Au RN, qui irait à Matignon ? Marine Le Pen tient à se préserver

Capture d’écran
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Il est bien loin et bien éculé, le slogan « Mélenchon à Matignon ». La NUPES se déchire autour de la législative partielle de l’Ariège qui a vu la sortante Insoumise sortie par une dissidente PS, elle-même soutenue par les rebelles du Parti socialiste comme Carole Delga ou Nicolas Mayer. Pendant ce temps, le Rassemblement national fait face au problème inverse. Marine Le Pen l’a répété ce week-end. Elle ne suivra pas les pas d’Édouard Balladur, Édith Cresson ou encore Lionel Jospin. La patronne du groupe RN a été à nouveau catégorique dans une interview donnée au quotidien Ouest-France : en cas de victoire aux élections législatives, elle n’ira pas à Matignon.

« Les conditions présidentielles ministérielles ne sont pas de même nature. Marine Le Pen a une vision stratégique et politique, ce n’est pas une exécutante », explique, au téléphone, son conseiller spécial Philippe Olivier. Ne pas se carboniser à Matignon pour ne pas perdre de vue l’Élysée. L’accession à Matignon du Rassemblement national ne peut arriver qu’avec une éventuelle dissolution (toujours pas à l’ordre du jour) et une victoire écrasante du parti aux élections législatives anticipées. « Si nous gagnons sans majorité absolue, ce sera ingouvernable », nous confie un député RN qui cite en exemple le cauchemar vécu par le groupe Renaissance, trop souvent à la merci d’alliés de circonstance capricieux. « Ils n’auront même pas cette marge de manœuvre, qui voudrait s’allier avec le diable », soufflait, aux Quatre-Colonnes, un élu de la majorité, il y a quelques jours.

La route de l’Élysée ne passe pas par Matignon ?

François Fillon, Dominique de Villepin, Lionel Jospin, Édouard Balladur… L’histoire de la Ve République a démontré que Matignon était plus souvent le tombeau d’une carrière qu’une ultime étape avant l’Élysée. « L’erreur serait de voir l’accession à la fonction présidentielle comme une carrière dont l’étape serait Matignon », analyse Philippe Olivier. « Matignon n’est pas une sous-chefferie avant d’être chef », insiste-t-il. Olivier sait que les procès en amateurisme du RN, s’ils ont pris du plomb dans l’aile, ne sont pas si éloignés. Mais cela n’empêche pas le Rassemblement national de considérer cette hypothèse avec sérieux. Ainsi, le président du RN Jordan Bardella avait tenu, pendant sa conférence de presse de rentrée, à signaler l’existence d’un « Plan Matignon » visant à donner au RN la majorité en cas de dissolution. Mais est-ce un scénario enviable pour le parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella ?

Le piège de la responsabilité sans le pouvoir

« Si nous gagnons les élections législatives, nous mettrons en place un gouvernement d’union nationale », assure l’entourage de Marine Le Pen. « Tout dépend des conditions, murmure un député RN. Si on gagne avec une majorité relative, il faudra mettre à Matignon quelqu’un qui accepterait de se cramer... » En d’autres termes, il reviendrait au Premier ministre RN d’essayer de gouverner en alternance avec Emmanuel Macron face à un parti présidentiel hostile et une NUPES qui verrait l’accession au pouvoir du RN comme un produit dopant inespéré, une occasion de rejouer les heures sombres et le bruit des bottes. En d’autres termes, subir les inconvénients sans les avantages. Marine Le Pen avait prévenu : le Rassemblement national « ne jouera pas les pompiers » d’un exécutif et d’une NUPES branchés sur le mode pyromane.

Alors, qui ?

Jordan Bardella, Sébastien Chenu, Louis Aliot, Thierry Mariani, Laure Lavalette, Laurent Jacobelli… Les députés RN contactés ne manquent pas de noms à évoquer. Tout dépend du cas de figure et des conditions mais, au sein du Rassemblement national, on est persuadé d’avoir la ressource humaine nécessaire pour ne pas envoyer Marine Le Pen en première ligne. « Si on a une majorité absolue, le candidat sera assez facile à trouver », juge un élu du groupe. Entre l’Élysée et Matignon, il y a donc la même distance qu’entre le Capitole et la roche Tarpéienne. Au fond, Matignon, c’est un peu le récif : il annonce l’arrivée au port mais est aussi synonyme de naufrage. Et cela, les gars de la Marine le savent.

Marc Eynaud
Marc Eynaud
Journaliste à BV

Vos commentaires

46 commentaires

  1. Si nous n’étions pas en politique fiction, pour moi le plus compétent est T Mariani…mais jamais le RN aura 289 sièges en refusant les alliances nécessaires !

  2. En cas de victoire à une hypothétique election legislative anticipée ,que le rn ait la majorité absolue ou relative ,il ne faut pas qu’un elu du dit rn accepte d’être 1er ministre , qu’ils laissent macron se dépatouiller avec ses copains de lr de l’udf ou du parti d’Édouard Philippe, d’ailleurs bayrou seras volontaire , ainsi macron sera obligé de démissionner ça nous épargnera 4 ans de galères

  3. Finalement, je souhaiterais que madame Le Pen devienne premier ministre. Selon cet article en effet, passer par Matignon ne conduirait pas à l’Elysée. Je redoute cette gente dame à la tête de notre pays. Je la crois dévorée d’ambition, c’est certain, mais totalement incapable de présider la France. Je pense qu’avec un brin de lucidité elle devrait laisser sa place à quelqu’un de droite bien plus capable qu’elle ne le sera jamais.

    • Personne n’est prêt. Aucun ne sait où il veut aller, et encore moins selon quelle trajectoire. D’ailleurs, cela n’intéresse pas les médias qui ne pensent qu’à commenter les petits egos impétrants.

  4. Si RECONQUÊTE est présent aux Présidentielles, ce parti aura plus de chance de l’emporter que le RN. Quoiqu’il en soit, la bataille sera rude car RECONQUÊTE est un adversaire solide et de grande valeur sur lequel le peuple peut compter pour reconquérir la place qu’avait notre pays jusque dans les années 60, c’est à dire avant que l’on ouvre nos frontières à toute la misère du monde, c’est à dire à des peuplades incompatibles avec notre civilisation tant au niveau culturel que cultuel.

    • Aucun de ces partis n’est prêt à gouverner, ni reconquête, ni LR, ni le RN. S’ils veulent être crédibles quand l’assemblée nationale sera dissoute et qu’il faudra monter une coalition coûte que coûte pour gagner, il faut qu’ils se mettent au boulot maintenant en créant des ministères fantômes qui soient capables de dire ce qu’ils veulent faire, quand et comment ils vont le faire et pourquoi c’est dans l’intérêt commun de le faire comme ils l’envisagent.

  5. « Le candidat sera assez facile à trouver » : très certainement ;
    Ce n ‘est pas d’ un crâne d ‘ oeuf dont le pays a besoin , encore moins d ‘ un professeur de géo-politique ou tout autre « intello » mais d ‘ une personnalité expérimentée et efficace ;
    Peu importe , du moment qu ‘ on nous débarrasse de ce cauchemar qu ‘est Macron

    • La personnalité que l’on placera en tête de gondole importe peu. Ce qui compte est de monter une équipe qui connaisse sur le bout des doigts son domaine de compétence (agriculture, énergie, justice, politique sociale…) et un futur premier ministre capable d’arbitrer les priorités là-dedans, en sachant que le chantier pour remettre le pays en état ne permettra pas de tout faire tout de suite.
      Quand arrivera le moment de monter une coalition, ils auront les billes pour définir clairement et publiquement les priorités de la coalition : les trous les plus urgents à boucher et les chantiers qu’il faut mettre en route sans tarder, quitte à réduire la voilure sur le reste. Au boulot, cela fait des décennies qu’on attend

  6. La question n’est pas d’aller ou non à Matignon, mais d’y être envoyé avec un ordre de mission particulièrement clair du peuple. Pour cela, il faut présenter une stratégie politique cohérente : où aller, en payant quel prix, pour obtenir quels avantages.

  7. Comme ministre de l’immigration (poste supprimé actuellement) elle ferait merveille mais sans l’Europe sinon impossible !! pour l’économie et le poste de présidente, pas à la hauteur soyez réalistes !!!

    • La tactique de séduction utilisée par Mme Le Pen lui a apporté des voix, mais a rendu illisible ses objectifs. Nul ne sait quelles seraient ses priorités (ce qui mérite des efforts et ce à quoi on est prêt à renoncer pour autre chose). Elle a fini par faire du « tout en même temps », ce qui est, nous le voyons bien, une recette pour tout gâcher.

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