Economie - Editoriaux - Politique - 13 juillet 2019

Avocats : la spoliation annoncée d’une profession libérale

La recherche effrénée de ressources supplémentaires pour alimenter le budget de l’État est un art subtil de hauts fonctionnaires. Au lieu de procéder à un grand ménage dans des frais de fonctionnement inimaginables, de couper les subventions inutiles, de réduire son train de vie et d’imposer un ajustement de la durée de cotisation retraite proportionnel à la durée de vie, les pouvoirs publics se livrent à une opération de spoliation.

Les prochaines victimes en sont les avocats. Grâce à une gestion prudente, ils disposent d’un système de retraite équilibré et surtout pourvu de réserves destinées à payer des pensions en tenant compte de la conjoncture économique difficile pour la profession. Leurs retraites ne sont pas mirobolantes, mais les avocats – sur ce plan-là, au moins- ne réclament rien à personne et contribuent déjà au financement du système. Notamment par la CSG/CDRS destinée à financer un régime général dont ils ne bénéficient pas, puisque leur assurance santé est en équilibre.

La dernière idée du gouvernement est simple : aligner les avocats sur le régime général, ce qui entraînera un doublement de leurs cotisations retraite. Un doublement ! Il en a fallu beaucoup moins pour mettre les gilets jaunes dans la rue. Actuellement fixé à 14 % environ, ce taux devrait passer à 28 % dans les prochaines années.

La profession n’est pas aimée et pâtit d’une réputation de prospérité bien éloignée de la réalité. Elle ne fera donc pas pleurer sur son sort, et la manière dont elle a manifesté ses désaccords, ces dernières années, ne lui vaudra aucune commisération. Mais, au-delà de ces clichés, il faut rappeler quelques évidences.

Comme toute profession libérale, elle ne bénéficie d’aucune couverture chômage. Ses membres, lorsqu’ils sont malades, s’arrêtent aussi brièvement que possible ; lorsqu’on a un cabinet à faire tourner, on travaille avec 39° de fièvre sans se poser de questions. D’autant plus que les indemnités journalières, d’un montant de 61 euros, leur sont versées à partir du 90e jour d’arrêt. Si 30 % d’une promotion quittent la profession dans les cinq premières années d’exercice, les autres travaillent jusqu’à un âge avancé par rapport à la population active. Votre serviteur ne prendra pas sa retraite avant ses 70 ans – et ne s’en plaint pas. Enfin, elle est rarement aux 35 heures. Elle contribue donc à la création de richesses et coûte peu aux caisses sociales.

C’est peut-être cela qui attire la convoitise. Mais une telle mesure constitue avant tout une profonde injustice. C’est par leur travail et par la faiblesse de la prise en charge des prestations sociales que les libéraux bénéficient d’un régime financièrement équilibré. Le leur supprimer, au prix d’un doublement des cotisations, pour financer les régimes déficitaires est une spoliation. Tout cela parce que notre Sécurité sociale, dont le modèle date de 1945, est un gouffre financier et que les régimes spéciaux, dont celui des fonctionnaires, constituent un privilège devenu injustifiable en 2019.

Très occupé par sa participation à la Marche des fiertés et par la rédaction de « motions » en faveur des minorités persécutées, le Conseil national des barreaux n’a pas réagi. Pas plus qu’à l’occasion de la scandaleuse loi de censure votée par l’Assemblée à l’initiative… d’un avocat ! Les avocats seront donc spoliés sous couvert de relations feutrées avec le pouvoir.

Il se dit, cependant, que le Conseil national des barreaux envisage de mobiliser ses meilleurs porteurs de mégaphones pour hurler des slogans le lendemain de la promulgation du texte. Efficacité garantie.

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