L’ouverture du procès des attentats de janvier 2015 donne au Point l’occasion de revenir sur ceux qui, à l’époque, n’avaient pas été franchement Charlie, tous ou presque évidemment issus de notre intelligentsia de gauche. Jadis, Sartre ne voulait pas « désespérer Billancourt » avec le sinistre bilan de l’URSS ; en 2015, nos donneurs de leçons craignaient visiblement de désespérer ces mosquées dans lesquelles ils comptent des amis.

Ainsi Edwy Plenel (qui tient Tariq Ramadan pour un « intellectuel respectable » et ne voit dans le burkini qu’un vêtement comme un autre) estimait que « la proclamation de la liberté d’expression […] n’implique pas que notre vie publique doive s’abaisser et s’égarer dans la détestation d’une partie de notre peuple en raison de son origine, de sa culture ou de sa religion. La haine ne saurait avoir l’excuse de l’humour. » Mais où était la haine, dans les dessins de Charlie ? Il est vrai que pour le « maître-étalon » des écoles de journalisme, sont haineux tous ceux qui ne pensent comme lui.

Mais le patron de Mediapart était en bonne compagnie, puisque le pape François « himself » y alla de sa paternelle et très chrétienne compréhension ; mais… pour les assassins ! « On ne peut provoquer, on ne peut insulter la foi des autres, on ne peut la tourner en dérision ! » et « si un grand ami parle mal de ma mère, il peut s’attendre à un coup de poing, et c’est normal ». Il est vrai que d’Argentine, les islamistes, on ne les voit que de très loin. Mais assimiler rafale de kalachnikov et crochet du droit, il fallait quand même le faire !

Quant à Virginie Despentes, écrivaine grande productrice d’écrits vains (merci Lacan), l’assassinat de 17 personnes par des demeurés lui a fait plus d’effet que sa collection de sextoys. Hébergée par Les Inrocks (évidemment) du 17 janvier 2015, elle s’y pâme : « J’ai été aussi les gars qui entrent avec leurs armes. Ceux qui venaient de s’acheter une kalachnikov au marché noir et avaient décidé, à leur façon, la seule qui leur soit accessible, de mourir debout plutôt que de vivre à genoux. J’ai aimé aussi ceux-là qui ont fait lever leurs victimes en leur demandant de décliner leur identité avant de viser au visage [1] […] Je les ai aimés dans leur maladresse – quand je les ai vus armes à la main semer la terreur en hurlant “On a vengé le prophète” et ne pas trouver le ton juste pour le dire. Du mauvais film d’action, du mauvais gangsta rap. Jusque dans leur acte héroïque, quelque chose ne réussissait pas. Il y a eu deux jours comme ça de choc tellement intense que j’ai plané dans un amour de tous – dans un rayon puissant. » Dans un rayon de viseur laser, peut-être ?

Un an et demi plus tard, l’attentat au camion sur la promenade des Anglais a dû la laisser sacrément pantelante !

(1) Certains survivants disent toutefois que c’est leur religion que les victimes ont été priées de décliner.

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