Cinéma - Culture - Editoriaux - 27 avril 2019

Cinéma : The Highwaymen, de John Lee Hancock

Disponible depuis fin mars sur Netflix, The Highwaymen (« Les Bandits de grand chemin », pourrait-on traduire) revient sur la traque du couple criminel le plus célèbre de l’histoire américaine, à savoir celui que formèrent Bonnie Parker et Clyde Barrow durant la Grande Dépression des années 30.

À l’époque, un véritable phénomène d’hystérie collective gagna l’opinion publique qui, vent debout contre le monde de la finance, prit volontiers fait et cause pour ces Robin des bois des temps modernes aux prises avec les autorités du pays. Une vision romantique de Bonnie et Clyde qui perdure aujourd’hui dans la culture populaire, au point que nous ne désignons plus ces criminels que par leurs prénoms, c’est dire la sympathie que leur conserve l’imaginaire collectif.

Au-delà du road movie policier, dont les influences esthétiques sont à chercher du côté d’Edward Hopper comme Des Sentiers de la perdition de Sam Mendes – contrairement à ce que laisse penser sa bande-annonce mensongère, excessivement rythmée et rigolarde –, le film de John Lee Hancock a pour originalité son refus de toute complaisance envers les braqueurs, ce à quoi avait trop cédé Arthur Penn avec son Bonnie and Clyde de 1967.

Résolument réactionnaire, The Highwaymen désavoue l’antihéros sans foi ni loi, figure en vogue dans la culture libérale contemporaine, mû uniquement par son intérêt égoïste. Les véritables modèles promus par le film sont, au contraire, les deux rangers vieillissants au tempérament de cow-boys, incarnés par Kevin Costner et Woody Harrelson, extirpés d’une retraite plus ou moins débilitante par le gouverneur du Texas afin de rétablir l’ordre.

Une mission qu’ils prendront à cœur jusqu’à poursuivre les malfaiteurs dans les États voisins, en dehors de leur juridiction… L’enjeu est simple : il consiste, pour eux, à traquer, à débusquer et à abattre, au moindre faux pas, ce couple infernal qui n’hésite pas à faire feu sur les policiers – des précautions largement justifiées de la part des rangers, qui aboutiront inévitablement à un bain de sang et feront écho, chez nous, à cette vieille polémique absurde autour de l’assassinat de Jacques Mesrine.

Comme pour mieux démolir le mythe, Bonnie Parker et Clyde Barrow n’apparaissent ensemble que furtivement à la toute fin du récit, précédés d’un lourd bilan de quatorze victimes – les seuls « martyrs » de cette virée sanglante – que l’on ne cesse de nous rappeler au fil de l’histoire. Dans cette optique désacralisante, les criminels n’ont droit à aucune réplique et ne sont incarnés par aucune star hollywoodienne.

Dans le rôle de Frank Hamer, auquel il semblait prédisposé après avoir incarné Eliot Ness dans Les Incorruptibles de Brian de Palma, Kevin Costner nous livre une prestation digne, toute en retenue, tandis que son partenaire de jeu, Woody Harrelson, en acceptant de se glisser sous les traits de Maney Gault, tourne la page de Tueurs nés (dont le récit ressemblait étrangement à celui de Bonnie et Clyde…) et réprouve, indirectement, la voie qu’a prise son propre père, le tueur à gages Charles Harrelson, mort en détention en 2007.

Avec une approche de bon sens conjuguée à de judicieux cadrages, John Lee Hancock nous offre un film de belle facture, humble et pertinent à la fois. On se plaît simplement à imaginer ce que Clint Eastwood aurait pu faire d’un tel projet, tant celui-ci semblait en phase avec ses préoccupations.

4 étoiles sur 5

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