L’heure étant à l’hystérie, rien d’étonnant à ce que l’on veuille, aujourd’hui, déboulonner la statue de à l’aéroport de Santa Ana, en Californie, dans la foulée d’autres monuments réduits en poussière : Bouddhas de Bâmiyân par les talibans ou ces saints aux porches de nos églises par ces révolutionnaires assurant que « la République n’a pas besoin de savants ». La furie épuratrice ne reconnaît donc pas plus d’époque que de frontière.

John Wayne, c’est un mythe qu’on dynamite. Et c’est aussi le problème. Dans son remarquable essai, La Société des people (Michalon, 2008), le défunt Hugues Royer, par ailleurs professeur de philosophie et ancien ponte de Voici, l’hebdomadaire à scandales qu’on sait, écrit déjà, en 2008 : « John Wayne n’a jamais accompli d’acte de bravoure mémorable susceptible de le faire entrer dans l’Histoire. » Il s’agit donc de la première star préfabriquée par Hollywood, première d’une interminable lignée.

Ainsi, le « Duke » ne s’est pas engagé durant la Seconde Guerre mondiale, pour raisons familiales, au contraire d’autres vedettes plus « libérales », telle Audie Murphy, acteur le plus décoré du conflit. Bref, ce que l’on veut mettre à bas n’est jamais rien d’autre qu’un « fake ». Un manquement à l’honneur qui a toujours pesé au principal intéressé : « J’ai toujours eu honte de ne pas avoir combattu. Lorsque j’interprète un officier à la tête de son commando, j’ai une piètre opinion de moi-même. » Peu importe, son mentor, John Ford, ayant ensuite assuré : « Je ne savais pas que ce grand fils de pute savait jouer ! » Trop tard, c’était devenu une icône américaine, à l’instar d’un JFK, président honnête, bon époux et en bonne santé, alors qu’il descendait d’une famille de mafieux irlandais, trompait son épouse comme si sa vie en dépendait et était à peu près aussi accro aux substances qu’une… Amy Winehouse.

Les vilenies reprochées à John Wayne ? Ces phrases extraites d’un entretien accordé au mensuel Playboy, en 1971, à propos des Afro-Américains : « Je crois en la suprématie blanche jusqu’à ce que les Noirs soient suffisamment éduqués au point d’être responsables. » Puis, à propos des Américains de souche : « Ce qu’on appelle le vol de ce pays était une question de survie. Beaucoup de gens avaient besoin de nouvelles terres, et les Indiens essayaient de les garder pour eux de manière égoïste. »

Voilà ce qui arrive quand on accorde crédit à des artistes censés avoir plus à dire sur la marche du monde que le dernier des clampins… Mais encore déclarations susceptibles d’être mises en regard avec celles d’une Jane Fonda allant défiler en treillis à Hanoï, en pleine guerre du Vietnam, pour ensuite aller épouser un Ted Turner, fondateur de CNN, première chaîne d’informations en continu et voix d’une Amérique conservatrice sur laquelle elle vomissait jusque-là.

Cité par Éric Leguèbe, historique critique cinématographique du Parisien, dans son livre John Wayne, l’homme et son mythe (Garancière, 1986), John Wayne affirme : « Le désordre dans les écoles a été causé par des professeurs immatures qui ont encouragé les activistes. Étudiant en deuxième année, j’étais socialiste à l’Université de Californie du Sud. Mais, mes diplômes obtenus, je ne l’étais plus. »

Pour conclure, qu’il nous soit permis de citer Gérard Guégan qui, le 5 mai 1980, écrit, dans Les Nouvelles littéraires : « John Wayne, qu’on disait de droite, d’extrême droite, ne fut jamais l’homme d’une idéologie. Il se maria plusieurs fois avec des Mexicaines, ce que ne lui pardonneront ni les puritains, ni les racistes et, de surcroît, il ne sombra pas, comme tant d’anciens hommes de gauche, dans le délire maccarthyste. »

Ethan Wayne, l’un de ses nombreux enfants, ne dit finalement pas autre chose quand, affirmant : « Mon père ne tenait pas compte de votre race, de votre genre ou de votre orientation sexuelle. Ce qui comptait pour lui, c’est si vous faisiez bien ou non votre travail. »

Comme quoi les statues, même faites de stuc, ne débitent pas que des niaiseries.

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