L’autre soir, faute de mieux, je décidai de regarder Le gendarme en balade, vieux film de cinquante ans narrant les nouvelles aventures tropèzodefunèsogalabrusiennes. D’une zapette impérative, j’ai allumé mon poste. Après des kilomètres de pub, le film arrive enfin. Et là, surprise ! Précédant le générique est apparu un avertissement en petites lettres blanches sur un fond noir, comme un faire-part. Il disait à peu près ceci : « La gendarmerie est un corps militaire magnifique, pleine de valeureux soldats qui sont l’honneur de la nation et bla-bla-bla… » En clair, les producteurs se sont sentis obligés de me dire que les pitres dont je m’apprêtais à suivre les exploits n’étaient pas de vrais gendarmes et que eux, les producteurs, déclinaient toute responsabilité en cas d’assimilation abusive entre le maréchal des logis-chef Cruchot et le gendarme-chef de brigade de mon village.

Vous me croirez si vous le voulez, mais je me suis senti soulagé. Soulagé de n’avoir pas à penser par moi-même. Soulagé que l’on me laisse entendre qu’il s’agissait d’une comédie burlesque et non pas de ciné-réalité. Soulagé de savoir que nos vraies forces de l’ordre n’ont pas pour mission permanente de se rincer l’œil en débusquant les nudistes. Soulagé, enfin, que, par la grâce d’un semblable avertissement, ce film subversif ne soit pas poursuivi devant la Justice pour discrimination et incitation à la haine gendarmesque et, dès lors, brûlé en place publique.

Alors, j’ai imaginé l’apposition de semblables avertissements à d’autres œuvres de l’esprit. Ainsi, avant le Nouveau Testament : « Ce livre ne constitue nullement une attaque sournoise contre quelque religion que ce soit, existante ou à créer, que le christianisme révère par principe. » De même, en préface du Malade imaginaire de Molière, on trouverait : « La narration des stupidités du docteur Diafoirus n’est pas une critique du corps médical français, que caractérisent un dévouement et une abnégation admirables. » Dans le même esprit, en avant-propos des Misérables du grand Hugo, on pourrait lire : « Ce roman ne fait pas l’apologie de la méchanceté des Thénardier, qu’il convient, au contraire, de dénoncer aux générations futures. » Et encore, lors de la confrontation entre le Corbeau et le Renard, du bon La Fontaine, serait-il indiqué : « À l’attention de la LPO (Ligue pour la protection des oiseaux) : cette fable ne signifie nullement que tous les corbeaux – que nous respectons infiniment – sont des animaux vaniteux et un peu stupides : la coraxophobie ne passera pas ! »

Dans un futur petit livre intitulé Les pensées en marche se trouveront, ramassés en une seule phrase, les morceaux d’anthologie suivants : « Les Français, Gaulois réfractaires pour lesquels on dépense un pognon de dingue, ne sont rien. Au lieu de foutre le bordel, ils feraient mieux de traverser la rue pour trouver un boulot afin de se payer un costard et de ne plus être illettrés. » L’avertissement en page de garde de cette œuvre aux puissants aphorismes pourrait être : « Attention ! Ce livre ne comporte aucun sous-entendu, aucun second degré, aucune dérive de la pensée de son auteur. Il en est l’expression brute, sauvage et définitive. » Suivrait une incantation « Bonne lecture » qui résonnerait comme ce que l’on se dit entre copains, au moment de regarder Louis de Funès : « Bon film » !

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