La ville de Béziers a une communication percutante qui ne s’embarrasse pas de la bien-pensance et ne se cache pas derrière le petit doigt de Robert Ménard pour éluder les questions qui fâcheraient. Qu’elle enquiquine les petits marquis parisiens outrés que leur doxa soit contestée en province est une bonne chose : rien de pire que l’unanimité jacobine. On se souvient des campagnes pour la sauvegarde des Galeries Lafayette, l’arrivée du TGV jusqu’à la gare de Béziers, l’extension du réseau de caméras de surveillance ou surtout celle qui présente un pistolet comme le meilleur ami du policier municipal : elles ont fait couler de l’encre et du pixel, ont choqué, et surtout interpellé sans langue de bois. De la provocation ? Oui, sans doute, celle d’un maire qui dit ce qu’il fera et qui le fait ensuite.

La dernière campagne, affichée le 30 octobre, présente la photo d’un Christ en croix qui serait, de plus, lardé de coups de couteaux non rapportés par les évangiles, et interpelle : « Attaques au couteau, va-t-on enfin réagir ? Expulsion des islamistes. » Qu’il soit permis au modeste clavier que je suis chez Boulevard Voltaire (je n’écris pas à la plume) de dire : « Non ! Monsieur Ménard, vous êtes allé trop loin avec votre dernière affiche ! »

Nous sommes tous sous le choc de cet attentat odieux de Nice. Il bouleverse les chrétiens au premier chef : c’est trois fidèles catholiques dont un sacristain qui ont payé de leur sang leur présence dans cette basilique. Il touche tous les croyants qui sont outrés que l’on puisse tuer au nom de Dieu. Et il émeut aussi tous les agnostiques et les athées qui sont attachés au respect de la vie humaine. Toute la nation souffre et pleure. Les rares Français de papiers qui se réjouiraient d’une telle barbarie sont plus des citoyens de l’oumma ou d’ailleurs que nos concitoyens.

Bien sûr, l’attentisme et l’inaction du passé révoltent : ils sont des complices indirects des tueurs islamistes, et ce drame n’est possible qu’à cause de cinquante ans d’incuries diverses. Bien sûr, les citoyens doivent exiger que le pouvoir régalien failli les protège enfin. Ou qu’il s’en aille et rende les clefs s’il en est incapable. Bien sûr, les coups de menton volontaires et les forfanteries en tout seront peut-être suivies de demi-mesures inefficaces vidées de leur substance par des juges locaux ou européens, et c’est révoltant. Oui, notre intérêt vital comme nation est que les islamistes soient envoyés au diable, vauvert ou non, avec armes, bagages et surtout leur idéologie mortifère incompatible avec l’essence de notre nation.

Mais fallait-il enrôler le Christ pour transmettre ce message ? Rajouter à ses plaies de nouvelles blessures ? Non, cent fois non. Les plaies et les souffrances du Christ sont, pour les chrétiens, le poids des fautes que nous commettons, celles des chrétiens comme de ceux qui les tuent pour cette seule raison. Instrumentaliser les souffrances du Christ, leur faire soutenir un message politique qu’elles ne portent pas (aussi légitime soit-il) est une sorte de blasphème. Imiter les outrances de Charlie n’est pas plus une solution que ne le serait leur censure, il faut savoir renoncer au registre de la provocation.

6 novembre 2020

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