Reconnu à l’international pour son savoir-faire en matière de film policier – on pense à El Reino et Que Dios nos perdone –, l’Espagnol Rodrigo Sorogoyen fait de nouveau l’actualité cinématographique avec As bestas, sorti fin juillet.

Porté par deux comédiens bien de chez nous, Denis Ménochet et Marina Foïs, le film raconte l’enfer que va subir un couple de Français venus s’installer en Galice afin d’y vivre de la culture maraîchère biologique. En effet, pour avoir refusé de voter favorablement à la construction d’éoliennes dans le village – une escroquerie écologique que ne manque pas de pointer le cinéaste –, Antoine et Olga s’attirent les foudres de leurs voisins, les frères Anta, paysans locaux dans le besoin qui espéraient toucher une compensation financière importante et sortir enfin la tête de l’eau.

Le récit aborde donc les conséquences dramatiques de ce vote négatif et débute in medias res, dans la tension d’une conversation de bistrot où l’aîné des frères peine à contenir son ressentiment à l’égard du Français présent dans la salle. Une rancœur qui va rapidement laisser place à la haine et prendre des proportions terribles au fil de l’histoire. Ni les mots ni les explications ne pourront stopper cet engrenage. Pis : chaque tentative d’apaisement de la part du Français apportera son lot de mésinterprétations et de conclusions définitives, les frères Anta étant d’emblée fermés au dialogue. Tout devient prétexte à nourrir leur colère, laquelle nous dirige inéluctablement vers la sauvagerie la plus bestiale.

Empruntant à la fois les codes du thriller et du western, As bestas traite frontalement le sujet épineux des néoruraux, ces citadins fraîchement débarqués à la campagne qui peinent à s’intégrer à leur nouvel environnement en voulant à tout prix faire valoir leur bon droit : « Je viens d’acheter ma maison, je cultive ma terre, je suis donc chez moi. » Ce à quoi ces individus se voient légitimement répondre que d’autres sont là depuis des générations et que leurs voix devraient, par conséquent, avoir un peu plus de poids que celles des nouveaux arrivants qui, peut-être, ne feront là qu’un bref passage. C’est là, précisément, que le film de Sorogoyen évite de justesse le discours anti-beauf habituel et le mépris des campagnes qu’on a pu voir s’exprimer librement dans Délivrance ou dans Les Chiens de paille, le cinéaste cherche honnêtement à comprendre le point de vue de tout le monde.

In fine, il nous offre un film policier nerveux, maîtrisé, riche en plans-séquences avec des dialogues sans issue et chargés de tension, laissant prévoir l’orage qui arrive. La conclusion du film est un peu abrupte mais laisse aisément imaginer la suite des événements.

Soulignons enfin un casting des plus réussis : Denis Ménochet, plus vulnérable et angoissé que jamais face à Luis Zahera, terrifiant à souhait en personnage déterminé et enfermé dans ses certitudes, et enfin Marina Foïs, toujours excellente dans ses rôles de femmes fortes et indépendantes quand elle ne gaspille pas son énergie à défendre de mauvaises causes dans les ou dans les festivals…

 

4,5 étoiles sur 5

 

 

 

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12 août 2022

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5 commentaires

  1. Ah ! sans aller jusqu’en Espagne, dans un calme village assoupi du jura à l’écart des grandes routes sur les contreforts : 26 nouveaux habitants (insee) se sont implantés, et ces néoruraux font la guérilla contre les anciennes familles (datant d’il y a 3 siècles et ante; dont nous fûmes, mais déserteurs par hécatombe familiale ( 1918 ; 1941 ) et lâche abandon par nos parents ) : il ne reste que 3 agriculteurs , et donc , 8 familles et descendants « souchiens » : C’est la guerre  » à mort » ( du moins, par vacheries, médisances et coups bas ) entre les anciens et les nouveaux , pour le contrôle de la mairie . Et, hélas , il n’y a plus le brave curé pour faire le tampon entre les équipes rivales !

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