À peine sorti en salles, le 19 août dernier, le premier film de Maïmouna Doucouré suscitait déjà la polémique. Netflix, ayant prévu d’ajouter à son catalogue dès le mois de septembre, opta en effet pour une affiche promotionnelle équivoque où les jeunes héroïnes du film étaient photographiées dans des positions lascives. Ce qui allait précisément à l’encontre du propos défendu par la réalisatrice à travers son œuvre ! Suite à une vague de commentaires incendiaires sur les réseaux sociaux, Netflix présenta finalement des excuses publiques et promit de changer d’affiche.

Anecdotique, cette polémique n’en est pas moins révélatrice de toute l’ambiguïté du film.

L’histoire suit le parcours d’Aminata, nouvelle élève dans son collège du XIXe arrondissement de Paris, qui, exaspérée par les mœurs islamiques en vigueur dans sa famille sénégalaise, se laisse séduire par un groupe de camarades, les « Mignonnes », désirant se présenter, du haut de leurs 11 ans, à une compétition de danse hip-hop, avec tout ce que cela comprend de positions suggestives, de twerks vulgaires, de cuisses écartées, de doigts dans la bouche et autres regards coquins. Des allusions sexuelles que les gamines ne comprennent pas, ne voyant là que l’expression libre d’une féminité normale et naturelle… On a coutume, dans les médias, de déplorer complaisamment la misère sociale et économique de ces quartiers ; le film nous rappelle incidemment que la première misère à laquelle font face ces populations est avant tout culturelle et intellectuelle, et de là seulement découle le reste…

D’un côté, nous avons la famille sénégalaise avec une mère faible et un père absent, parti ramener du village une seconde épouse et, ce faisant, incapable de corriger sa fille lorsqu’elle commet quelque larcin. De l’autre, le contre-modèle parfait d’une bande de gamines laissées à la dérive par des parents irresponsables et incultes, droguées aux likes des réseaux sociaux et attifées comme leurs idoles Rihanna, Shakira ou Miley Cyrus. Elles se rêvent danseuses sous la lumière des projecteurs alors que leur destin, on s’en doute, est probablement de finir caissières, avec trois ou quatre gamins sur les bras, et de vivoter dans des HLM pourries de banlieue parisienne… La France, au milieu de tout ça, n’est plus un sujet. Absente, incapable de s’imposer, que ce soit au foyer ou dans la cour du collège, tout le monde la méconnaît, l’ignore…

Aminata, prise en tenaille entre le rigorisme de cette famille qui vit comme au pays et n’a clairement pas vocation à s’assimiler et la culture hip-hop de ses copines, n’aura donc de cesse de naviguer à vue. C’est par pur miracle, à la fin du récit, qu’elle parviendra à trouver une troisième voie (la France, espère-t-on)…

L’ d’une large part de la jeunesse issue de l’immigration, sous l’influence de l’imaginaire racaille et de la société de consommation, est un sujet majeur dans le phénomène de déculturation des masses. Maïmouna Doucouré a le mérite d’être à l’avant-garde dans ce combat. Mais pour le mener intelligemment, encore eût-il fallu qu’elle ne tombât pas dans les travers qu’elle entend précisément dénoncer. Les danses provocantes auxquelles s’adonnent les héroïnes sont constamment esthétisées, sur-découpées par le montage, avec profusion de gros plans et sens du rythme. On peut, d’ailleurs, s’interroger sur la réception qu’eût le film si celui-ci avait été réalisé par un homme…

Dénoncer l’hypersexualisation des gamines par l’exhibition de celles-ci est aussi contre-productif que de dénoncer la violence en jouant la surenchère d’hémoglobine dans les films d’action ou d’épouvante. L’incohérence de fait entre le propos général et les moyens mis en œuvre fait de Mignonnes une œuvre maladroite. Le projet méritait mieux que ça.

2 étoiles sur 5

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