Cinéma - Culture - Editoriaux - 13 janvier 2019

Cinéma : L’Heure de la sortie, de Sébastien Marnier

Remarqué à juste titre avec Irréprochable, son précédent long-métrage qui faisait montre, déjà, d’une rare maîtrise dans sa mise en scène, Sébastien Marnier nous revient aujourd’hui avec l’adaptation d’un roman qu’il médite depuis des années. L’Heure de la sortie, écrit par Christophe Dufossé, aurait très bien pu faire l’objet de son premier film, mais le cinéaste a préféré attendre le bon moment pour se consacrer à ce projet ambitieux.

L’histoire est celle de Pierre Hoffman (Laurent Lafitte), nouveau professeur de français en collège privé chargé de remplacer un prédécesseur qui s’est défenestré en plein cours sous les yeux de ses élèves. Dans cette classe de 3e spécialisée pour enfants surdoués, Pierre s’aperçoit très vite qu’il règne une ambiance délétère, les jeunes y sont aussi appliqués dans leur travail que condescendants envers les autres classes et envers un corps professoral qui, pourtant, leur laisse tout passer. D’une seule voix, un petit groupe constitué autour d’Apolline et Dimitri noyaute la classe et développe des comportements sectaires d’une extrême dureté à l’encontre des plus fragiles. D’abord interloqué, le professeur développe peu à peu une fascination inquiète pour ses élèves dont il cherche à percer les secrets…

Avec L’Heure de la sortie, Sébastien Marnier nous livre une œuvre très particulière, à l’ambiance provinciale et à la chaleur moite – jusque dans ses tonalités de lumière – et cumule aussi bien les éléments du thriller psychologique que du drame et du film d’épouvante. Sa mise en scène millimétrée et son sens du cadre dénotent une rare acuité chez le cinéaste qui, décidément, après Irréprochable, excelle à filmer le trouble dans les motivations de ses personnages.

L’ennui est que la révélation finale à toutes les questions que l’on a pu se poser au fil du récit – dans une séquence qui nous rappelle qu’après tout, nous avons affaire à des adolescents, avec la soif d’absolu qui les caractérise – non seulement est téléphonée mais confirme un propos général des plus banals : en gros, le désastre écologique est imminent, l’humanité va à sa perte et la Terre se meurt. Le cinéaste enfonce des portes ouvertes. Si le récit laissait effectivement entrevoir cette thématique, la chute de l’histoire – dans laquelle les élèves voient leurs craintes justifiées – annihile tous les autres niveaux de lecture et réduit l’ensemble à un sermon écolo assez convenu. Ainsi, le réalisateur attribue aux adolescents le privilège de la lucidité face à des adultes jouisseurs et insouciants et fait preuve, par là, d’un jeunisme un peu naïf. D’autant plus que ces préoccupations sont, avant tout, celles d’une certaine caste métropolitaine, tout juste bonne à manger bio et à refuser les sacs plastique pour se donner bonne conscience et s’imaginer vainement combattre les conséquences écologiques d’un système global qu’elle a pourtant toujours défendu. Vainement, car il ne sert plus à rien de se débattre à l’heure où, par centaines de millions, Chinois et Indiens accèdent à notre mode de vie. La partie est déjà perdue, quoi qu’en pense Sébastien Marnier, la minorité occidentale n’a aucune maîtrise sur le phénomène.

En vérité, bien pire que la fin du monde est la façon dont nous allons disparaître : dans le choc migratoire, la déculturation généralisée, la haine de soi, la concurrence plus ou moins agressive des civilisations sur un même territoire, la déliquescence du capital humain, la barbarie et, in fine, le déshonneur complet. Que de motifs d’appréhension hautement plus graves que la destruction de la flore et de la faune.

Dommage que Sébastien Marnier et Christophe Dufossé, l’auteur du roman d’origine, ne veuillent pas voir que le combat écologique est déjà un combat d’arrière-garde.

3 étoiles sur 5

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