Tomber sur un des articles de Nikola Mirković sur Boulevard Voltaire est toujours l’assurance d’apprendre sur les Balkans ce que vous n’entendrez jamais dans les autres médias. C’est le terroir qui s’exprime ici, le sang qui gorge la terre de Serbie, coule dans les veines de la main qui écrit. C’est cette passion pour sa terre qui rend ses analyses à la fois si poignantes et si fortes. Mais qu’il faudrait parfois nuancer, comme celle qu’il a proposée dernièrement sur les tensions au Kosovo.

Le Kosovo est un cheval de Troie dans l’Europe, c’est indéniable. Voir ce peuple caucasien chérir la soumission aux Turcs et haïr à ce point ses propres frères serbes est un crève-cœur.

La situation albanaise est, elle, totalement différente. Le Kosovo a toujours voulu rejoindre l’ ; ces derniers s’y opposent bec et ongles. Les hordes de Kosovars qui envahissent chaque été les plages de Durrës sont fuies comme la peste par les Albanais, même de tradition musulmane. Les Kosovars sont considérés comme des voyous aux mœurs arriérées, toujours adeptes du Kanun. Ce livre dictant la conduite que doit avoir un homme et que les Turcs avaient fait modifier pour que la conclusion d’un conflit soit toujours la reprise du sang, la vendetta, afin que les Albanais s’entre-tuent et que leur nombre ne représente pas une menace.

Ismaïl Kadaré vous parlera mieux que personne de cette étrangeté qu’est l’Albanie. Pays qui, selon les statistiques Wikipédia, compte 80 % de musulmans alors que leur héros national, chéri par tous, n’est autre que Georges Castriote, janissaire déserteur de l’armée ottomane pour prendre la tête de la rébellion de l’Albanie dans l’amour du Christ. Skanderbeg, de son nom turc, avait tenté de rassembler des forces chrétiennes, mais la république de Venise, Naples et d’autres encore l’avaient laissé seul face aux Ottomans, comme le fait aujourd’hui l’Europe. Les Turcs ont repris le pays après sa mort et l’ont occupé cinq siècles. Il en résulte des traditions orientales, du vocabulaire emprunté à leur langue, des mosquées, mais ne vous y trompez pas : les Albanais restent les derniers descendants de la Grèce antique, retranchés dans de hautes montagnes. Le même cœur, le même sang.

Cet été, à Tirana, en sortant d’une église orthodoxe après avoir prié avec un ami albanais de tradition musulmane, je lui ai demandé comment un soi-disant musulman pouvait s’agenouiller devant le Christ.

“Christophe, tu ne comprendras donc jamais : “Feja e Shqiptarit është shqiptaria” (“la religion de l’Albanie, c’est l’Albanie”).”