Agriculture - Cinéma - Culture - Editoriaux - 4 octobre 2019

Cinéma : Au nom de la terre, d’Édouard Bergeon

À l’heure où il est de bon ton de rappeler régulièrement que deux agriculteurs se suicident chaque jour en France (d’après les chiffres de la Mutualité sociale agricole), le cinéma semble enfin s’intéresser au sort de la paysannerie française. En attestent ces films de terroirs que l’on voit débarquer sur les écrans depuis quelques années, parmi lesquels le remarqué Petit Paysan d’Hubert Charuel, que nous évoquions sur ce site à l’époque de sa sortie. Dans un esprit similaire, Au nom de la terre est actuellement projeté en salles.

Le film d’Édouard Bergeon, qui signe ici son premier long-métrage de fiction après une carrière de documentariste pour la télévision, est empreint d’une coloration particulière dans la mesure où c’est l’histoire de sa propre famille qu’il porte à l’écran. Une histoire tragique qui, de catastrophe en catastrophe, revient sur les transformations majeures qu’a connues le milieu agricole, de la fin des années 70 à la fin des années 90, lorsque l’exploitation traditionnelle spécialisée a dû s’élargir et se diversifier par souci de compétitivité.

Tandis que de nombreux agriculteurs n’ont pas su prendre le pli et s’adapter aux exigences de leur époque, le personnage de Pierre Jarjeau, 45 ans, incarné à l’écran par Guillaume Canet, a décidé de prendre les devants et s’est lourdement endetté pour pouvoir agrandir sa ferme.

« Je suis un entrepreneur », dit-il fièrement à son père dépité qui sent bien, déjà, que l’exploitation familiale suit une mauvaise pente et provoquera, à terme, la ruine de son fils. Très vite, en effet, les « investissements sans risques » que pensait pouvoir se permettre Pierre Jarjeau sous les conseils des coopératives et des entrepreneurs de l’agro-alimentaire se révèlent casse-gueule, les nouvelles machines tombent souvent en panne, des incendies se déclenchent comme un feu de paille… Pierre va peu à peu s’épuiser à la tâche et, au spectacle de sa ferme en ruine, sombrer dans une dépression dont sa famille paiera jusqu’au bout les contrecoups.

Jouissant d’une légitimité certaine pour aborder un tel sujet, tout comme Hubert Charuel qui avait réalisé Petit Paysan en 2017, Édouard Bergeon nous propose, avec Au nom de la terre, le récit émouvant d’un naufrage, celui de son propre père, Christian Bergeon, auquel le film est dédié. Naufrage, plus largement, d’une paysannerie française dont la grande distribution et la mondialisation ont entériné la disparition. Si le film, indubitablement, tient sa force de l’hommage rendu au père du cinéaste et bénéficie d’un casting impeccable (Guillaume Canet, Rufus et Anthony Bajon que l’on avait découvert dans La Prière), son récit un peu trop singulier l’empêche cependant d’atteindre la place qu’il ambitionne. Reste un beau film sur la paysannerie et sur les relations père-fils.

3 étoiles sur 5

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