Il a donc parlé, ce dimanche soir, et, il faut l’avouer, on aimerait le croire. Ceux qui attendaient des annonces fracassantes sont sans doute déçus : pas de démission, de dissolution, de remaniement.

En revanche, il nous a annoncé une « première victoire » sur le virus. Il lui avait déclaré la guerre en mars, il fallait donc qu’il reste sur ce registre guerrier. Notons, quand même, une certaine prudence : une première victoire, cela signifie que ce n’est pas la victoire finale… Dans ce passage sur le bilan, que l’on peut qualifier d’autosatisfait, on notera l’emploi du « nous » : collectif ou de majesté ? Cela dit, il en aura coûté à la nation pour obtenir cette première victoire : l’humaniste a pris le pas sur l’économie, nous a dit . Humanisme ? On pourrait en discuter, quand on songe à tous ces morts que l’on a enterrés dans des conditions indignes, justement, d’un pays humaniste.

On aimerait croire Emmanuel Macron lorsqu’il emploie les mots « indépendance », « souveraineté », ces mots qui vont si bien ensemble dans un pays comme la France. « Retrouver notre indépendance », a dit le chef de l’État. C’est donc que notre pays ne l’est plus… « Forte, écologique, souveraine, solidaire », c’est autour de ces qualificatifs qu’il veut reconstruire notre économie. Vaste programme ! Un slogan de campagne électorale, en quelque sorte, qui peut plaire aussi bien à gauche qu’à droite. Mais cette indépendance, cette souveraineté, pour Emmanuel Macron, passe par l’ : « “Nous” plutôt qu’une addition de “je”. » Toujours le même credo. Le confinement ne nous l’a pas changé.

On aimerait croire Emmanuel Macron lorsqu’il exhorte le pays à l’unité et en appelle au patriotisme. Un « patriotisme républicain », précise-t-il. « Patriotisme » tout court aurait sans doute suffi, mais bon… On aimerait le croire lorsqu’il condamne les dérives communautaires, ceux qu’il appelle les « séparatistes », ou qui veulent réécrire l’Histoire. Lorsqu’il déclare solennellement que la République ne déboulonnera aucune statue, qu’il soutiendra les policiers. C’était le moins que l’on pouvait attendre, après les propos cataclysmiques de Christophe Castaner, la semaine dernière.

On aimerait croire Emmanuel Macron lorsqu’il souhaite engager la France dans une réorganisation de l’État et de l’action afin de donner plus de libertés et de responsabilités aux acteurs locaux. « Tout ne peut pas être décidé à Paris, les territoires ont montré leur ingéniosité. » La crise sanitaire a montré, effectivement, les failles de notre État omnipotent et, à certains égards, impotent. En revanche, cette crise a révélé la réactivité des collectivités territoriales. Le jacobin Macron, dans ce domaine, se serait-il converti pendant le confinement ?

Emmanuel Macron a terminé son allocution en annonçant qu’il nous parlerait de nouveau en juillet. Sur ce point, on peut le croire…

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