Editoriaux - Education - Société - 13 septembre 2019

Avertissement sans frais au nom de la laïcité pour un instituteur

« Quand la laïcité devient folle, ce sont les écoliers qui en subissent les conséquences », écrivions-nous, ici même, en février 2018, pour évoquer l’affaire de cet instituteur du Berry suspendu sans préavis pour avoir osé évoquer la Bible et l’Évangile dans un cours consacré à la culture religieuse. Le tribunal administratif de Limoges a, semble-t-il, été de cet avis, parce que dans son jugement du 10 juillet dernier, il a ordonné la réintégration de Matthieu Faucher dans ses fonctions.

Ce qu’en dit la presse ne nous fait pas sauter de joie. Certes, le tribunal annule cette sanction en considérant, au terme d’une série de motifs, qu’elle présente un caractère excessif et disproportionné. Le bon sens a prévalu. Suspendre immédiatement, puis muter un honnête instituteur athée en raison du contenu d’un cours dont l’intérêt n’échappe à personne constitue un abus d’autorité intolérable. D’autant plus que cet homme n’a jamais tenté de convertir ses élèves berrichons à une religion à laquelle il ne croit guère. En ce sens, le tribunal doit être approuvé.

Mais la juridiction ne manque pas de souligner le caractère fautif de cette initiative. Selon elle, si les principes de laïcité ne font pas obstacle à l’utilisation d’un document à caractère religieux dans le cadre d’un enseignement portant sur le fait religieux (que de précautions de langage !), le jeune âge des élèves de CM1-CM2 ne permettait pas la mise en perspective des textes. Et, surtout, l’enseignant s’est cantonné à la religion chrétienne.

L’avertissement est clair : si la sanction était abusive, elle présentait en son principe un caractère justifié. Car il est interdit, dans un pays chrétien, et au nom de la laïcité, de parler des textes fondateur de notre culture sans les mettre en perspective avec ceux d’autre religions. Par exemple (pris au hasard) du shintoïsme…
Ce jugement ne fait donc que mettre en application la religion laïque du politiquement correct. Ce qui relève du christianisme est considéré avec la plus grande méfiance. L’évoquer, avec circonspection, n’est tolérable que dans une perspective culturelle et uniquement en lien avec d’autres religions, fussent-elles étrangères à notre civilisation. Parce qu’il faut être clair : hormis le christianisme, seul le judaïsme peut être considéré comme ayant contribué, pour une modeste part, à la construction de notre culture. Des Juifs vivent en Europe depuis des siècles et leur influence n’est pas nulle. Mais à part cela, aucune religion – y compris le paganisme antique ou scandinave – ne peut revendiquer une telle place dans notre civilisation.

On ne dira jamais assez que la laïcité, quelle que soit la manière dont on la définit, n’est possible que dans un pays chrétien. Ce propos est devenu iconoclaste. La religion laïque est devenue folle. Chaque instituteur, chaque professeur de notre pays doué d’un minimum d’honnêteté intellectuelle est désormais prévenu : il n’y aura pas de second avertissement. Évoquer les racines chrétiennes de notre pays dans l’enseignement public est désormais une faute.

Mais tout cela passera, un jour ou l’autre…

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