Editoriaux - 5 septembre 2018

Aymeric Caron : Les vegans sont violents ? La faute au gouvernement !

Aymeric Caron « ne condamne pas » les violences commises par des vegans à l’encontre des boucheries (comme samedi, dans l’Essonne), il « regrette ». Nuance. Aymeric Caron, ému par le sort d’une crevette dans l’eau bouillante, condamne-t-il celui des moutons égorgés façon halal et leur sacrifice au nom de l’aïd ? À la fin des vingt-six minutes sur le sujet à “L’Heure des pros”, Aymeric Caron part soulagé : personne ne s’est enquis de son avis sur la question.

Les bouchers, ces derniers temps, ne sont pas à la fête, qui subissent de plus en plus souvent des dégradations de leurs commerces : vitrines pulvérisées, taguées de slogans intelligents : « Viande = meurtre », « Stop spéciste », parfois même écrits avec du faux sang. Charmant ! Les bouchers-charcutiers, de nouvelles victimes, cette fois de l’idéologie antispéciste, laquelle entend imposer son régime alimentaire à la Terre entière.

D’abord, qui peut prouver ? Comment être sûr que ceux qui s’acharnent sur les boucheries sont des vegans… puisque ceux-ci sont des non-violents, répète l’ex-chroniqueur de chez Ruquier. De qui d’autres s’agirait-il, en effet ? Pas la moindre idée ? Bah non, il sèche complètement.

Ensuite, dans l’hypothétique hypothèse – faut voir, restons « prudents », rien n’est moins sûr – où les violents anti-boucheries s’avéreraient être des vegans, il “les comprend”. Parce qu’ils agissent par « désespoir ».
 
Enfin, l’important n’étant pas de condamner des actes malveillants qui pourrissent la vie des bouchers, il convient plutôt de “s’interroger sur ce qui peut amener des militants antispécistes”, de gentils anti-violents, à le devenir. Judicieux questionnement que nous nous empresserons, qui sait, un jour, de lui remettre en mémoire…

Et de pratiquer l’inversion accusatoire : ce n’est pas de leur faute, à ces végans, c’est celle du gouvernement « qui ne fait absolument rien pour le bien-être animal, et qui ne suit pas les voies démocratiques ». C’est vrai, ça ! Les dirigeants ne se contentent pas de se moquer du sort des poulets ou de celui des mollusques, il se fiche aussi des 250.000 moutons égorgés à l’occasion de l’aïd. Mais de ces victimes-là, Caron ne parlera pas.

Alors, un grand sensible, Aymeric ? Ca dépend pour qui. Pour cet antispéciste, il y a donc animaux et animaux. Pas sensible aux moutons, mais aux fourmis, si. En écraser une ? Malheur ! Cela lui “pose un problème” ! On voit qu’il n’a jamais eu les fils de son compteur électrique mangés par des colonies entières ! Pas sensible aux petites chèvres non plus, d’ailleurs. La pauvrette, emmenée se faire égorger au nom d’un rite musulman, ligotée dans une poussette, vidéo virale qui a, aussi, indigné le ministre italien Salvini ; il ne l’a pas vue, le journaliste ? 

Voulez-vous que je vous dise ? Aymeric Caron s’est trompé d’époque. Au temps des parfaits, il aurait vécu comme un poisson dans l’eau ! Avec eux contre la propriété privée et le meurtre des animaux, à notre connaissance sans enfants, le voilà en phase, au XXIe siècle, avec ces sinistres cathares du Moyen Âge. Enfin… presque.

Avouez qu’ils sont énervants, à la fin, à “L’Heure des pros”, à donner l’impression de traiter de vrais sujets tout en passant sous silence les vraies questions. En tout cas, Caron est reparti tout ragaillardi : Pascal Praud voit en lui “quelque chose de l’ordre de la sainteté”. Quand on vous disait qu’il était presque parfait… Espérons pour lui que le destin du véganisme ne s’apparente pas à celui du catharisme…

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