Editoriaux - Polémiques - Société - 4 septembre 2019

Burkini dans une piscine : L’Obs revoit son enthousiasme à la baisse

L’intrusion, dans une piscine parisienne, d’une quinzaine de nageuses toutes de burkinis emmaillotées fut qualifiée de « happening » par L’Obs : « Fermeture d’une piscine à Paris après un happening féministe en faveur du burkini. » Et le lecteur non averti de visualiser une bande de joyeuses luronnes, musique, humeur badine, rires et chansons dans le grand bain.

Au vu de sa sympathie pour l’événement, la rédaction dut lutter très fort contre son envie de titrer : « De joyeuses musulmanes en maillot une pièce à manches longues se font injustement refouler d’une piscine. » Mais point trop n’en faut. Le mot « happening » venait indiquer que nous n’étions pas très loin de la kermesse bon enfant. Le ton juste avait été trouvé.

Quelques moqueries plus tard, le noyau dur de L’Obs se réunissait autour d’une table en bois exotique ayant participé à la déforestation de l’Amazonie et se demandait si son titre n’était pas un tantinet dégoulinant de bienveillance à l’égard du burkini. À l’unanimité, il fut décidé que « peut-être bien que ça se voit » ou que ça pourrait se voir. Déjà, Twitter se marrait, il devenait urgent de mettre un terme au ridicule. Faire machine arrière. Et puis le féminisme en burkini… heu… grattage de tête… « Bon, allez, on change de titre. Et dare-dare ! »

« Fermeture d’une piscine à Paris après une manifestation en faveur du burkini. » Voilà qui était plus neutre. Plus journalistique. Adieu happening, musique et serpentins. C’était une manifestation. À n’en point douter. En faveur du maillot de bain une pièce à manches longues qui recouvre la tête et tout le reste.

« Irrité par l’initiative, un baigneur a montré son sexe aux militantes », explique L’Obs dans son article. À chacun sa manière festive d’exprimer son désaccord. Hélas, trop de happening tue le happening et la direction s’en fut fermer les portes du local à double tour. Entre autres anicroches, l’altercation entre le semi-naturiste et les burkineuses menaçait de tourner vinaigre.

Pour tout argument, l’une des protagonistes a déclaré ne plus vouloir être importunée par des règlements discriminants, semblant par là ne pas s’être aperçue que tout règlement discriminait ceux qui refusaient de s’y soumettre. Son combat s’annonce immense.

L’homme au sexe apparent n’a pas précisé s’il se sentait discriminé de ne pouvoir exprimer son mécontentement de cette manière sur les grands boulevards. L’Obs ne s’est pas interrogé sur son possible désarroi.

La mécréante utile de service ce jour-là était une certaine Camille, âgée de 18 ans. Sa déclaration fera date dans l’histoire du maillot de bain : « C’est important que toutes les femmes et toutes les personnes puissent se baigner et profiter de loisirs. » Un maître-nageur s’est dit impressionné par tant de profondeur. Un retour à la surface implique d’effectuer plusieurs paliers de décompression, selon ce professionnel.

En conclusion de ce délire aquatique, il convient de noter que pas un seul catholique ne s’est encore présenté au guichet d’une piscine muni d’une grande croix de bois, prétexte à l’apprentissage de la natation grâce à la flottaison du matériau. Qu’attendent-ils ?

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