On a beaucoup cherché à définir, à partir de l’héroïque exemple d’, ce qu’était un héros. Il me semble qu’on a oublié un élément essentiel parce qu’il aurait moins renvoyé à une illustration éclatante de la personnalité du colonel de gendarmerie qu’à notre propre prise de conscience.

Pour moi – je ne sombre pas avec cette lucidité dans un masochisme malsain -, le héros est d’abord, fondamentalement, ce que je ne suis pas, ce que je ne pourrai pas être, ce que je ne saurai devenir. J’entends bien qu’on cherche autant que possible à rapprocher le courage et la générosité inouïs de Trèbes de notre humaine condition en répétant qu’Arnaud Beltrame nous a donné une leçon, nous a enseigné quelles étaient les vraies valeurs et qu’au fond, nous étions dans le même monde que lui.

Je ne le crois pas une seconde. La leçon que sa sacrificielle nous communique, nous serons toujours incapables, à mon sens, de l’apprendre parce qu’il a été lui et que nous sommes nous. Qu’on se hausse pour s’exalter et rêver de cet idéal en l’imaginant atteignable, pourquoi pas ? Mais il ne faut pas être dupe. La gloire du héros est indissociable de notre intime modestie, de la perception de nos limites. Ce qui ne nous interdit pas, bien au contraire, d’admirer profondément cette humanité miraculeuse. Elle nous honore précisément parce qu’elle nous serait inaccessible, parce qu’elle nous manque.

La problématique historique la plus éclairante à ce sujet est la multitude des citoyens qui, aujourd’hui, sans l’ombre d’une hésitation, sont persuadés qu’ils auraient été de magnifiques et authentiques résistants au nazisme.

Quand la mère d’Arnaud Beltrame tire de cette terrifiante épreuve la force de remercier pour cette et a l’allure de transmettre pour unique conseil “d’aimer la vie”, je relève que la a eu le héros qu’elle méritait et que ce dernier a eu la famille qu’il devait avoir.

31 mars 2018

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