C’est donc confirmé, le parti de l’abstention s’impose durablement dans le paysage politique comme le premier parti de France. Il paraît que ce serait la faute au Covid-19. On est retourné au boulot, on fait de nouveau la queue dans les magasins, on fait la fête de la Musique, on va manifester et l’on se prépare à partir en vacances, activités qui, semble-t-il, ont été immunisées des dangers du virus.

En revanche, six électeurs sur dix ne sont pas allés voter dans les 5.000 communes et quelques qui élisaient leur conseil municipal dimanche dernier. Paraît que c’est l’élection que préfèrent les Français, avec celle du président de la République. Ça promet ! En fin de matinée, à l’heure de la sortie de la messe et du passage à la pâtisserie dans la France de papa, maman, la bonne et moi, dans certaines villes, on était parfois à 15 % de participation. L’apéro, le barbec arrosé de rosé bien frais et le soleil ont fait le reste du travail, midi passé.

Alors revient, bien évidemment, la fausse bonne idée du vote obligatoire. Lorsqu’un pays fonctionne à coups d’obligations et de menaces punitives, c’est que ça ne tourne pas très rond. Allons-y pour le vote obligatoire et parions que le parti de l’abstention s’effondrera et laissera la place à celui du vote blanc ou du vote nul.

Cette abstention massive profite à l’évidence, dans les grandes villes en cours de gentrification, aux écologistes, nouvelle coqueluche des vainqueurs de la mondialisation. Depuis trois jours, on nous bassine avec le triomphe des Verts dans les grandes métropoles. Le rêve d’Alphonse Allais va se réaliser : on va mettre les villes à la campagne !

Lyon, par exemple. Dans le 8e arrondissement, le candidat écolo l’emporte avec 49,87 % des voix. Score magnifique dans une triangulaire. Participation : 29,38 %. Donc, à la louche, la Sonia Zdorovtzoff, futur maire du 8e arrondissement, aura été élue par moins de 15 % du corps électoral. Faudrait faire des recherches, mais sous la Restauration, c’est peut-être le pourcentage des hommes qui avaient le droit de vote : il fallait alors être âgé de plus de trente ans et payer une contribution directe de 300 francs.

À Bordeaux, autre ville en tête de gondole écolo, Pierre Hurmic, tête de liste « Bordeaux respire ! », est élu dans une triangulaire avec 46,48 % des voix. Taux de participation : 38,33 %. Donc, petit calcul sur le coin de la table : le futur maire de Bordeaux est élu par moins de 18 % du corps électoral. À titre de comparaison, en 2008, Alain Juppé – on aime, on n’aime pas, ce n’est pas le problème – avait été élu au premier tour avec 56,62 % des voix et une participation de 61,70 %, soit près de 35 % du corps électoral, ce qui est quand même autre chose. Et l’on pourrait multiplier les exemples. C’est donc une sorte de suffrage censitaire de fait qui s’installe tout doucement dans le pays, les couches populaires boudant de plus en plus l’isoloir.

L’on avait coutume d’entendre, il y a encore quelques années, qu’il fallait aller voter, que nos ancêtres, comme on nous le racontait dans le beau roman national, s’étaient battus pour cela. On s’habillait pour aller voter. Papa, la cravate, Maman, un chapeau. La France était une France de devoirs : des devoirs de l’école au devoir de citoyen, en passant par le devoir conjugal. On arrête de se faire du mal en visionnant les films d’Audiard.

Une idée, comme ça, histoire d’essayer de réveiller l’assistance : devrait faire un référendum pour proposer l’abolition du suffrage universel. Un droit qui tombe en désuétude, ça s’abolit. Ne voteraient, finalement, que les personnes ayant réussi un examen. Les épreuves pourraient porter sur la connaissance des valeurs de la République, l’histoire, non pas de France, mais des luttes contre les discriminations et, évidemment, sur la Charte de l’environnement. Le vieux peuple gaulois se réveillerait peut-être enfin de sa sieste civique. Enfin, il faut l’espérer.

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