Editoriaux - 16 décembre 2018

Attentat de Strasbourg : un rappel sanglant de la menace djihadiste

L’attaque islamiste perpétrée à Strasbourg par Chérif Chekatt mardi dernier, qui a fait quatre morts et onze blessés, est venue nous rappeler, dans le sang et les larmes, que la menace terroriste n’a pas disparu dans notre pays. Elle est, au contraire, omniprésente et de nouveaux attentats peuvent survenir à tout moment. Il est vrai que cette période de fin d’année, et les nombreux rassemblements populaires qu’elle génère, en particulier sur les marchés de Noël, sont propices aux actions terroristes.

Certes, des progrès importants en matière de lutte antiterroriste ont été réalisés ces dernières années par nos services de sécurité intérieure. Partis quasiment de rien face à une menace qui n’avait pas été anticipée. Déstabilisés par des réformes structurelles successives souvent inconsidérées. Nos services de renseignement, sous la pression et face à une menace qui s’est installée durablement, ont su se réorganiser et s’équiper pour lutter avec une efficacité maximale contre ce nouveau fléau. Et les résultats ont été au rendez-vous, puisque plusieurs attaques ont été déjouées et de nombreux djihadistes arrêtés.

En matière de sécurité, le risque zéro n’existe cependant pas. L’attentat survenu sur le marché de Noël strasbourgeois est venu, une nouvelle fois, prouver qu’il est extrêmement compliqué de lutter contre des “loups solitaires”, nationaux qui plus est. Déterminés à agir, convertis à un islam radical, le plus souvent en prison, connaissant parfaitement le fonctionnement de notre police et de notre justice, car s’y étant à de multiples reprises confrontés, ces “soldats” du califat, tels qu’ils se définissent eux-mêmes, sont particulièrement complexes à combattre, tant leurs actes sont difficiles à anticiper.

L’activation du plan Vigipirate vient d’être rappelée par le ministre de l’Intérieur. Placé au niveau “Urgence attentat” lors de l’attaque de Strasbourg, c’est le niveau “Sécurité renforcée risque attentat” qui s’applique désormais au niveau national. Cette décision gouvernementale, même si l’on en connaît les limites, était évidemment indispensable. N’oublions pas, en effet, que, même défait sur le plan militaire, nos sociétés occidentales, dont il a juré la perte, restent une cible de choix pour l’État islamique. Bien plus : la dispersion en petits groupes, voire en unités individuelles de ses combattants, risque fort de les rendre encore plus dangereux. Par ailleurs, les consignes données depuis longtemps aux combattants du califat demeurent. Elles figurent en toutes lettres dans l’ouvrage de subversion islamiste d’Abou Bakr Naji : “Les petites opérations et les résultats qu’elles peuvent générer ne doivent pas être sous-évaluées…” et n’importe quelle action contre tout ressortissant (mécréant), qu’importe sa fonction ou son origine, sera légitimée a posteriori par l’État islamique. Ainsi, contrairement à ce que semble penser Castaner, il n’y a pas de “revendications opportunistes”, il n’y a que la continuité d’un mode de communication médiatique savamment mis au point par Daech.

La lutte promet donc d’être longue contre un phénomène qui se nourrit au sein même de notre société. De nouvelles formes de ripostes doivent être élaborées pour mettre hors d’état de nuire des individus que rien n’arrête, pas même la peur de mourir. Mais pour cela, il faut que nos dirigeants acceptent de voir la réalité en face, et nomment enfin les choses. Les soi-disant “radicalisés” sont, en réalité, des “djihadistes” prêts à tuer à n’importe quel prix. Ils doivent être traités comme tels et écartés le plus vite possible, et par tous les moyens, de nos villes et nos villages.

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