Le prochain directeur du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de , fondé en 1795, devrait être une directrice : Émilie Delorme. Si tel était le cas, ce serait donc la première femme à occuper un tel poste. Et pourquoi pas, si elle en a les compétences. Après tout, le chef du Rassemblement national est bien une cheffe et cela a plutôt l’air de réussir à ce mouvement politique.

Pourtant, cette nomination annoncée ne semble pas faire que des heureux. Cité par Le Point, un des professeurs de cette auguste institution s’inquiète en ces termes : « Le Conservatoire national de Paris échappait jusqu’ici à la novlangue des sciences de l’éducation, aux quotas paritaires ou encore aux obsessions de représentation de la diversité sur fond de repentance coloniale. Car nous pensions qu’il suffisait de se concentrer sur l’excellence et le mérite. »

Toujours selon la même source, c’est au tour d’un musicien de s’alarmer : « Il y a chez Émilie Delorme une façon de tourner les discussions vers l’idée que tout ce qui se passe dans l’opéra serait sexiste, raciste et oppresseur et qu’il faudrait tout réécrire. » S’alarmer ? Il y a effectivement de quoi ; surtout quand cette dame – en admettant toutefois qu’elle veuille bien nous pardonner cette expression aussi triviale que genrée – en appelle, pour sa défense, à l’autrice/journaleuse Reni Eddo-Lodge et son livre, Le racisme est un problème de Blancs, dans lequel cette Anglais.e affirme : « Bercés par l’illusion de la méritocratie, certains doivent se taire pour que d’autres puissent prospérer. [??? NDLR] Choisir de ne pas voir la race n’aide pas à déconstruire les structures racistes ni à améliorer concrètement le sort quotidien des personnes de couleur. Pour démanteler les structures racistes injustes, nous devons voir la race. […] Pour changer le système, il est essentiel de voir la race. »

Ce que l’on voit, en revanche, c’est qu’on nous assène que les races n’existent pas, mais qu’en même temps, il faut les voir. Comme quoi l’antiracisme maladif n’est jamais rien qu’une autre forme de racisme, peut-être bien plus sournoise, celle-là. En effet, quand on écoute Jessye Norman, que voit-on ? Une immense cantatrice, certes à la peau noire, comme d’autres sont chauves chez Ionesco, mais une cantatrice avant tout. Tout comme Montserrat Caballé, autre grande voix qu’aucun mélomane digne de ce nom n’aurait songé à réduire à ses seules origines espagnoles et à son léger surpoids.

Pour déborder du strict cadre de l’opéra, évoquons les figures de Gail Ann Dorsey et de Tal Winkenfeld. Ce sont deux femmes, l’une noire et l’autre blanche. La première tenait la basse derrière David Bowie ; la seconde officiait à la même place avec Jeff Beck. Pourquoi ont-elles été embauchées ? Parce que femmes ? Parce que blanche ou noire ? Non. Tout simplement parce que ce sont deux des meilleurs bassistes au monde. Comme quoi, à vouloir tout prouver, on finit par ne rien démontrer.

Et Isabelle Barbéris, qui a signé le remarquable Art du politiquement correct, de noter : « Les dernières digues sont en train de céder, l’idéologie indigéniste et intersectionnelle s’invite au sommet de la culture. La musique et l’opéra sont des milieux prestigieux et par nature conservateurs, car, comme l’indique son nom, le rôle d’un conservatoire est de conserver des savoirs… Si l’on nomme quelqu’un qui cherche à déconstruire les savoirs, il n’y a plus que de l’idéologie à transmettre. »

D’ailleurs, quelles sont les savoirs d’Émilie Delorme en la matière ? On ne lui connaît pas de bagage musical hors du commun. On ne la sait pas chanteuse. On ne la soupçonne pas, non plus, d’être une instrumentiste de renom, hormis, peut-être, dans l’art de jouer du pipeau. Bref, avant de déconstruire l’art lyrique, quelques cours de solfège ne seraient sûrement pas de trop.

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