Armées - Editoriaux - 12 janvier 2019

Aviateurs du Mirage 2000, pompiers de Paris : nous sommes tous en deuil

L’année 2019 s’endeuille, hélas, dès le début, de quatre morts – quatre militaires -, dans le cadre d’intervention réelle ou d’un entraînement. Trois hommes et une femme sous uniforme ont payé le lourd tribut de leur mission de sécurité au service du pays et de ses citoyens. Cruelle égalité, désormais contemporaine !

Deux pompiers, face à une terrible explosion à Paris, ont perdu la vie en en sauvant d’autres. Les Français connaissent bien et respectent avec juste raison et reconnaissance – sauf certains casseurs et voyous- ce corps entièrement dévoué à autrui, lors de circonstances malheureuses ou désastreuses.

En revanche, les véritables contraintes et modes opératoires des aviateurs sont plus étrangers à l’homme de la rue. Si les démonstrations parfaitement ciselées de la Patrouille de France enthousiasment dans tous les territoires les foules ébahies, lors de manifestations festives, la réalité des missions de « guerre » est tout autre. Avec des contraintes et des risques encore plus prégnants.

On ne m’en voudra pas d’évoquer des souvenirs pour dire le respect et l’émotion particulière que m’inspire cet accident du Mirage. Et en l’absence de conclusions de l’enquête – qui demeurera très vraisemblablement confidentielle -, je peux éclairer la curiosité de certains sur la mission dévolue à ce type de chasseur et les exercices réguliers pour en connaître tous les aspects.

La pénétration à basse altitude, par tous les temps, est le b.a.-ba des aviateurs, ceux dont la mission spécifique est d’aller délivrer un armement conventionnel ou nucléaire tactique sur un objectif militaire ennemi. L’approche au plus près du sol permet d’échapper aux détections des radars et, donc, des défenses adverses et de ne pas déclencher une alerte préventive.

Avec ces appareils modernes, les moyens à bord sont largement plus sophistiqués que dans les années 70 – celles où je remplissais la même mission. Le suivi de terrain, totalement autonome, est effectué automatiquement grâce au complexe appareillage de bord, ce qui n’était pas le cas avec mon Mirage III de l’époque. Un équipage double partage désormais le travail dévolu, alors, au seul pilote. En revanche, la gestion plus lourde de tout le « système d’armes » de navigation, d’autoprotection et de tir à distance du but est partagée entre les deux membres de l’équipage. Le navigateur – dans le cas présent, le lieutenant féminin – est le responsable final de la réussite de la mission et, si je ne me trompe, le chef de bord, quand bien même il n’a pas les commandes de vol de l’avion, et un grade inférieur.

L’accident présent est survenu au cours d’un vol dans une des zones spécifiques à basse altitude dévolues à ces entraînements et qui sont interdites à la circulation d’autres aéronefs durant leur activation. Il est donc douteux que la collision avec un autre avion soit la cause de cette détresse, surtout étant donné les conditions météorologiques du moment. Une autre hypothèse pourrait être l’ingestion brutale d’un oiseau qui peut créer des dégâts importants, voire entraîner l’extinction du réacteur et toutes les conséquences désastreuses qui s’ensuivent en chaîne. Je souscris peu à ce pronostic, également en raison du ciel très chargé.

Demeure l’incident mécanique ou électronique grave, induisant soudain un ordre aberrant au pilote automatique, en descente, ou par altération de la route vers un obstacle. Je rappelle que l’altitude de vol est entre 100 et 200 mètres, à une vitesse pouvant dépasser les 800 km/h selon la phase de « pénétration ».

Chaque jour, les équipages s’entraînent et se mesurent aux éléments réels, quel que soit l’état du ciel. C’est leur challenge et leur fierté, qu’ils partagent dans un esprit de corps particulièrement fort.

Le précieux souvenir que j’en garde est le meilleur et le plus humble hommage que je puisse leur rendre aujourd’hui !

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