutes les autres.

25 mai 2021

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