[CINÉMA] Disclosure Day : Steven Spielberg donne trois leçons à Hollywood
C’est le grand retour de Steven Spielberg. Non seulement au cinéma de science-fiction, mais plus précisément au sous-genre du premier contact avec des extra-terrestres. Un domaine qui a été très largement – pour ne pas dire intégralement – codifié par Steven Spielberg lui-même.
Steven Spielberg, père du premier contact avec des aliens
En seulement deux films, Rencontres du troisième type (1977) et E.T., l'extra-terrestre (1982), Steven Spielberg avait profondément marqué la culture populaire occidentale. Le design général des aliens, la façon dont les soucoupes volantes apparaissent à l’écran, l’attitude à avoir face à ce premier contact… Qu’on en ait conscience ou non, qu’on ait vu ces films ou non, nous partageons tous ces éléments dans notre imaginaire, ils sont intégrés à notre culture commune.
Il n’y a guère que l’imaginaire de l’alien comme menace, comme ennemi, comme envahisseur, comme espèce prédatrice et profondément hostile qui n’a pas été façonné par Steven Spielberg. Il a certes traité ce sujet en 2005 avec La Guerre des mondes, véritable chef-d’œuvre du cinéma d’invasion alien et du désespoir, mais le genre était codifié bien avant.
Avec Disclosure Day, Steven Spielberg revient donc à un genre qu’il a façonné et marqué au point d’en être le père. Mais quel en est le résultat ? Qu’est-ce que Steven Spielberg a à dire, presque cinquante ans après Rencontres du troisième type ? Et, surtout, que vaut Disclosure Day ?
Première leçon : la maîtrise et la modération
Le premier point sur lequel il faut revenir, c’est bien sûr la maestria technique du réalisateur. Steven Spielberg a toujours été un artisan de génie, l’un des cinéastes les plus efficaces et talentueux de sa génération. Aujourd’hui, avec plus de cinquante ans d'expérience du métier et 36 films au compteur, Steven Spielberg est au sommet de son art.
Tout est maîtrisé à la perfection, dans Disclosure Day. Les plans sont millimétrés, la caméra virevolte, les visages se fondent dans des reflets, tout est parfaitement à sa place. Les scènes d’action sont rares mais incroyablement efficaces, on est happé par la tension et le suspense.
Mais à la différence d’un Denis Villeneuve – autre cinéaste qui montre une maîtrise technique absolue de son art –, Steven Spielberg livre un film que l’on pourrait presque qualifier de modeste. Les plans sont parfaits, mais à hauteur d’homme. Les scènes d’action sont magistrales mais, en les racontant, on pourrait croire qu’elles sont banales, comparé à ce que l’on peut voir dans les blockbusters hollywoodiens.
Car, et c’est là la première leçon que Steven Spielberg donne à Hollywood, il n’y a pas besoin de mettre des explosions partout et des affrontements entre héros pour donner une scène d’action incroyable. Josh O'Connor qui se faufile entre des voitures dans un plan-séquence millimétré que l’on remarque à peine, fonctionne tout autant - voire mieux.
Deuxième leçon : garder son âme d’enfant, c’est possible
Disclosure Day est donc maîtrisé à la perfection, mais cela ne l’empêche pas d’être un grand film d’émerveillement. Un film qui donne envie d’ouvrir grand les yeux d’admiration et de rêver. Disclosure Day a un propos presque enfantin dans son rapport au merveilleux et à la découverte. Il n’y a ici ni cynisme, ni ricanement, ce qui tranche avec la production hollywoodienne habituelle. On ne cherche pas à déconstruire pour le plaisir de se sentir plus intelligent et de laisser un champ de ruines derrière soi.
C'est la deuxième leçon que donne Steven Spielberg à Hollywood.
Troisième leçon : la nostalgie, mais bien faite
Enfin, comment parler de Disclosure Day sans aborder la question de la nostalgie ? Par bien des aspects, Steven Spielberg nous présente ici un film des années 1980-90. Disclosure Day en a l’émerveillement et la sincérité, mais aussi le rythme – ce qui peut faire dire à certains qu’il est un peu lent. Ce film emprunte aussi aux années 1980 le thème du complot gouvernemental pour cacher ce premier contact avec des extra-terrestres.
Disclosure Day est un film nostalgique… ce qui ne l’empêche pas d’être original. À une époque où Hollywood ne sait plus faire que des suites, adaptations, prequels, legacy sequels et autre remakes, Steven Spielberg nous propose du neuf. Il ne fait pas revenir Elliott ou Roy Neary (les personnages principaux de E.T., l'extra-terrestre et Rencontres du troisième type). À la place, il nous fait revivre les sensations que nous avions éprouvées en voyant ces films la première fois ; mais avec une histoire originale.
Une troisième leçon de Steven Spielberg à Hollywood.
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6 commentaires
Allez le voir, vous ne le regretterez pas !
En lisant cet article intéressant, je me demandais qui en était l’auteur. Je misais sur N. Gauthier. Eh non ! Cet article émane d’un passionné ; qui donne envie de voir le film. J’ai lu diverses critiques sur ce film. Certaines excellentes, d’autres moins ( le moins = pas assez quelque chose…). Personnellement, je n’aime pas les voitures qui s’envolent, les immeubles qui s’écroulent etc Donc, il est peut-être valable pour moi. Je pense aussi _ et c’est valable pour beaucoup de choses _ que » qui peut le plus, peut le moins ». Quand on est bon, inutile d’en faire des tonnes… Je pense que Spielberg sait ce qu’il fait _ et effectivement, ce serait une leçon à ces gens, ces producteurs, qui « en veulent toujours plus ». On verra bien, donc.
Après voir lu l’article, on a envie d’aller voir le film. Pas de doute. Enfin pour ceux qui aiment ce genre de cinéma. Spielberg est un grand. Là-dessus, aucun doute non plus.
Je me garderai bien de contester votre analyse « technique » du film de Spielberg. N’étant pas moi-même assez averti en la matière, vos propos sont sans doute justes et je vous accorde volontiers le bénéfice du doute.
Par contre, je ne peux me priver de penser que vous ne devez guère être très amateur de film de science-fiction ou connaisseur du phénomène E.T. pour faire de telles louanges sur le but et le contenu de ce film.
Franchement, je m’attendais à beaucoup mieux de la part d’un Spielberg, ayant largement séduit son public sur ce sujet avec « La guerre des mondes » et « Rencontres du 3ème type »
« Disclosure day », un film pour adolescents qui m’a beaucoup déçu : Aucune originalité, rien de bien spectaculaire dans certaines scènes qui s’y prêtaient pourtant volontiers, acteurs pas très convainquant (ni convaincus…), dialogues qui se veulent « philosophico-métaphysiques » sans beaucoup d’intérêt, superficiels, compte-tenu de l’ampleur du sujet en question.
Quant au thème du « complot gouvernemental » archi connu du grand public depuis longtemps, le terme « Disclosure » (Révélation, ah ? ) me semble en effet tout à fait bien adapté à un public qui découvre béatement et benoîtement, l’existence d’un évènement dont les faits cependant, remontent à la préhistoire de l’humanité.
« Comme j’aime » les gens qui se permettent de traiter les autres de béats et de benêts…
Lelue58: « Vous aimez ? » Comme je vous comprend !
En effet, habituellement, vous êtes beaucoup plus sévère que moi lorsqu’il vous vient l’envie de critiquer certains personnages politiques.